le Samedi 18 juillet 2026
le Mercredi 25 février 2026 9:50 Agriculture

Les fermes laitières en quête d’un nouvel équilibre protéiné

  PHOTO : André Dumont
PHOTO : André Dumont

La demande accrue pour des produits laitiers riches en protéines et une rémunération bonifiée le 1er avril incitent les producteurs à ajuster leurs stratégies. Entre un quota toujours basé sur le gras et un marché qui valorise davantage la protéine, l’adaptation passera par l’alimentation à court terme et par la génétique à plus long terme.

Les fermes laitières en quête d’un nouvel équilibre protéiné
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La montée en popularité des yogourts grecs, des boissons protéinées et des laits enrichis en protéines envoie un signal clair à l’industrie laitière. Depuis août 2025, cette évolution a poussé les instances du P5 (conseils d’administration des regroupements de producteurs de l’Est du Canada) à ajuster le mode de paiement du lait. Une nouvelle bonification est prévue ce 1er avril. L’objectif est d’inciter les producteurs à livrer du lait qui contient davantage de protéines, alors que le quota de production demeure calculé sur la matière grasse.

Pour le conseiller François Jacques, il est important de ne pas baisser le test de gras pour améliorer son ratio.

PHOTO : Sollio

François Jacques, expert-conseil en production laitière pour la coopérative Uniag (Sollio Groupe Coopératif), accompagne des fermes dans l’est de l’Ontario, en Outaouais et dans la région de Mirabel. Selon lui, augmenter rapidement le taux de protéine nécessite une certaine prudence.

« Le premier point à vérifier, c’est de faire le quota, étant donné qu’il est calculé sur la production de gras », rappelle-t-il. Il met en garde contre une fausse solution qui serait de diminuer le test de gras pour améliorer le ratio protéine/gras.

À court terme, l’ajustement repose sur la nutrition. Les interventions ciblent particulièrement les vaches en transition et en début de lactation, périodes critiques pour la production.

« La vache fraîche est souvent limitative en méthionine, un acide aminé essentiel à la production de protéine », explique François Jacques. Certains ingrédients spécialisés, comme des sources protégées d’acides aminés, peuvent améliorer la synthèse protéique, mais ils entraînent des coûts supplémentaires.

Des résultats variés d’une ferme à l’autre
D’autres pistes sont évoquées dans l’industrie, comme l’optimisation de la santé ruminale pour stimuler la production de protéines microbiennes, l’ajustement des rations en lysine, la gestion du stress thermique ou l’utilisation d’additifs alimentaires. Toutefois, ces stratégies peuvent aussi influencer le test de gras et compliquer l’équilibre recherché.

Selon des estimations relayées par les Producteurs de lait du Québec, une augmentation de 0,05 du ratio solides non gras/gras pourrait représenter près de 9 600 $ de revenus supplémentaires par année pour une ferme moyenne. Mais les résultats varieront d’une exploitation à l’autre, selon les ratios de départ et la race du troupeau. Les Jerseys, par exemple, affichent naturellement des composantes différentes des Holstein, ce qui modifie l’impact économique.

Le producteur Philippe Etter gère près de 140 vaches en lactaction à Sarsfield. Le voici entouré de sa famille.

« Une vache n’est pas une machine. »
À plus long terme, la génétique jouera un rôle clé. Depuis près de 20 ans, le taux de gras est favorisé. Réorienter les objectifs vers la protéine demandera donc du temps.

Philippe Etter, producteur laitier de 39 ans à Sarsfield, en est conscient. À la Ferme Philos, il gère environ 140 vaches Holstein en lactation, avec un quota de 215 kg de matières grasses par jour. « Le système de quotas permet de produire ce que les consommateurs veulent. On doit s’adapter », affirme-t-il.

Durant la pandémie, la forte demande pour le beurre et la crème l’a incité à sélectionner des taureaux avec des taux de gras élevés. Aujourd’hui, la progression des produits riches en protéines change la dynamique.

« Une vache laitière n’est pas une machine. On ne peut pas modifier la nature de son lait en tournant un bouton on/off », souligne Philippe Etter.  À sa ferme, le taux de protéine atteint déjà 3,7 %. Des ajustements nutritionnels sont envisagés, en gardant en tête l’objectif central : remplir le quota avec le moins de vaches possible, afin de maîtriser les coûts.

Agricom – Maxime Mainieri – IJL