Volume 36 Numéro 2

Le transfert non-apparenté; un rêve de continuité


Christopher Ryan, Jonathan Reilley, Marc et Diane Bergeron devant la ferme Mélistar Holstein. Photo : Evelyn Levac


Par Evelyn Levac

Le vendredi, 14 septembre 2018 lors d’un banquet au Club de golf La Nation, Jonathan Reilley et Christopher Ryan auront l’honneur d’accepter une des deux bourses de Projet d’entreprise du Fonds de la relève agricole franco-ontarienne de l’UCFO d’une valeur de 6 000$. Les deux jeunes hommes travaillent présentement sur la ferme laitière Mélistar Holstein située à Vars dans le comté de Russell dans l’Est-ontarien avec le but d’en prendre l’éventuelle relève. Marc et Diane Bergeron, les propriétaires de l’entreprise, ont l’intention de transférer leur ferme à cette relève non-apparentée. Bien que le transfert non-apparenté ne soit pas encore une idée très populaire au sein de la communauté agricole et que plusieurs cas précédent ont été voués à l’échec, les Bergeron y tiennent. Après le décès tragique de leur fils et relève, feu Jonathan Bergeron, dans un accident de travail en juillet 2011, le couple a longuement songé au futur de leur ferme. «L’important pour moi c’est que le préfixe de Mélistar continu. Après avoir passé 30 ans de ma vie à bâtir une entreprise, je ne veux pas la voir disparaitre. Pour moi, ça n’a jamais été l’argent le plus important mais plutôt la fierté de léguer mon entreprise à la prochaine génération même si celle-ci est non-apparentée», affirme M. Bergeron. C’est alors que les chemins de Reilley et Ryan allaient se croiser de façon assez inattendue.

Reilley a grandi sur la ferme de son grand-père et de son oncle dans la région de St-Eugène. Lors de son adolescence, il participe activement aux travaux de la ferme familiale. Ce diplômé du programme de technique agricole du campus Macdonald de l’Université McGill, rêve depuis longtemps d’appartenir et de gérer sa propre entreprise laitière. Suite à une référence, Marc Bergeron contacte Reilley au printemps 2014 avec une offre d’emploi. Dès le départ, les intentions de Marc Bergeron sont claires : l’offre est également rattachée à la possibilité d’un éventuel transfert d’entreprise.

Quelques années plus tard, en janvier 2017, M. Bergeron fait la même proposition à Christopher Ryan, un ancien ami de son défunt fils. Issu d’une longue lignée d’agriculteur du village de Fournier, Ryan a l’agriculture dans le sang. Après l’obtention d’un diplôme en technique agricole du collège d’Alfred, il retourne travailler sur la ferme laitière familiale, Ryandale Farm, à temps plein. Malheureusement, en juillet 2016, l’étable principale de la ferme est détruite par un incendie qui n’épargne aucune de ses occupantes. Suite à ce funeste évènement, le père de Ryan prend la décision de ne pas rebâtir. L’opportunité offerte par M. Bergeron arrive donc à point pour Ryan qui alimentait encore son désir de vivre et de travailler dans le domaine de la production laitière.

C’est ainsi que les deux futurs partenaires d’affaires ont fait leur entré dans l’équipe de la ferme Mélistar Holstein. «On partage les mêmes buts et les mêmes valeurs donc nous formons une bonne équipe», certifie Reilley. Les tâches quotidiennes à l’étable et aux champs sont partagées entre M. Bergeron et ses deux protégés qui sont maintenant chargés de gérer le troupeau de 85 vaches en lactation. «Nous voulons être le plus efficace possible avec les ressources que nous avons», explique Ryan, «On met beaucoup d’emphase sur nos chiffres tout en prenant compte de la santé de nos animaux pour atteindre un système bien balancé». Reilley et Ryan partagent aussi un intérêt commun pour la génétique qu’ils comptent aussi utiliser comme outils dans leur quête d’une meilleure efficacité.

Depuis décembre 2017, les Bergeron et leur relève ont officiellement entamé leur projet de transfert encadré par Luc Gagné, conseillé en gestion agricole au sein du Groupement de gestion de l’Ontario et Isabelle Éthier, conseillère en gestion organisationnelle et en relations humaines. «C’est seulement quand on commence qu’on réalise l’ampleur de ce qui est impliqué dans un transfert de ferme. D’où l’importance de s’entourer d’une bonne équipe pour nous guider dans les démarches», relate Reilley. Le partenariat entre Reilley et Ryan sera officialisé le 1er janvier 2019. Ainsi, le rêve de Marc Bergeron et de son fils, feu Jonathan, se perpétuera à travers le dévouement et le travail acharné d’une relève non-apparenté qui rêve elle aussi de transmettre leurs valeurs familiales et leur mode de vie aux générations futures. «Pour Marc, la ferme c’est toute sa vie. Pour nous, c’est un rêve. Chris et moi seront toujours reconnaissants pour cette opportunité qui nous est offerte», exprime Reilley avec émotion.

En ce qui concerne la bourse du Fonds de la relève agricole franco-ontarienne, ce n’est pas les idées qui manquent quant à son utilité. «Présentement, le plus gros projet c’est le transfert. On est réaliste. On veut se familiariser avec notre nouvelle réalité; apprendre à devenir de bons gestionnaires. L’argent de la bourse sera mis de côté pour un projet dans la prochaine année», assurent les futurs partenaires d’affaires, Reilley et Ryan, d’un commun accord.

  

 

 

 

 

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