Volume 32 Numéro 12 Le 20 février 2015

Néonics : La guerre des faits perdure


SoniaFournier

Par Sonia Fournier
Collaboratrice
info@journalagricom.ca


Qui dit vrai, qui dit faux. La guerre des faits liés à l’impact néfaste ou neutre des semences traitées aux néonicotinoïdes bat son plein. Une opération de relation publique a été lancée au début du mois dans les journaux phares de l’Ontario. Cette action publicitaire visait à clarifier les faits par rapport au déclin des abeilles, indique la coalition de producteurs agricoles ontariens, de manufacturiers de pesticides et de semenciers à l’origine de cette publication.

Il s’agit d’une campagne qui ne plaît pas du tout à l’Ontario Beekeeper’s Association (OBA) qui mène de son côté un combat pour abolir les néonicotinoïdes.

« L’on estime que leur campagne a coûté environ un million de dollars, s’insurge Dennis Edell, directeur de l’OBA. Il devait être important pour cette coalition de démontrer à leurs membres qu’ils font quelque chose dans ce dossier », ajoute-t-il.

« Notre campagne est l’expression de la frustration des membres de la coalition, rétorque Pierre Petelle, vice-président chimie à Crop Life Canada, qui estime que les membres de la coalition font leur part pour améliorer la donne. Nous sommes autour de la table avec les parties prenantes, nous visons des collaborations et nous avons mis en place des bonnes pratiques comme la diminution de la poussière pour favoriser la santé des pollinisateurs.»

Selon l’OBA, cette campagne publicitaire risque fort bien de créer de la confusion. « Leur approche ressemble beaucoup aux anciennes campagnes des producteurs de cigarettes où l’on tentait de convaincre des bienfaits de la nicotine », ajoute M. Edell, également responsable du comité sur la gestion des enjeux à l’OBA.

« La science supporte notre position, les néonics ne sont pas responsables de la mortalité des abeilles. Il y a beaucoup de désinformation qui se transmets à ce sujet », allègue M. Petelle.

Parmi les arguments avancés par l’annonce, il y a le fait que le nombre de colonies d’abeilles n’a jamais été aussi élevé. « Ceci est vrai, indique le représentant de l’OBA, mais l’on oublie cependant de dire que tout fermier qui perd une unité de production animale doit la remplacer ce qui entraîne des coûts élevés.» Il précise que les apiculteurs ontariens ont perdu 60 % de leurs ruches l’hiver dernier, alors que le taux de mortalité moyen est de 15%.  Les apiculteurs ont donc compensé en se procurant un plus grand nombre de colonies, en prévision des pertes encourues et celles à venir.

Réduction des néonics
Le gouvernement ontarien juge que les évidences scientifiques sont assez probantes pour aller de l’avant avec une proposition de réduire de 80 % l’utilisation des semences de maïs et de soya traitées aux néonicotinoïdes d’ici 2017.

« L’approche proposée par l’Ontario est irresponsable, estime le représentant de Crop Life Canada. Il est très difficile de connaître les besoins en néonicotinoïdes dans un champ, car il n’existe pas d’outils pour déterminer les traitements qui seront nécessaires. Le gouvernement a reconnu cette lacune lors des consultations. »

Pour sa part, l’OBA estime que cette action gouvernementale est tout à fait raisonnable, car elle s’attaque directement au problème. L’association estime qu’il est nécessaire d’offrir aux agriculteurs ontariens des semences non-traitées afin de leur donner le choix.

M. Petelle rappelle que la technologie des néonicotinoïdes a rapidement été adoptée par les producteurs, car ils ont clairement vu les bénéfices associés. Selon lui, cette technologie représente une faible toxicité, car les voies d’exposition sont moindres que les autres facteurs d’application. Les néonics appliquées aux semences permettent de diminuer le travail au sol en plus de contribuer à la réduction des gaz à effet de serre.

« Une baisse des rendements agricoles et un retour vers des pratiques environnementales nocives sont à prévoir si le règlement ontarien proposé entre en vigueur », conclut M. Petelle.

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