Le 20 janvier 2005

Le père Itoine ? un homme qui a du c’ur au ventre

Par André Pommainville, agronome, collaboration spéciale


Dans l’édition d’Agricom du 15 décembre 2004, le père Itoine nous livrait ses réflexions sur la dernière année. Malgré ses 90 ans, cet homme qui est né au début du siècle dernier, conserve toujours un esprit analytique hors pair du monde agricole et rural.

Plutôt que de se laisser embourber par le système administratif de nos gouvernements et d’autres groupes décisionnels, il exprime ses sentiments de façon viscérale. Ce sont peut-être les beignes, les tourtières et les tartes aux pommes de sa fille Monique qui le font réfléchir comme cela. Le père Itoine, comprend bien le monde agricole moderne. Il aurait pu écrire que l’agriculture de 2005 ressemble beaucoup à celle de la crise économique des années trente?

Tout de suite, vous allez penser que je m’énerve et que j’écris et dis des choses qui n’ont pas de sens. Cela est possible, car moi aussi tout comme le père Itoine, je réfléchis souvent selon les sentiments que j’ai sur le c’ur.

La société technologique ou moderne de l’an 2005 semble avoir oublié que l’agriculture est le fondement principal de l’économie d’un pays. Lorsque la population ne peut pas se nourrir ou répondre à ses autres besoins vitaux, c’est le marasme complet.

Les tsunamis du 26 décembre 2004, dans certaines régions asiatiques, nous démontre la fragilité de notre terre-monde et comment les « super-politiciens », administrateurs, scientifiques, penseurs et autres du monde, ont oublié que nous sommes seulement des acteurs ou des joueurs. Même si l’on veut croire que nous contrôlons notre environnement géographique, technique, monétaire, etc., nous sommes tout petit face aux forces déchaînées de la nature. La philosophie et les grands énoncés règlent rarement les problèmes réels de notre société. Quelqu’un doit agir, sinon les discours ne sont que des beaux mots’

Les difficultés financières que vivent présentement les producteurs agricoles, à l’exception peut-être des productions contingentées, ne sont pas le résultat d’un raz-de-marée ou d’autres catastrophes environnementales. Je parle surtout ici du monde agricole ontarien qui je pense ressemble beaucoup à celui de l’ensemble du Canada. Le problème c’est plutôt le résultat d’un manque de vision global de notre système économique qui veut tout mondialiser ce qui fait en sorte que nos agriculteurs ne reçoivent pas une rémunération équitable pour leur travail.

On trouve toujours des excuses pour maintenir les prix payés aux agriculteurs à un niveau bien en dessous des standards d’équités. Il y a le problème de la vache folle, la surproduction de denrées (comme le soya) dans certains pays qui occasionne des surplus d’inventaire, l’incapacité pour certains acheteurs de payer plus que le prix mondial, le pouvoir presque monopolistique de certaines multinationales de transformation alimentaire et d’intégrateurs, les taux de change monétaires, etc., etc., etc.

La liste des excuses va toujours en s’allongeant mais l’agriculteur ne reçoit presque toujours que les miettes de la chaîne agroalimentaire. Pourquoi? C’est difficile à comprendre, car c’est l’agriculteur qui est à la base de la chaîne agroalimentaire! C’est la bougie d’allumage de cette économie supposée être juste et équitable pour toutes les classes de la société. Mais pourquoi l’agriculteur n’obtient-il pas sa juste part?

Père Itoine, je n’ai pas encore ton âge ni ta sagesse. Toutefois, j’abonde avec toi lorsque ta fille Monique te dit que les producteurs agricoles vont délaisser l’agriculture si les prix continuent de baisser. Tout récemment, je lisais un document produit par Mme Diane J.F. Martz en novembre 2004 du Collège St.Peter, de Muenster en Saskatchewan. C’est une étude qui démontre la part comparative que l’agriculteur reçoit dans la chaîne agroalimentaire pour ses produits.

Vous trouverez un article intitulé Qu’est-ce que l’agriculteur et l’agricultrice reçoivent ?? dans le présent Agricom qui démontre la situation financière de l’agriculture au Canada. Pour conclure, Père Itoine, comme sans doute tu le sais très bien, la farine, les viandes, le lait, le sucre, les pommes et les autres ingrédients que Monique s’est servi pour remplir ton ventre et faire battre ton c’ur ont été produits quelque part par quelqu’un dans ce monde. Est-ce que le ce producteur et cette productrice ont reçu la juste valeur pour leurs produits’

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *