Volume 29 Numéro 11 Le 3 février 2012

Reprise des prix trompeuse

Par Jean-Philippe Boucher, Spécialiste mise en marché des grains
info@journalagricom.ca


Les prix des grains ont profité d’une progression très intéressante de leur valeur depuis que le département de l’Agriculture des États-Unis a publié ses rapports très négatifs le 12 janvier dernier. Trois éléments expliquent essentiellement cette reprise.

 

Comme ont le sait, la situation de sécheresse en Amérique du Sud a occasionné des pertes importantes dans les cultures en cours, spécialement celles de maïs en Argentine. Il reste à savoir de combien les récoltes auront été amputés, mais il ne fait aucun doute que d’ici les récoltes de l’automne prochain, la disponibilité de grains se fera plus précaire que prévu.

 

Ensuite, il faut mentionner le jeu de coulisse qu’aura occasionné sur la demande la chute importante des prix le 12 janvier dernier. Puisqu’en s’affaiblissant, et avec les incertitudes des récoltes sud-américaines, la réaction des acheteurs de grains ne se sera pas fait attendre. Profitant de cette situation pour reprendre leurs activités, les ventes américaines à l’exportation de grains se sont raffermies après plusieurs semaines très décevantes. Confrontés à cette nouvelle réalité, les marchés se sont donc rapidement inquiétés de la perspective de voir les inventaires de grains américains s’amincir dangereusement d’ici la fin de l’année.

 

Enfin, il faut souligner aussi qu’en Europe, le début de 2012 se sera plutôt soldé par la mise au rancart de ce problème et un renouveau d’enthousiasme. Non pas que les marchés soient assez dupes pour croire qu’elle soit résolue. Mais il semble qu’avec toutes les initiatives qui ont été prises pour éviter une détérioration de ce problème, ceux-ci en seraient venus à la conclusion que le pire aura été évité.

 

Supportés par ces éléments, les prix des grains ont donc connu une belle reprise de leur progression depuis le 12 janvier. Par contre, et c’est là le danger, il ne faut pas croire pour autant que les prix des grains recèlent le même potentiel de bondir de manière aussi importante qu’en 2011. La réalité est que même s’il y a pour l’instant risque de voir la disponibilité de grains se faire plus problématique dans les prochains mois, la situation se révèle moins préoccupante que lorsque nous avions débuté 2011.

 

S’il ne fait aucun doute que l’offre de maïs américain sera entre autres serrée, celle de blé fourrager dans le monde demeure toujours très importante comme solution de rechange. Les inventaires américains et mondiaux de soya prévus demeurent aussi plus que confortables. Enfin, c’est sans compter qu’à moins que dame nature ne soit à nouveau capricieuse cette année, tout indique que les récoltes américaines pourraient se révéler très abondantes l’automne prochain, spécialement du côté du maïs.

 

Est-ce donc dire que le sort en est jeté et qu’on ne peut envisager des prix des grains plus élevés? Pas nécessairement puisqu’il y a trop d’imprévus pour affirmer avec certitude que ce sera le cas. Par contre, comme le soulignent plusieurs spécialistes, il ne faudrait pas en espérer trop avant de commencer à réaliser des ventes. Il reste que la marge de manœuvre avant que les prix des grains ne se révèlent moins intéressants demeure très mince pour l’instant comparativement au potentiel de hausse actuelle qui n’est pas à l’image de celui du début de 2011.

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