Volume 34 Numéro 16, le 28 avril 2017

Trump, l’ALÉNA et les faits alternatifs : une crainte qui se concrétise


Le professeur Maurice Doyon lors de son passage à l’AGA de l’Union des cultivateurs franco-ontariens en mars dernier. Plusieurs questions sur les impacts de l’arrivée au pouvoir du Président Trump lui avaient été posées, questions qui demeurent de toute évidence d’actualité. Photo: Archives Agricom

Par Maurice Doyon


Dans le cadre de conférences portant sur l’agroalimentaire que j’ai présenté dans différentes provinces canadiennes, j’exprimais récemment des craintes concernant la réouverture de
l’ALÉNA souhaité par le Président Trump. Ma principale crainte étant que Trump utilise une rhétorique reposant sur des faits alternatifs comme base de négociation. Force est de constater que mes craintes semblent se matérialiser.

Si les commentaires du Président sur le bois d’œuvre, qui ne fait pas partie de l’ALÉNA, et de l’énergie canadienne (qui permet aux Américains de réduire leur dépendance énergétique envers des pays tiers hostiles), font sourciller; ses propos sur le secteur laitier dépassent tout entendement.

Trump affirme que « Ce que le Canada a fait à nos producteurs laitiers est disgracieux » en faisant allusion, nous croyons, au lait diafiltré. Le lait diafiltré est un ingrédient laitier qui peut toujours être importé sans aucun tarif au Canada et qui n’a pas un long historique d’échange US-Canada. Les producteurs laitiers canadiens ont simplement réduit leur prix, si bien que le produit canadien est maintenant plus intéressant pour les transformateurs laitiers canadiens, que le produit américain. Selon Trump, les producteurs laitiers canadiens n’auraient pas le droit de baisser leur prix sur le marché canadien pour des transformateurs canadiens qui vendent au Canada? Les commentaires de Trump font preuve d’une ignorance crasse et de raccourcis intellectuels qui sont maintenant sa marque de commerce.

Souhaitons que les négociateurs américains n’aient pas les mains liées par les propos et promesses farfelues de leur patron. Sinon, ce sont tous les Américains et les Canadiens qui vont perdre, sauf les Trump and Friends, bien entendu.

 Maurice Doyon est Professeur titulaire à la Chaire de recherche économique sur l’industrie des œufs, Directeur du programme de maîtrise en économie agroalimentaire Fellow CIRANO et  Chercheur CREATE au Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation à Université Laval.

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