Le 1er juin 2005

Le Sénat recommande plus d’aide pour accroître l’abattage du bétail au Canada

Par Pierre-Alain Blais


Le gouvernement fédéral devrait appuyer l’émergence d’une plus grande capacité d’abattage et de transformation du bétail propre au pays, préférablement sous la forme de petites et moyennes entreprises sous le contrôle de groupes d’éleveurs, comme des coopératives et des coentreprises. C’est l’orientation que le Sénat recommande de prendre afin d’éviter qu’une autre situation catastrophique comme celle de la vache folle « ne prenne en otage l’industrie des bovins ».

Le développement d’une plus grande autosuffisance de la capacité d’abattage des bovins de tous âges au Canada est en fait l’une des grandes priorités qui se dégage d’un rapport provisoire du Comité sénatorial permanent de l’agriculture et des forêts, qui s’est penché sur la capacité d’abattage au Canada depuis un an.

« Jamais plus notre industrie ne doit être prise en otage par la fermeture des frontières ? que ce soit pour les producteurs, les éleveurs ou les camionneurs », dit la sénatrice Joyce Fairbairn de l’Alberta. « Nous avons sollicité l’avis d’un échantillon représentatif d’intervenants dans la préparation de ce rapport parce que nous voulons être sûrs que l’État soit un partenaire véritable vers l’objectif de l’autosuffisance. Nous devons également gérer la croissance avec sagesse, afin que l’industrie demeure rentable quand la frontière rouvrira. »

Ce rapport rendu public le 19 mai dernier, recommande au gouvernement fédéral une série de mesures d’appui à la croissance du secteur des abattoirs, y compris des programmes d’aide financière pour l’expansion des usines et la construction d’usines nouvelles appartenant aux éleveurs.

Après avoir entendu des témoins et des intervenants de l’industrie depuis un an, après s’être rendu rencontrer des groupes d’éleveurs et des sénateurs à Washington, le Sénat est convaincu que le grand défi du secteur des bovins est de s’assurer d’avoir une capacité suffisante d’abattage et de transformation de la viande au pays, ce qui permettrait de développer activement d’autres marchés d’exportation ailleurs qu’aux États-Unis.

Lors des travaux précédents sur les meilleures façons de juguler la crise de la vache folle, ­le Sénat avait à l’époque recommandé de « modifier l’orientation de l’industrie pour l’axer davantage sur les produits de viande et les produits transformés plutôt que sur les animaux sur pied et d’accroître la capacité de transformation de la viande au Canada », résume la sénatrice Fairbairn.

Avant la fermeture de la frontière, les éleveurs canadiens avaient accès aux usines de transformation non seulement au Canada, mais aussi aux États-Unis. Ils pouvaient ainsi bénéficier de la vive concurrence que se livrent les abattoirs, estiment les sénateurs. « Cependant, le fait de trop dépendre de l’infrastructure de notre voisin pour conditionner nos animaux s’est avéré une faiblesse quand les États-Unis ont fermé leur frontière à tous les bovins vivants ». Et c’est cette faiblesse stratégique que le Sénat croit que nous devrions corriger le plus tôt possible.

En 2002, près de la moitié des bovins vendus au Canada étaient exportés vivants ou conditionnés. Près de 70 % des exportations canadiennes de produits du boeuf et presque toutes ses exportations de bovins vivants étaient destinées aux États-Unis. Le Canada exportait bon an mal an environ 1,1 million de têtes de bétail sur pied aux États-Unis.

Déjà, beaucoup plus d’abattage au pays
Avant mai 2003, le Canada était très dépendant de l’infrastructure d’abattage situé dans le nord des États-Unis, surtout en ce qui a trait aux vaches de réforme issues en grande partie du secteur laitier. L’embargo américain qui empêche encore 60% du volume de production bovine des éleveurs canadiens de traverser la frontière, a stimulé le démarrage et l’agrandissement des installations d’abattage et de débitage au pays, ont appris les sénateurs.

Déjà, le Comité sénatorial a été à même de constater que la volonté d’augmenter la capacité d’abattage est bien présente au pays depuis les lendemains du 20 mai 2003: des experts ont confirmé une expansion de l’abattage qui atteint déjà plus de 30%, avec une capacité de quelque 4,5 millions de têtes par année. D’autres projets à l’étude pourraient ajouter à la capacité au cours des deux prochaines années, ce qui permettrait d’abattre 5 millions de bêtes par an en 2006, soit une hausse de plus de 40 % comparé au niveau de 2002.

