Le 16 février 2005

Qualité de l’eau et agriculture, une équation à plusieurs inconnues

Par Chantal Quirion


Le Dr Ed Topp ainsi que le Dr David Lapen, chercheurs à Agriculture et Agroalimentaire Canada, dirigent deux projets de recherche qui ont en commun le bassin hydrographique de la rivière Nation Sud comme site d’expérimentation. Tous deux ont également mandaté Conservation de la Nation Sud (CNS) pour coordonner leurs travaux. Le premier s’emploie à créer une banque de données et à identifier les pathogènes qui altèrent la qualité de l’eau de surface des bassins versants alors que le second cherche à quantifier et à qualifier les effets du drainage contrôlé en champs. Deux projets dont les résultats auront une incidence sur la pratique agricole.

Le 2 février dernier, une vingtaine de représentants des milieux agricoles et environnementaux étaient présents au Centre J.A. Brisson à Casselman pour les rencontrer. Le Dr Ed Topp, dont le projet est en cours, en a profité pour faire le point et pour remercier la CNS ainsi que l’ensemble de la communauté qui a prêté main forte pour effectuer la phase un de l’étude.

Rappelons que ce projet vise notamment à établir le portrait ADN des bactéries E.coli selon leur provenance animale ou humaine et à les comparer aux pathogènes présents dans les échantillons d’eau de surface afin d’établir de façon précise, les sources de contamination. « Dès qu’il y a contamination de l’eau par la bactérie E.coli, on accuse la communauté agricole alors que présentement, nous ne sommes pas en mesure de distinguer les E.coli en provenance d’un porc, d’un chien, d’une mouette ou d’origine humaine », disait, le Dr Topp lors d’une première rencontre en janvier dernier.

Il s’agit d’une grande première où tout est à faire, de l’échantillonnage jusqu’à l’obtention d’un catalogue répertoriant les différents modèles de bactéries E.coli mais aussi de l’ensemble des pathogènes présents dans l’eau qui peuvent être aussi des résidus de médicaments, de pesticides ou d’engrais. Un projet qui devrait se terminer dans quatre ans et pour lequel trois ministères se sont unis pour le financement, soit, Agriculture et Agroalimentaire Canada, Environnement Canada ainsi que Santé Canada.

Trois sites au Canada ont été choisis pour mener à bien cette étude, dont le bassin hydrographique de la rivière Nation Sud, lequel alimente le réseau d’eau municipal du village de Casselman. « On peut remercier la Conservation de la Nation Sud qui, à cause de sa crédibilité, a permis que ces projets de recherche s’effectuent dans notre région », soulignait le président du Programme d’assainissement de l’eau à la CNS, Denis Perrault, incluant le projet du Dr Lapen. Se référant à la prise d’échantillons qui a débuté en mars 2004, M. Perrault félicitait l’équipe de la CNS pour son excellent travail.

Comme le mentionnait le Dr Topp, cette première cueillette d’échantillons sera sans doute la plus importante qui soit faite au cours de ce projet et aura nécessité énormément de temps, d’effort et de collaboration de toute la population. « Grâce à votre appui, nous avons réussi à isoler 13 000 colonies de bactéries. »

Pour y arriver, il aura fallu que le Dr Topp rencontre les représentants du milieu agricole afin qu’ils soient en mesure de rassurer leurs concitoyens sur les bien-fondés de cette étude ainsi que du professionnalisme de l’équipe de recherche. Le scandale du Lac Huron est encore frais à la mémoire des producteurs agricoles et ceux-ci n’avaient pas envie de faire les frais une fois de plus, d’une interprétation d’analyse qui ne soit pas fondée sur une assise scientifique solide. Notamment, la Fédération de l’agriculture de l’Ontario a examiné ce projet au niveau provincial avant de donner son aval.

Jennifer Havelock, l’une des principales intervenantes dans ce dossier à la CNS indique que la collaboration des entreprises agricoles a été au-delà de ses espérances: «nos représentants ont visité à peu près de 89 ferme et 70 producteurs ont donné la permission de prendre des échantillons», mentionne-t-elle. Par ailleurs, l’anonymat des participants était garanti puisque seul le type d’élevage ainsi que la date étaient inscrits sur les échantillons.

