Volume 26 Numéro 06 Le 5 novembre 2008

Mot du président ? Un Congrès général des agriculteurs européens très instructif !

Par Denis Bourdeau, président, L'Union des cultivateurs franco-ontariens


Jamais je n’aurais imaginé pouvoir m’installer dans un siège de député à la Chambre des communes du parlement canadien pour? y assister à la réunion d’un organisme agricole.

Eh bien! Ce fut le cas le 30 septembre dernier, mais au Parlement européen à Bruxelles, où se tenait le Congrès du COPA (Comité des organisations professionnelles agricoles). Il s’agit de l’organisme qui représente tous les agriculteurs de l’Union européenne (UE).

La mission du COPA est de défendre les intérêts généraux de l’agriculture et de ses 76 organismes membres représentant 15 millions de personnes qui travaillent à temps plein dans les exploitations agricoles de l’UE.

Toute la journée, ont défilé des ministres responsables de l’Agriculture, tels que Michel Barnier de la France entre autres, des responsables des budgets et des décideurs de l’UE en matière agricole. Chaque discours était suivi d’une période de questions sérieusement animée.

Voici ce que j’en ai conclu :

? Ce fut très clair que les agriculteurs veulent une agriculture encadrée, réglementée, structurée et de proximité;

? À la demande des Américains, les systèmes financiers et les banques ont été déréglementés, mondialisés et voyez ce qui arrive aujourd’hui : il faut les ramasser à la petite cuillère ! Jamais, on ne fera ça à l’agriculture ! Cette industrie doit rester structurée et réglementée et européenne, avec une emphase spéciale sur la commercialisation de proximité, a-t-on entendu au Congrès.

? L’agriculture de « proximité » voulant dire que les produits vont être cultivés le plus près possible des consommateurs européens afin de rehausser la qualité mais aussi améliorer l’environnement.

? Fini l’époque où les budgets déterminaient les soutiens aux agriculteurs. Dorénavant, leurs besoins vont déterminer les budgets. J’ai entendu les politiciens répéter plusieurs fois: « Une agriculture forte fait une Europe forte ». Les agriculteurs, quant à eux, mentionnaient très très souvent : « L’Europe ne produira pas aux prix brésiliens ».

? Je fus surpris par l’intérêt que portent les producteurs européens à la sécurité alimentaire, l’éthique environnementale et le bien-être des animaux. On exige que la différence soit reconnue entre produire de la nourriture et produire des automobiles ou des ordinateurs. On n’acceptera pas des compromis à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui ouvriraient les marchés alimentaires de l’Europe. Les agriculteurs exigent que les objectifs de l’OMC soit réécrits.

? La traçabilité est exigée par les membres et produire plus, produire mieux et produire partout ? pas seulement où ça paye le plus ? étaient des opinions unanimes.

? Le problème de l’urbanisation fut discuté avec des chiffres assez apeurants. En 2015, on comptera 8,5 milliards d’humains sur la planète et il y aura 20 % moins de terres arables disponibles. L’urbanisation (résidences, commerces, industries, infrastructure routière), prend un milliard d’acres chaque année aux États-Unis, 2,2 millions en Chine et 120 000 acres en France.

? Enfin, on nous a révélé ce qui a fait vraiment échouer les derniers pourparlers de l’OMC en début d’année. D’après les politiciens, c’était « heureusement » la faute de l’Inde qui ne voulait absolument pas ouvrir son marché agricole, en raison de ce qui aurait été mis en péril advenant le dumping étranger de maïs et de coton.

En tant que vision d’avenir, la rencontre se termine en harmonie avec un consensus politique de soutenir et de structurer l’agriculture en Europe et en retour les agriculteurs s’engagent à nourrir ses 500 millions de citoyens avec la meilleure nourriture possible exempte d’OGM.

Une vraie fin de conte de fée, quoi !

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