Volume 35 Numéro 04 Le 06 octobre 2017

Saison des pommes, inégalité dans les récoltes


Pour la province, l’Ontario Apple Grower qui regroupe 200 cents producteurs de pomme estime que la production aura été environ 20 pour cent moins élevée que l’an dernier mais que les fruits sont énormes et savoureux. Crédit photo: Édith Dagenais

Par Chantal Quirion


De façon générale, 2017 aura été une bonne saison pour les pommes. Il y a toutefois des exceptions, particulièrement dans l’Est ontarien où pour certains la saison a été de courte durée.

Pour la province, l’Ontario Apple Grower qui regroupe 200 cents producteurs de pomme estime que la production aura été environ 20 pour cent moins élevée que l’an dernier, principalement à cause de la sécheresse de 2016. Les fruits sont moins nombreux certes, mais leur taille est plus grosse et elles sont très juteuses, indique Charles Stevens, président de cette association.

Amanda Green, spécialiste de la culture des fruits de verger au  ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario (MAAARO) tient à peu près les mêmes propos : « Dans l’ensemble de la province, la récolte de pommes est approximativement 20 pour cent inférieure à celle de l’année précédente. En raison du temps humide que les régions de Toronto et d’Ottawa ont connu cette année, les pommes sont plus grosses et plus juteuses que d’habitude dans ces régions. Les températures fraîches à la fin d’août et au début de septembre ont vraiment favorisé le développement de la couleur rouge de ces pommes. Nous nous attendons donc à avoir de très belles pommes cet automne dans la plupart des régions de la province. »

Bien que dans l’Est, Paul Henrie à la Ferme d’Orléans mentionne lui aussi que la récolte se situe à environ 80% de la production de 2016. « C’est une bonne année et les fruits sont d’un calibre exceptionnel. J’ai eu beaucoup de fleurs, mais moins de pollinisation », dit-il pour expliquer cette situation. La vague de chaleur n’a pas été bénéfique pour cette entreprise agricole puisque les vergers sont principalement destinés à l’auto cueillette. « Les gens ne sortent pas quand il fait trop chaud. » Mais aussitôt les températures de saisons revenues, les visiteurs sont arrivés en grand nombre, heureux de la générosité de Dame nature.

« J’aurais pu prendre toutes mes pommes sur le même arbre tellement il y en avait », raconte Édith Dagenais pour avoir apprécié cette sortie en famille.

Selon l’Ontario Apple Growers, il y a environ 15 000 acres de terres consacrées à la culture de la pomme ce qui génère environ 60 M$ par année, en vente de produits frais, incluant l’auto cueillette ainsi que de produits destinés à la transformation.

Autre scénario dans l’Est

« Le rendement des récoltes de pommes dans l’Est de l’Ontario a été plus faible cette année que l’an dernier. Certaines variétés – la McIntosh, la Cortland et la Paula Rednotamment – ont connu un faible rendement, alors que d’autres variétés – l’Ambrosia, la Honeycrisp, la Silken, la Spartan et la Lobo notamment – se portent bien. Ces rendements inférieurs sont en partie attribuables au temps frais et humide, ainsi que la grêle, qui a frappé diverses zones de la province, tel que l’Est de l’Ontario », précise Mme Green.

Paul Doran aux Vergers des pins à Bourget affirme qu’il a vécu la plus courte saison de son histoire, mais que la grêle n’en est pas responsable. Il sait que certains vergers à proximité ont été affectés par cette condition, mais chez lui ce ne serait pas la raison.

« Les  pluies du début de l’été n’ont pas aidé.  Les fleurs ont été littéralement détruites par la pluie et les abeilles ne sont pas sorties », mentionne M. Doran.

Il y a aussi eu les sorties fréquentes du soleil immédiatement après la pluie qui ont causé les taches sur les pommes et cela, dit-il, il n’y a rien qu’un pomiculteur puisse y faire.

« Habituellement je suis ouvert environ un mois et demi et je suis le dernier à fermer. Cette année j’ai ouvert seulement une semaine. Il y a des années où l’on avait des tapis de pommes en dessous des arbres. Cela ne dépend de rien qu’on a fait ou que l’on n’a pas fait », dit-il en indiquant que ce sont les risques du métier.

Il s’est rendu chez un compétiteur à Morisburg, aussi dans l’Est et là il a observé une tout autre situation. À part une section touchée par la grêle, les rendements ont été exceptionnels. La proximité avec le fleuve St-Laurent, pourrait expliquer en partie le phénomène, croit-il.

Pour Audrey Lizotte, co-propriétaire de la Ferme l’Artisan, la saison se résume ainsi : « C’est une année à oublier. »

Dans le verger qu’elle entretient avec Mireille Leroux à Curran, plusieurs facteurs expliquent les piètres performances, dit-elle, dont l’abondance exceptionnelle de 2016. Certains vergers contrôlent la production en réduisant le nombre de fleurs, ce qu’elles penseront possiblement à faire dans l’avenir pour éviter les fluctuations d’année en année. Chez elles, la saison a à peine duré trois fins de semaine comparativement à dix l’an dernier et parfois même, l’ouverture se réduisait au samedi.

« Nous autres il y a beaucoup de facteurs. L’an passé on a eu beaucoup de pommes et cette année on n’a pas eu beaucoup de floraisons et cela n’a pas duré longtemps, environ 6 à 7 jours et il a plu beaucoup pendant cette période. Quand il pleut beaucoup, les abeilles sortent beaucoup moins, ça diminue la fenêtre de pollinisation. Côté rendement on estime qu’on a eu environ 10% de la production régulière », indique Mme Lizotte.

 De façon générale, la chaleur a aussi causé des soucis.

«Les récentes températures anormalement élevées pour la saison ont accéléré le mûrissement, et les pommes mûrissent de 7 à 10 jours plus tôt que d’habitude. Cela exerce des pressions sur les agriculteurs et les cueilleurs, qui doivent récolter les pommes avant qu’elles soient trop mûres », conclut Mme Green.

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