Volume 31 Numéro 17 Le 9 mai 2014

Mettre au monde juste des génisses, un pari possible


-Photo ILessard

Marc Dumont

Par Marc Dumont
Correspondant – Nord de l'Ontario
info@journalagricom.ca


Depuis toujours, les producteurs laitiers souhaitent qu’une vache laitière mette au monde une génisse plutôt qu’un veau mâle. Mais voilà que grâce à la science, il est possible de choisir le sexe de la semence depuis environ 5 ans. Fini la déception quand on voit sortir un mâle!

L’utilisation de la semence sexuée est un procédé dont le but est de produire un veau d’un sexe spécifique. L’opération consiste à identifier les chromosomes mâles et femelles dans la semence en injectant une teinture fluorescente qui s’accroche au chromosome « Y » mâle et qui, en lui induisant une charge positive, retire ces mêmes chromosomes. La semence ne contient donc plus que des chromosomes femelles.

Cette possibilité est encore relativement récente pour les producteurs laitiers, mais elle promet déjà de révolutionner l’industrie bovine et laitière puisqu’elle offre un nouvel outil de gestion du troupeau.

Barry Potter, conseiller en développement agricole au bureau de New Liskeard du Ministère de l’agriculture remarque que bien que certains producteurs ne tirent pas avantage de cette technologie, la tendance est à la hausse.

Et si cette idée était la solution aux problèmes d’espace dans les granges et les maternités ?

« Hier j’ai rencontré un producteur laitier lait qui contemplait se construire une nouvelle installation pour accommoder son grand nombre de génisses. Je lui ai suggéré, au lieu, de regarder à adopter les semences sexuées, » raconte M. Potter.

Si elle est économiquement très intéressante, cette avancée scientifique contribuera aussi à accélérer l’amélioration génétique des troupeaux laitiers.

Le producteur pourra utiliser des semences sexuées pour inséminer les meilleures vaches avec les meilleurs taureaux sachant qu’il n’obtiendra que des taures, un résultat garanti à 87%.

Plutôt que d’inséminer toutes les vaches taries, comme le veut la pratique habituelle, un producteur pourrait sélection ses meilleures productrices et se débarrasser des autres. Cette avancée technologique ne rend plus nécessaire l’insémination d’un grand nombre de vaches dans l’espoir qu’elles donneront suffisamment de génisses de haute qualité pour maintenir la production de lait du troupeau. Cela lui permettrait d’économiser entre 2000 et 2500 $ par taure, le coût moyen d’élevage d’une génisse jusqu’à son premier vêlage.

L’économie en infrastructure, en espace, en alimentation et en main-d’œuvre est significative.

Bovins de boucherie
Selon Barry Potter, il pourrait être intéressant d’inséminer les taures restantes avec des taureaux de boucherie. Les animaux produits auront ainsi une plus grosse masse musculaire et auront une valeur comme bovin d’engraissement. Les veaux ainsi produits pourraient rapporter de 450 à 500$ plutôt que les 50$ que rapportent généralement les veaux Holstein. « Cela permettrait de mieux répondre à la pénurie de bœuf qui sévit présentement en Ontario, » soutient M. Potter.

Ce dernier met cependant en garde que les semences sexuées comme méthode de gestion du troupeau laitier comportent encore certains défis. Puisque les chromosomes mâles ont été retirés de la semence, il y a moins dix fois moins de spermatozoïdes et le taux de conception est plus faible (deux millions de spermatozoïdes contre 20 millions pour la semence non-sexuée). La semence est également plus dispendieuse.

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