Volume 30 Numéro 16 Le 26 avril 2013

Louer, acheter… ou partager sa machinerie



Les membres fondateurs de la Coopérative d’utilisation de machineries agricoles (CUMA) Franco-Agri n’auraient jamais cru que leur modèle de partage deviendrait aussi populaire et qu’il leur ferait économiser autant d’argent. Fondée en 1997 par neuf agriculteurs franco-ontariens, elle est aujourd’hui formée de près d’une quarantaine d’agriculteurs qui se répartissent les coûts d’achat, d’utilisation et d’entretien d’une trentaine de machineries de toutes sortes.

En 16 ans, le mouvement a tellement pris d’ampleur qu’elle surprend encore Normand Brunette, l’un des cofondateurs et trésorier de la CUMA. Il a d’ailleurs remarqué un regain d’intérêt ces dernières années qu’il attribue à trois facteurs.

« Le prix des machines, des terres et la conjoncture économique actuelle font que les agriculteurs sont davantage prêts à se regrouper pour utiliser des machines ensemble », constate-t-il.

Le modèle de la CUMA de l’Est ontarien a même étendu ses tentacules au Québec. Le succès et l’originalité du concept coopératif ont séduit quelques producteurs agricoles québécois qui se sont joints au groupe, la proximité des frontières interprovinciales facilitant le partage de la machinerie.

 

Utilisateur-payeur

Le concept de la CUMA est simple : regrouper des producteurs agricoles qui désirent utiliser la même machinerie, une formation que l’on appelle une « branche », et se partager le montant de la mise de fonds, les frais d’utilisation et les coûts d’entretien.

Le concept est basé sur le modèle d’utilisateur-payeur. Ainsi, dès que trois producteurs ou plus manifestent le désir d’acheter le même équipement agricole, les responsables concluent des ententes d’utilisation avec eux et on procède à l’achat de la machinerie.

Les membres impliqués doivent se partager la mise de fonds, équivalant à 20 % de la valeur de la machinerie, et payer annuellement des droits d’utilisation qui sont calculés en fonction de la superficie de terrain sur laquelle ils se sont engagés à l’utiliser au cours de l’année.

 

Économies et performance

Tout est minutieusement calculé. Les coûts doivent être inférieurs au travail à forfait ou à la location de la machinerie en question. Normand avoue que dans certains cas, cela revient légèrement plus cher, mais « les gars savent que quand ils en ont besoin, ils n’attendent pas après le forfaiteur », un avantage qu’il estime important.

Il reste que ça coûte moins cher qu’à l’achat individuel, d’autant plus que les réparations ne sont pas réalisées par les utilisateurs, à moins qu’il ne s’agisse d’une négligence.

« Moi comme producteur, j’ai au-delà de 350 acres. Si j’ai à acheter une machine, elle sera certainement plus petite que si nous sommes trois ou quatre à l’utiliser », explique Normand.

« Je n’ai pas beaucoup de machines moi », confie-t-il, en précisant qu’il fait partie de 12 branches. « J’aime mieux travailler dans l’étable ; c’est là où se trouve l’argent. Alors en terme de machinerie, je les ai pratiquement toutes avec la CUMA. »

Le producteur laitier estime qu’il économie des dizaines de milliers de dollars par année en paiements, frais d’intérêts, entretien et réparations d’équipements agricoles en étant membre de la CUMA.

« S’il n’y a plus de demande, on la vend », explique M. Brunette. Dans le cas où le prix obtenu équivaut à plus de 20 % de son prix d’achat, les producteurs participants récupèrent leur mise de fonds.

Si, dans le cas contraire, plusieurs producteurs désirent se joindre à la branche, on achète d’autres machineries supplémentaires ou on vend pour en acheter une plus performante.  Ce fut le cas par exemple des trois déchaumeuses à disques achetées au coût de 40 000 $ chacune. Au départ, six membres seulement avaient démontré de l’intérêt pour cet équipement, alors que la branche en compte 14 à l’heure actuelle et est utilisée sur près de 900 acres annuellement.

« Moi je n’aurais jamais acheté cette machine-là, confie Normand Brunette. En embarquant dans la branche, ça me coûte une mise de fonds de 1451 $ et ensuite ça me coûtera 600 à 700 $ par année dans mon cas, selon l’acrage que j’ai à faire. » Et il a accès à trois déchaumeuses de 3 m, 4 m et 4,5 m.

« C’est le but de la CUMA : essayer d’avoir des machines les plus performantes possible avec la technologie disponible sur le marché. C’est une façon d’utiliser des machines à moindres coûts, être plus efficace et high-tech. »

 

Bonne entente et adaptation

Des petits accrochages entre les membres ? « En 15 ans, je n’ai pas eu connaissance qu’il y a eu de conflits. » Chaque année, une réunion des branches est organisée pour assurer une bonne communication entre les utilisateurs.

« On a appris à s’organiser, à planifier. […] S’il annonce beau demain, je vais appeler le responsable de la branche et je lui dis que j’ai besoin du râteau après-demain parce que je vais faucher ce matin, illustre-t-il. On s’organise en conséquence. »

 

Fondation de la CUMA : 16 avril 1997

Part sociale : 100 $

Nombre de membres : 32 + de nombreux intéressés

Machineries : 32 dans 23 branches

 

Un achat payant

La CUMA a acheté son premier rouleau de 28 pieds en 1997, au coût de 7 870 $. Dix membres ont déboursé 160 $ pour la mise de fonds et il a été revendu 7000 $ sept ans plus tard, une somme qui a servi de mise de fonds au nouveau rouleau de 45 pieds de largeur d’une valeur de 28 600 $.

« Ils ont la même mise de fonds de 160 $, mais ils ont un rouleau de 28 600 $ de 45 pieds de largeur », s’exclame le producteur laitier qui avoue que les membres étaient sceptiques face à la grosseur de l’équipement au début. Mais le plus extraordinaire, c’est que son utilisation est passée de 300 acres à 2392 acres pour une utilisation étalée sur trois semaines par année, ce qui n’est pas rien.

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