Volume 30 Numéro 18 Le 24 mai 2013

Un agriculteur avant-gardiste s’éteint à 83 ans


Jean-Claude Dutrisac, accompagné de sa conjointe Aline, à l'été 2011. Photo I Lessard

Par Isabelle Lessard, journaliste


« J’ai toujours admiré Jean-Claude », de dire Léo Brisson, un agriculteur qui a souvent côtoyé Jean-Claude Dutrisac. « C’était un très bon producteur de lait, dans l’élite même », a ajouté Réjean Pommainville, un ex-confrère. Les agriculteurs ne finissent plus de tarir d’éloge l’un des pères de la gestion de l’offre de l’Est ontarien, qui  s’est éteint à l’âge de 83 ans, dans son patelin d’Orléans.

Président d’Eastern Breeders au début des années 70 et membre du conseil d’administration du Dairy Farmers of Ontario de 1977 à 1983 Jean-Claude Dutrisac a su laisser sa marque dans sa communauté agricole, tant à l’échelle locale que provinciale.

Mais si M. Dutrisac a laissé sa trace, c’est notamment parce qu’il a longtemps milité pour l’implantation du système de gestion de l’offre. « Je le considérais un peu comme le Eugene Wheland du comté de Russell », a confié à Agricom Yvon Proulx. C’est dire à quel point l’agriculteur défendait bec et ongle le droit des producteurs laitiers, d’œufs et de volailles d’avoir un revenu équitable.

« Ç’a été son cheval de bataille », raconte son fils, Luc Dutrisac, qui prend conscience aujourd’hui de l’impact positif que son père a fait dans sa communauté agricole. « Mon père avait une petite run de lait quand c’était [distribué] au bidon, au tout début. Lui a vécu le fait de ne pas savoir combien il allait recevoir pour son lait », se remémore-t-il.

« J’ai un respect énorme pour le temps que les gens mettent pour faire avancer les choses, puisque j’ai vu de mes propres yeux ce que ça demande à une personne », ajoute Luc.

« Cela a souvent été l’un des sujets de discussion à la table et même jusqu’à la toute fin, se rappelle le fils. Il avait ça à cœur ; il ne fallait pas que ça tombe. »

Léo Brisson, d’Embrun, voue un respect pour son ex-confrère qui n’a pas lâché prise afin de convaincre les plus entêtés que les avantages du système de quotas étaient nombreux. « Les vieilles têtes grises dans le temps étaient plus dures à convaincre que les plus jeunes. […] Il a passé au travers d’assemblés pas mal houleux », se souvient l’agriculteur à la retraite.

« Il était convaincu que c’était la voie du futur… et il avait raison ! », s’est-il exclamé au téléphone, avouant que lui-même s’était, « jusqu’à un certain point », laissé convaincre par Jean-Claude Dutrisac.

Éleveur émérite
Couronné Maître éleveur à deux reprises, en 1998 et en 2001, Jean-Claude Dutrisac consacrait aussi beaucoup de temps à ses vaches Holstein.

« C’est seulement la crème des producteurs qui peuvent atteindre ce niveau », a insisté Réjean Pommainville. Il s’agit en effet de la pus haute distinction décernée par l’association Holstein à un éleveur.

« Il avait l’œil, confie Léo Brisson. Il n’était pas juge pour rien. » De fait, Jean-Claude Dutrisac avait tellement la passion pour les vaches laitières et leurs qualités qu’il a exercé le rôle de juge dans de nombreuses expositions animales.

S’il savait reconnaître de belles vaches, ce n’est pourtant pas parce qu’il avait trempé dans le milieu toute sa vie. Bien que né d’une famille d’agriculteurs, Jean-Claude a débuté sur le marché du travail en tant que conducteur de tramway pour OC Transpo. Mais comme dit son fils, « l’agriculture était un rêve qu’il caressait depuis toujours ».

Sa conjointe Aline et lui ont donc loué la ferme des frères des écoles chrétiennes pendant 18 ans, jusqu’à ce qu’ils leur achètent le troupeau et la machinerie. « C’était presque une farce. Il avait des saintes vaches », ricane Léo Brisson en dépoussiérant ces vieux souvenirs.

C’est donc en 1975 que le couple Dutrisac et leurs enfants ont emménagé sur une terre de 150 acres, sur le chemin Trim, à Orléans. S’en suivit la construction d’une étable de 70 places attachées qui était considérée avant-gardiste pour l’époque.

Luc se rappelle les résultats du premier classement des vaches : deux bonne-plus et une bonne. « Ils n’ont commencé avec rien, mais [mon père] était fier quand même. Il a voulu continuer à s’améliorer », confie le fils.

Puis en 1992, ce fut au tour du fils, alors âgé de 28 ans, de reprendre les rênes de la ferme. « Mes parents nous ont toujours fait confiance. Ils étaient de ces gens qui laissaient la place à la prochaine génération », conclut-il, reconnaissant.

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