Comme le faisait remarquer M. Perrault, une multitude de gens se sont impliqués, notamment des membres du comité d’assainissement des eaux, le personnel de la Forêt Larose, le Club optimiste, la Fromagerie St-Albert, la clinique vétérinaire de Casselman, des transporteurs de déchets sceptiques et plusieurs autres, qui réunis, ont permis d’obtenir une grande panoplie d’échantillons d’eau provenant des lagunes municipales et industrielles ainsi que des échantillons de fumier d’animaux de la ferme, d’animaux domestiques et de la faune sauvage.

Le Dr Topp semblait bien satisfait du déroulement du projet et avant de repartir pour London il en profita pour rappeler qu’outre le fait d’identifier les sources de contamination, ce projet sera un outil précieux pour mesurer l’impact de certaines pratiques sur la qualité de l’eau: « Si on donne de l’argent aux agriculteurs pour améliorer la qualité de l’eau mais qu’on a aucun moyen de vérifier les résultats, c’est difficile de convaincre les gouvernements d’investir », a-t-il dit.

Drainage contrôlé
Le Dr Lapen d’AAC est également à la tête d’un projet de longue haleine qui, sur une période de quatre ans vise justement à établir l’impact de certaines pratiques de gestion agricole sur la qualité de l’eau de surface. À l’échelle nationale, cette étude compte sept bassins hydrographiques dont celui de la rivière Nation Sud. Canards Illimités Canada est partenaire dans ce projet en contribuant pour 1,25 million de dollars sur la somme totale de 5,65 millions de dollars qui est allouée à ce projet.

Certaines de ces pratiques de gestion bénéfique comme par exemple, le contrôle de l’accès du bétail aux cours d’eau sont déjà adoptées par certains agriculteurs et sont fortement encouragées par différents organismes à caractères environnementaux et par des plans gouvernementaux. Cependant, c’est la première fois qu’une étude scientifique s’attardera à établir la relation entre la mise en oeuvre de telles pratiques et les niveaux de nutriments et de bactéries présents dans l’eau.

Pour le premier volet de cette étude, le Dr Lapen a ciblé la technique de drainage contrôlé, une technique qui consiste à installer un contrôleur de débit à la sortie du drain principal du champ de sorte que le maximum de nutriments puisse rester en champ et ne se retrouve pas dans les cours d’eau. « Les agriculteurs n’ont pas à s’inquiéter, disait Mme Havelock, leurs champs ne seront pas inondés. »

L’expérience a déjà été faite sur de petites parcelles mais cette fois-ci on veut vérifier l’impact à grande échelle en installant ces contrôleurs sur plusieurs drains qui aboutissent à deux drains principaux, soit le drain Philippe Blanchard qui se jette dans la petite rivière Castor ainsi que le drain Roland Bisaillon qui arrive dans la rivière Nation Sud.

Ici aussi, la collaboration des producteurs agricoles est sollicitée et pour l’instant on cherche à obtenir la permission des propriétaires fonciers dont les terres sont contiguës au drain Philippe Blanchard, soit dans le périmètre de la petite rivière Castor.

René Lalonde, un agriculteur de Moose Creek qui a participé activement à la prise d’échantillons du premier projet et qui collaborera au projet du Dr Lapen assure que tout se fait dans les règles de l’art. « Nous prenons le temps d’informer les producteurs du pourquoi et du comment de l’étude. Nous visitons aussi tout le voisinage afin que personne ne s’inquiète lorsqu’un étranger arrive pour les prises de données. »

Le succès du projet dépend donc de la participation de la communauté qui est invitée à communiquer avec avec le Dr Lapen au 613.759.1537 pour obtenir plus de renseignements ou encore pour signifier son intention de participer à l’étude.

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[photo CNS 100-0057] Lors d’un forum marquant le premier anniversaire du projet de surveillance des sources microbiennes dans le secteur en amont du village de Casselman, le 2 février dernier, la Conservation de la Nation Sud invitait la population à venir rencontrer les chercheurs d’Agriculture et Agroalimentaire Canada pour faire le point sur ce projet et en présenter un nouveau qui s’effectuera dans le même secteur. À l’avant, René Lalonde un producteur agricole très impliqué dans ce dossier et Jennifer Havelock de la CNS qui a coordonné le projet. On aperçoit à l’arrière, le Dr David Lapen d’AAC, le Dr Ed Topp du même ministère ainsi qu’Alan Kruszel, président de la Fédération d’agriculture de l’Ontario dans le comté de Stormont.

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