Le 4 juin 2003

Une vaste enquête pour le cas d’ESB en Alberta

Par Pierre-Alain Blais


Le Canada s’est retrouvé, le 20 mai dernier, avec un premier cas confirmé d’encéphalopathie spongiforme bovine chez une vache depuis une décennie. Cet événement malheureux a déclenché une crise dans l’industrie agricole qui aura des répercussions profondes, particulièrement dans les Prairies, déjà secouées par des années de sécheresse et les effets dépresseurs du Farm Bill sur les prix des grains.

Mentionnons d’abord que le seul autre cas de vache folle jamais découvert au Canada a été détecté en 1993 chez une vache importée du Royaume-Uni. Cette dernière vache avait été « détruite » de même que tout le troupeau où elle se trouvait sur l’exploitation albertaine.

En mai dernier, la redoutable encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) a été détectée sur la carcasse d’une vache provenant d’un élevage de bovins de boucherie de l’Alberta, et qui avait été rejetée de l’abattoir où elle avait été amenée plus tôt au début de l’année 2003 pour cause de maladie qui n’avait rien à voir avec l’ESB. L’inspecteur soupçonnait un simple cas de pneumonie, et a marqué l’animal comme étant impropre à la consommation humaine.

Ce serait, en outre, le premier cas de ESB « local » en Amérique du Nord, ce qui a soulevé beaucoup d’appréhension autant du public consommateur que du côté des éleveurs de bovins.
Dans la foulée de la divulgation de cette information, les États-Unis et une trentaine d’autres pays importateurs de boeuf ont fermé leurs frontières au boeuf canadien et à toute la gamme des produits dérivés, paralysant une industrie d’exportation majeure qui génère des ventes de 7,6 milliards de dollars, dont plus de la moitié vers les États-Unis.

Rappelons les faits entourant cette affaire:
Une vache Black Angus de huit ans d’un ranch de Wanham, une petite localité du nord-ouest de l’Alberta, présentant des signes de maladie a été expédiée pour abattage à un abattoir sous contrôle provincial. La carcasse a ensuite été ?condamnée? par un inspecteur du ministère de l’Agriculture de l’Alberta. Aucune viande ne s’est retrouvée dans la filière alimentaire. Ses restes ont été expédiés à une usine d’équarrissage.

Suivant la procédure mise en place par l’ACIA, la tête de la vache condamnée fut congelée et conservée pour un examen plus approfondi. Ce n’est que le 16 mai dernier que le ministère de l’Agriculture de l’Alberta a soumis à une épreuve de dépistage le cerveau de la vache. Les résultats préliminaires indiquant la « présence possible d’ESB ». Des prélèvements de cerveau ont alors été expédiés au Centre des maladies animales exotiques de l’ACIA à Winnipeg pour être soumis à d’autres épreuves. Le 18 mai, les résultats de l’ACIA confirmaient la présence d’ESB. L’ACIA a fait parvenir des prélèvements au Laboratoire mondial de référence à Pirbright au Royaume-Uni, qui confirma, deux jours plus tard, que cette vache souffrait bien de l’ESB.

Série d’enquêtes exhaustives

Le 18 mai, l’ACIA a mis en quarantaine la ferme d’où provenait la vache malade. Dès lors les professionnels de l’ACIA et de la province d’Alberta ont mis en branle une série d’enquête exhaustives en vue de déterminer l’origine de la vache en question (enquête sur l’ADN), ses mouvement d’un troupeau à l’autre (enquête en amont), les déplacements de ses veaux dans d’autres troupeaux (enquête en aval) et la façon dont ses restes ont été traités (enquête sur la farine animale). Les autorités ont aussi retracé aussi les déplacements des autres animaux de la même ferme, ainsi que les contacts qu’ils ont pu avoir avec d’autres troupeaux dans les pâturages d’été.
Cette vache faisait partie d’un troupeau de 150 bêtes. Ce troupeau a immédiatement été « dépeuplé » par l’ACIA, et toutes les bêtes furent euthanasiées, les cerveaux prélevés pour effectuer les analyses nécessaires pour déterminer si la maladie est présente parmi les compagnes de la vache malade. Ces tests se sont révélés négatifs’ pas de traces d’une protéine anormale appelée prion ? au grand soulagement de toute l’industrie et de tous les Canadiens.

L’ACIA a dû aussi faire abattre aux fins d’examen pour l’ESB, les troupeaux dans lesquels la vache malade a séjournée, ainsi que les troupeaux où ses filles ont été introduites ? il n’existe pas de technique de diagnostic non-destructive pour détecter la présence de l’ESB.

Un lourd bilan

En fin de compte, c’est plus 1800 bêtes qui auront dû être abattues afin de les soumettre au tests de dépistage de l’encéphalopathie. Tous les tests de dépistage effectués jusqu’au 3 juin se sont révélés entièrement négatifs. Il s’agirait vraisemblablement d’un cas unique isolé.

Par ailleurs, l’ACIA aurait perdu l’espoir de déterminer un morceau du puzzle: l’origine de la vache en question, ainsi que l’identité de ses parents. Il semble que les enregistrements à cet effet n’existent pas, parce que la vache malade n’était pas pur-sang, et en l’absence d’un système de traçabilité obligatoire dans les années 1992-1993, l’ACIA a dû se résoudre à effectuer des tests d’ADN ? sans résultats ? sur des animaux susceptibles d’être les progéniteurs de la vache malade.

L’ACIA compte terminer tous les tests de dépistage de l’ESB vers la deuxième semaine de juin. Le vétérinaire en chef de l’Agence, Brian Evans a annoncé qu’il réunirait un panel d’experts mondiaux pour examiner les résultats et les procédures d’enquête que l’Agence a mis en place pour faire la lumière sur ce premier cas ?indigène? de maladie de vache folle au Canada. Les conclusions de ce groupe d’experts provenant de Suisse, Nouvelle-Zélande et des États-Unis seront déterminantes pour convaincre les autorités américaines de permettre la réouverture des frontières américaines au boeuf canadien.

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