Ce sont là quelques-unes des questions auxquelles tente de répondre le professeur Marc-André Langlois, chercheur à la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa. Le but de l’étude est de mieux comprendre comment un virus H5N1 peut se transmettre entre les animaux et les humains et d’évaluer le niveau de protection immunitaire chez les humains, existante ou acquise après une exposition.
Le professeur Langlois espère la participation d’une centaine de travailleurs de l’industrie de la volaille.
Potentiel pandémique
« La transmission du virus H5N1 de l’animal à l’humain reste un cas rare, mais sa conséquence a été mortelle dans 50% des quelque 350 cas recensés dans le monde », indique le professeur Langlois. « À la base, un virus aviaire ne devrait pas être mortel pour l’humain. Il importe donc de comprendre comment certaines mutations peuvent le rendre pathogène. »
Selon le gouvernement de l’Ontario, au cours de la saison hivernale 2024-2025, 12 élevages de volailles (11 troupeaux commerciaux et 1 petit troupeau) ont été infectés par le virus HPAI H5N1 dans le sud de l’Ontario. En novembre 2024, l’Agence de la santé publique du Canada a confirmé un premier cas humain de grippe aviaire contracté au pays signalé depuis l’apparition du virus H5N1 en 1997.
L’étude du professeur Langlois porte non pas sur les élevages, mais plutôt sur les éleveurs et quiconque travaille avec la volaille (employés d’abattoirs, vétérinaires, etc.). « L’intérêt de l’étude est que la grippe aviaire présente un potentiel pandémique si le virus subit certaines mutations. Présentement, la transmission entre humains est quasi inexistante, mais le virus a le potentiel de s’adapter et on se trouverait alors devant la possibilité d’une crise sanitaire », dit-il.
Un simple test
Les participants fourniront des échantillons à partir de leur domicile pendant une période de 10 mois, soit un échantillon de salive tous les 2 mois pour détecter une infection active par le H5N1 ou d’autres virus (ex. : grippe A, VRS, SRAS-CoV-2); aussi, un échantillons de sang séché tous les 2 mois pour détecter les signes d’une infection antérieure.
« Il s’agit d’une étude universitaire de recherche, et non d’un programme réglementaire », tient à souligner M. Langlois. « Vos renseignements personnels resteront strictement confidentiels. Cependant, la détection de cas actifs de H5N1 doit, par la loi, être signalée à l’Agence de la santé publique du Canada. Chaque participant recevra un accès sécurisé pour consulter ses résultats individuels en ligne. »
Oui, mais…
Jusqu’à présent, les éleveurs approchés tant en Ontario qu’au Québec se sont montrés intéressés, mais réticents à participer à l’étude en raison de l’impact que pourrait avoir la détection d’un virus, dont le signalement est obligatoire. M. Langlois estime qu’il reste une part importante d’éducation à faire auprès de la clientèle visée.
L’Agence canadienne d’inspection des aliments a mis en place un protocole de dédommagement pour les éleveurs visés par un ordre de destruction d’animaux contaminés. Ainsi, le propriétaire peut recevoir une indemnité correspondant à la valeur marchande évaluée de l’animal, dans la limite de l’indemnité maximale prévue dans le RIDAC*. De plus, il peut être admissible à une indemnisation pour les coûts liés à l’élimination ou à la destruction des animaux jusqu’à concurrence du montant qu’un service commercial facturerait habituellement. Cela peut aussi comprendre les coûts associés au transport de l’animal, au nettoyage et à la désinfection du moyen de transport (y compris les camions, les remorques et les caisses) utilisé pour le transport.
L’Agence couvre une partie des pertes, les assurances font aussi un bout de chemin; mais la réalité est que l’éleveur est privé de revenus pour la période de six à huit semaines où il lui est interdit de produire. Par contre, le travail de prévention en amont peut permettre d’éviter que le consommateur boude le poulet et la dinde pendant des mois, le temps de retrouver confiance dans le produit.
Justement, Les éleveurs de volaille du Québec a décidé d’inviter ses membres à participer à l’étude. « Ce sont des gens sensibilisés à l’importance de la recherche en général, ils sont souvent sollicités », indique d’ailleurs l’organisme. Les résultats de cette étude aideront à orienter les efforts de santé publique et les stratégies de prévention des maladies au Canada.
*Risque (Risk), problème (Issue), décision (Decision), action (Action) et demande de changement (Request Change).
IJL – Réseau.Presse – Agricom