Volume 35 Numéro 15 Le 13 avril 2018

Visites de fermes dans l’État de New York


Mike McMahon de la ferme EZ Acres Farm. Crédit photo: Philippe Etter.

Par Philippe Etter


L’hiver est souvent pour les producteurs agricoles une période idéale pour parfaire leurs connaissances en prenant des formations ou en participant à des journées d’informations présentées par des membres de l’industrie. Un autre moyen d’apprendre tout aussi enrichissant consiste en les visites de fermes afin de rencontrer les producteurs et visiter leurs entreprises.

C’est exactement dans ce but qu’une quarantaine de producteurs de l’Est ontarien ont été visiter de grosses entreprises laitières très avant-gardistes dans l’État de New York cet hiver. Cette visite en autobus était organisée par le meunerie Ritchie Feed & Seed inc. d’Ottawa.

La visite a débuté chez Reed Haven Farms de Alan et Justin Reed où sont traites 160 vaches avec 3 robots Lely A4 dans une étable construite en 2014. Cette entreprise de taille similaire à ce que l’on peut voir présentement au Canada a su intégrer plusieurs technologies. Par exemple, un robot Juno pousse le fourrage ou encore,  des nettoyeurs d’allées automatiques à chaîne avec des tubes en-dessous des planchers permettent de garder les allées au sec. Cette automatisation avait pour but de pouvoir effectuer le travail sans main d’œuvre de l’extérieur.

Nous nous sommes ensuite dirigés à la ferme North Ridge Dairy où sont traites 2340 vaches  3 fois par jour. Cette ferme a elle  aussi été construite en 2014 et les vaches y sont logées en stabulation libre avec des logettes profondes de sable et avec un système de ventilation transversale, souvent connu sous le nom de « cross-ventilation ». Fait intéressant, tous les fourrages sont entreposés dans des « Ag-bag ». Selon les propriétaires même si le coût est plus élevé que des silos couloirs cela en vaut la peine par rapport à la qualité de fourrages. Cette entreprise est en constante expansion depuis les années 90 et plus récemment ils ont décidé de diversifier leurs revenus avec l’achat d’un restaurant et des chalets à louer sur le Lac Ontario.

Nous avons aussi  eu l’opportunité de visiter la ferme Hemdale Farms de Clay Hemminger où sont traites pas moins de 1250 vaches avec 21 robots de traite Lely A3 et A4. Cette ferme a été l’une des premières grandes en son genre à adopter les robots de traite dans l’État de New York. Le confort est de mise et les vaches sont groupées selon leurs lactations. Elles ont une moyenne de 2.8 passages aux robots et produisent en moyenne 41 litres de lait par vache. La décision d’installer les robots de traite découle principalement de la décision de se diriger vers 3 traites par jour tout en minimisant la main d’œuvre. Il est important de mentionner aussi que cette entreprise s’affiche au nombre des importants producteurs de choux avec 400 acres en culture ce qui nécessite beaucoup de main d’œuvre.

Notre premier arrêt lors de la deuxième journée s’est fait à Aurora Ridge Dairy où nous avons été accueillis par le charismatique Bill Cook qui est l’un des quatre propriétaires de la ferme. Cette ferme a 2250 vaches en lactation, possède 2400 acres et loue un autre 2600 acres en partenariat avec leur voisin qui lui, s’occupe de tous les travaux des champs.  Depuis 2009, ils ont un digesteur pour leur fumier afin de créer leur propre électricité à la ferme et le surplus est revendu, soit l’énergie nécessaire pour 300 maisons.  Ces agriculteurs modernes investissent beaucoup de temps et d’argent au niveau de la génétique avec un programme intensif de transfert d’embryons et de fécondations in-vitro ou « IVF ». Fait à noter, tous les animaux sont testés à l’aide de la génomique ce qui permet à ces gens de travailler ou même de vendre les meilleurs animaux. Puisque le prix du lait est très bas en ce moment surtout dans l’État de New York, Mr.Cook et ses associés ont signé un contrat avec une laiterie privée, pour du lait sans OGM « organisme génétiquement modifié ». Ils s’assurent ainsi d’une prime qui va certainement aider à l’entreprise pour les 5 prochaines années.

Nous avons ensuite visité Walnut Ridge Dairy où la traite de 1400 vaches est faite 3 fois par jour dans un carrousel de 60 places de la compagnie mexicaine Mandro avec des trayeuses AFI milk construite en 2015. Fait intéressant, les vaches fraîches y sont traites 4 fois par jour.

C’est à la ferme EZ Acres Farm de Mike McMahon, à Homer au sud de la ville de Syracuse que nous avons fait notre dernière visite avant le retour. C’est à cette ferme très bien gérée que nous avons pu constater les effets du faible prix du lait. Mr. McMahon étant lui-même très impliqué dans différentes organisations, a pris beaucoup de temps pour nous expliquer la crise à laquelle  font face les producteurs de lait américains. En ce moment, il y une surproduction partout sur le marché américain et ce sont les les producteurs qui en paient le prix. Au mois de janvier, il avait reçu 14,90$ pour 100 livres de lait lorsque son coût de production en 2017 était de 16,27$ pour 100 livres. Selon lui, plusieurs membres de sa coopérative locale avaient déjà pris la décision de cesser la production avec des prix à la ferme en bas du coût de production. Lorsque questionné pour savoir s’il pensait  qu’un  système de gestion de l’offre comme celui au Canada pourrait être envisageable aux États-Unis, celui-ci a répondu qu’il  ne croit pas que c’est une solution à cause de la taille des entreprises laitières.  Il prône cependant l’idée d’instaurer un système qui donnerait le moyen de contrôler la surproduction à l’échelle nationale. Il convient toutefois que cela sera difficile.

Ce fut pour les producteurs canadiens une  expérience  très enrichissante grâce à ces visites de fermes à la fine pointe de la technologie et très bien gérées. Le sentiment était clair parmi le groupe que le système de gestion de l’offre reste un bon moyen pour contrôler la surproduction et assurer un revenu plus stable.

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