Volume 33 Numéro 12 Le 26 février

Virage à 180 degrés pour l’industrie ovocole

Par Chantal Quirion


Les producteurs d’œufs du Canada (POC) amorcent un tournant majeur en annonçant l’élimination de l’élevage en batterie d’ici 20 ans.

Dans ce type d’élevage, dit traditionnel, la norme minimale est de 67 po carrée par cage. Le plan de transition des POC propose différentes méthodes d’élevage comme alternative, dont les logements aménagés qui doubleraient pratiquement la superficie des cages conventionnelles avec 116 po carrée, incluant un nid et un perchoir notamment. Les systèmes sur parquet, en volière ou sur libre parcours, qui se rapprochent de l’élevage en liberté, font aussi partie des options.

Le consommateur est roi

L’automne dernier, l’intention déclarée de McDonald’s de s’approvisionner exclusivement en œufs de poules en liberté d’ici dix ans, suivie quelques mois plus tard de celle de Tim Hortons et Burger King pour 2025, et enfin, de celle de Cara Foods, propriétaire des bannières Harvey’s, Swiss Chalet, Kelsey’s et East Side Mario’s au début de février qui réitérait les mêmes intentions pour 2020, n’est pas étrangère à la situation.

Ces derniers ont réagi aux pressions exercées par le consommateur et par des associations comme Mercy For Animals, groupe qui a d’ailleurs participé à l’élaboration de la politique adoptée par Tim Hortons, concernant son approvisionnement.

 

L’industrie réagit à son tour. « L’objectif des Producteurs d’œufs du Canada est de répondre à la demande. On a mille producteurs au Canada et on offre de tout. Si les consommateurs décident qu’ils veulent ceci ou cela, ce sont eux qui vont nous dicter nos choix », commente Emmanuel Destrijker qui siège sur le conseil d’administration des POC, en précisant qu’avant de prendre cette décision, les POC ont longuement réfléchi.

« On voulait être sûr que la demande des consommateurs soit là. Finalement, ce plan de transition est le meilleur compromis. C’est le meilleur compromis entre le bien-être de l’oiseau et pour garder la gestion au niveau de la production. C’est un bon équilibre selon moi. »

Ainsi selon ce plan, dans moins de dix ans, 50 % des élevages conventionnels auront adopté de nouvelles pratiques. Actuellement, près de 90 % de la production d’œufs se fait dans des logements conventionnels.  Conformément au plan, qui sera surveillé par un groupe de travail national en collaboration avec l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement d’œufs, l’industrie devrait voir une répartition à 50 %-50 % dans les logements d’ici huit ans, la transition aux élevages alternatifs atteignant près de 85 % d’ici 15 ans. Toute la production se fera en logements aménagés, sur parquet, en volière ou sur libre parcours d’ici 2036 supposant le maintien des conditions actuelles du marché.

« Ils ont 20 ans pour se mettre la page. Chaque année, c’est une roue qui tourne et on va sûrement s’assurer quelle tourne correctement pour le futur », poursuit M. Destrijker.

Bien que les nouvelles normes ne fussent pas encore en vigueur, la tendance à l’échelle mondiale était déjà installée et plusieurs producteurs avaient déjà opté pour le système enrichi dont les logements sont plus grands que les logements traditionnels. Par conséquent, leur coût de production s’en trouve plus élevé, mais leurs œufs demeurent vendus au même prix. Avec les changements apportés, on peut s’attendre à ce que le prix des œufs soit revu.

« C’est sûr qu’il y a quelqu’un qui va devoir répondre. Le prix de production est ajusté tous les cinq ans et cela va se refléter sur le prix des œufs. L’industrie va s’adapter et s’ajuster pour offrir un bon rapport qualité-prix », conclut M. Destrijker.

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