Volume 27 Numéro 09 Le 16 décembre 2009

Un grand passionné du jardinage biologique reconnu à l’international

Par Pierre-Alain Blais, rédacteur en chef


Tom Wagner et Michel Lachaume (à droite),
devant des variétés de maïs bio à pollinisation ouverte, lors de son voyage en Europe. Photo M.Lachaume.

La passion pour le jardinage bio d’un citoyen de Rockland dans l’Est ontarien, l’a mené jusqu’en Europe pour une série de conférences l’été dernier.

Michel Lachaume est en train de se bâtir une réputation mondiale dans le monde de l’amélioration végétale de variétés biologiques pour le potager. L’homme, grand passionné d’horticulture et de jardinage, fait le tout sans pesticides ni engrais chimique.

Mais avant tout, sa passion l’a amené à propager des variétés anciennes et patrimoniales. Ces variétés délaissées par plusieurs au profit des hybrides et OGM modernes, représentent souvent une source précieuse de gènes pour combattre les maladies qui réapparaissent, telles que la nouvelle souche terrifiante de mildiou de la pomme de terre, apparût sans crier gare l’été dernier.

Ainsi, Michel est un des rares Nord-Américains à s’être attaché à développer des variétés de pommes de terre, non-OGM, nourrissantes et ouvertes à toute l’humanité. L’été dernier, son jardin expérimental a littéralement été rasé par le mildiou’ sauf quelques variétés et quelques mutations naturelles qui ont démontré une résistance à gènes multiples au terrible champignon qui menace nos pommes de terre de jardin.

« C’est essentiel que l’on ait une résistance horizontale au mildiou ; la variété risque d’y résister pour longtemps », explique Michel, en parsemant son discours de termes techniques, tels que le rétrocroisement (« backcrossing »), par ailleurs nécessaire pour revigorer les anciennes variétés qui viennent à souffrir de « fatigue génétique » après des centaines de cycles de propagation.

L’hybrideur s’intéresse ainsi à ressusciter la vigueur des variétés de tomates savoureuses de nos aïeux. On trouvera aussi un projet de melon local sucré à courte durée de végétation, parmi ses nombreux jardins expérimentaux qu’il installe dans des parcelles chez des agriculteurs autour de Rockland.

Il collabore également à développer des variétés de maïs sucré et de maïs fourrager à pollinisation ouverte.

Une tournée européenne fructueuse
Michel s’est tellement investi dans sa passion de conserver les variétés anciennes qu’il est en train de devenir une sommité mondiale de ce domaine. Ses conseils sont même sollicités aussi loin qu’en Europe, où il a été invité à y donner une série de conférences et de rencontres d’information en septembre dernier.

Il collabore avec l’un des plus célèbres créateurs de tomates et de pommes de terre au monde, Tom Wagner (« le « Einstein » de la patate et la tomate bio »), qu’il a accompagné dans une longue tournée européenne d’un mois.

« Nous avons conduit plus de 7500 kilomètres, la distance de Terre-Neuve à Vancouver », souligne Michel qui dit avoir traversé « de long en large », la France la Belgique et la Suisse avec M. Wagner.

Au cours de son escapade européenne, Michel a eu l’occasion de rencontrer de nombreux leaders du mouvement biologique européen, et de tisser des liens internationaux entre tous les passionnés de jardinage bio.

La revitalisation des anciennes variétés
C’est à l’invitation de Kokopelli, la grande organisation semencière française, que Michel a eu la chance de faire cette tournée européenne. On veut créer un réseau international de recherche en agriculture biologique et « lancer un grand pavé dans la mare du mouvement de la conservation des semences », écrit Michel.

C’est qu’on ne peut pas maintenir indéfiniment des lignées anciennes sans les « revitaliser » grâce aux techniques conventionnelles de l’amélioration génétique.

« On se concentre tellement à sauvegarder des variétés pures que nous sommes en train de les faire disparaître », lance Michel.
Il s’explique : « Afin de les protéger, on les isole et les reproduit en si petites quantités que nous les appauvrissons génétiquement, alors que dans la nature, les plantes s’échangent des gènes en se prêtant du pollen, comme nous les humains nous nous marrions en dehors de la famille. Là, nous avons trop souvent créé de la consanguinité, à tel point où des anciennes variétés de tomates ne produisent plus beaucoup de fruits, et si elles en produisent, les fruits sont faibles et se fendillent, par exemple. Les plants sont devenus fragilisés, maladifs et dégénérés. »

Nous devons donc recréer sans relâche la biodiversité au sein des anciennes variétés, à l’exemple de la nature qui se sert des abeilles à cette fin, dit Michel.

Même les autorités gouvernementales européennes s’intéressent maintenant à ce qu’est en train de réaliser ce petit groupe d’irréductibles améliorateurs végétaux. Et cela surtout depuis l’échec des grandes compagnies semencières et agrochimiques de ce monde, comme Monsanto, à fournir des variétés qui offrent une bonne résistance « multigénique » au mildiou de la pomme de terre.

Ce dernier aurait dévasté une grande partie des récoltes de pommes de terre et de tomates de l’est de l’Amérique du Nord l’été dernier, sans que les pesticides disponibles n’y puissent rien ou presque, de rapporter Michel.

Ses objectifs sont de revitaliser les anciennes variétés savoureuses afin de pouvoir les échanger avec d’autres jardiniers enthousiastes comme lui, « avec une emphase sur la résistance naturelle aux maladies, la qualité nutritive et le bon goût d’antan ».
Depuis la crise économique, les gens se sont remis au jardinage, « et c’est par urgence alimentaire qu’ils ont rejoint le lot ».

« Nous leur devons des variétés nourrissantes, délicieuses et productives, à cent lieues des variétés vides des supermarchés ».

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