Selon les données recueillies par le Sénat, en 2004, la capacité d’abattage s’est accrue en partie grâce à l’expansion des installations existantes par l’addition de quarts de travail, l’abattage le samedi et le recours systématique aux heures supplémentaires. En plus, Gencor Foods Inc. en Ontario et Blue Mountain Packers en Colombie-Britannique ont rouvert des abattoirs spécialisés dans le bovin.

De nouveaux abattoirs sont également entrés sur le marché. Notamment, Atlantic Beef Products Inc., une nouvelle usine située à l’Île-du-Prince-Édouard, a commencé à tourner en décembre 2004. Cinq autres nouvelles installations de moindre envergure seraient en bonne voie de certification, selon l’Agence canadienne d’inspection des aliments.

Du côté des géants, Tyson Foods et Cargill Limited, au sud-ouest de l’Alberta, ont annoncé d’importants projets d’agrandissement de leurs installations en 2005.

La tendance vers l’accroissement de la capacité d’abattage au pays se confirme, d’autant plus que les observateurs ne prévoient plus de réouverture de la frontière avant un an ou deux, étant donné l’obstruction judiciaire que font des groupes comme R-CALF.

Quoi qu’il en soit, la frontière américaine devra bien s’ouvrir un jour ou l’autre aux bovins canadiens. Aussi, le Sénat se préoccupe également de la survie éventuelle de toutes ces nouvelles petites et moyennes entreprises lors de la levée de l’embargo. On craint que des grands abattoirs américains qui ont souffert de l’embargo ne tentent une guerre de prix pour récupérer l’achalandage dont ils ont été privés. C’est pourquoi, le gouvernement doit s’assurer qu’elles soient établies sur des « bases financières saines », souligne le sénateur Leonard Gustafson, vice-président du Comité.

« Nous nous préoccupons particulièrement du rôle joué par le fédéral dans le démarrage d’abattoirs appartenant aux producteurs, précise le sénateur Gustafson. Nous voulons que les programmes d’aide fournissent un appui financier suffisant à ces coopératives afin qu’elles soient concurrentielles dans un marché ouvert. Nous pensons que les mesures recommandées par le Sénat fourniront au secteur le genre d’appui dont il a besoin. »

Des normes de salubrité rigoureuses et uniformisées
Pour faciliter le développement de nouveaux marchés d’exportation ailleurs qu’aux États-Unis, le Comité est convaincu que l’on doit établir une réputation solide pour notre boeuf et cela passe par une salubrité sans faille. La question de la salubrité des aliments et de la certification des abattoirs est donc également prioritaire pour le Sénat.

« Quand les nouveaux abattoirs entreront en fonction, nous voulons nous assurer qu’ils répondent aux normes les plus élevées de salubrité, dit le sénateur Gustafson. Cependant, nous voulons également nous assurer que le fédéral collabore étroitement avec ces entreprises et qu’il n’y a pas d’obstacles bureaucratiques qui nuisent à l’atteinte des normes de salubrité des abattoirs.

« Nous sommes heureux de constater le progrès réalisé par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) à cet égard. Quand le Comité a commencé son étude, la procédure d’approbation de la certification des abattoirs prenait jusqu’à cinq mois. Aujourd’hui, l’ACIA signale plusieurs améliorations pour simplifier et régionaliser cette procédure, avec l’ajout de personnel. »

En date du 3 mai 2005, l’Agence dit avoir embauché 10 nouveaux vétérinaires et inspecteurs afin de respecter les projets d’expansion et elle s’attend à embaucher encore plus de personnel au cours de l’année à mesure que les expansions seront mises en oeuvre et que les nouvelles usines deviendront opérationnelles.

Comme dans un rapport précédent, « La valeur ajoutée dans l’agriculture au Canada », le Comité sénatorial réitère ses craintes touchant la limitation imposée au commerce interprovincial par les règlements provinciaux d’inspection de la viande. Il recommande que l’ACIA entreprenne un examen législatif et propose des changements pertinents aux lois et règlements pour élaborer une norme nationale permettant le commerce interprovincial des produits carnés.

Depuis le 20 mai 2003, le Comité sénatorial étudie l’impact de l’ESB sur l’élevage bovin au Canada; il a produit un premier rapport en avril 2004, La Crise de l’ESB ? leçon pour l’avenir. Pour obtenir une copie des rapports, il suffit d’en faire la demande par courriel à gravel@sen.parl.gc.ca ou se rendre sur le site Web parlementaire: www.parl.gc.ca/common/Committee_SenRep.asp?Language=F&Parl=38&Ses=1&comm_id=2.

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