le Samedi 13 juin 2026
le Mercredi 4 mars 2026 11:47 Agriculture

Projet É.G.A.L.E.S. : briser l’isolement des agricultrices franco-ontariennes

Consultation à la Ferme Mariposa en mars dernier dans l'Est ontarien.  — PHOTO: Union culturelle des Franco-Ontariennes
Consultation à la Ferme Mariposa en mars dernier dans l'Est ontarien.
PHOTO: Union culturelle des Franco-Ontariennes

Isolement, manque de ressources en français et accès difficile aux réseaux : plusieurs agricultrices franco-ontariennes font face à ces obstacles dans leur parcours entrepreneurial. Des enjeux que cherche à réduire l’Union culturelle des Franco-Ontariennes avec le projet É.G.A.L.E.S.

Projet É.G.A.L.E.S. : briser l’isolement des agricultrices franco-ontariennes
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À Hearst, dans le nord de l’Ontario, la serre de La Maison Verte fait pousser de jeunes arbres destinés à la reforestation. Tomates et concombre s’y ajoutent depuis la diversification des activités en 1994 et 2009, tandis qu’une boutique, le Coin cadeau et Jardin, met en valeur des produits d’artistes locaux. Depuis peu, Sara Poliquin en assure la direction générale, après avoir travaillé en foresterie ; un milieu bien différent.

La Maison Verte est une entreprise sociale publique à but non lucratif fondée il y a 40 ans par des femmes souhaitant favoriser l’intégration d’autres femmes dans les métiers, notamment les mères monoparentales. Cette mission résonne avec celle du projet É.G.A.L.E.S (Égalité des genres des agricultrices pour le leadership, l’équité et la solidarité), coordonné par Nathalie Nadon à l’Union culturelle des Franco-Ontariennes (UCFO).

«L’initiative vise à réduire ou éliminer les obstacles à la réussite pour les femmes en agriculture », explique Mme Nadon.

Selon elle, les agricultrices franco-ontariennes font face à un double défi : «le fait d’être femme déjà et le fait d’être francophone ». En milieu rural, l’accès aux ressources en français peut être insuffisant, l’isolement géographique et social est bien réel, et les réseaux de mentorat sont difficiles d’accès. À cela s’ajoute une absence de données sur les agricultrices francophones, ce qui complique la mise en place de changements systémiques.

Janie Renée Myner de l’Union culturelle des Francos-Ontariennes.

PHOTO: Union culturelle des Francos-Ontariennes

Au cours de la dernière année, l’équipe d’É.G.A.L.E.S. a multiplié les occasions de présence sur le terrain et de réseautage : participation à des foires et conférences agricoles, repérage d’outils et de programmes, et création de liens directs entre agricultrices. Nathalie Nadon insiste sur l’importance des rencontres en personne : « Les agriculteurs, les agricultrices, ça ne se fait pas par courriel… Ça se donne la main : ‘Comment ça va ? On prend un café ?».

Parmi les activités récentes, L’UCFO a tenu le forum « Vers un financement équitable », avec des rencontres notamment à Hearst et à Hawkesbury, afin de mieux comprendre les besoins financiers des agricultrices et de favoriser des échanges intergénérationnels.
« Juste le fait qu’on a eu cette rencontre-là… c’est du concret », résume Mme Nadon, qui dit avoir vu naître des idées de mentorat entre participantes. Le développement de la plateforme B2B destinée à faciliter le maillage entre agricultrices et l’accès à de l’information en français voit également le jour. L’objectif est de rendre ses membres plus faciles à rejoindre et de simplifier la création de réseaux à l’échelle d’une province vaste, où les fermes ne sont pas toujours visibles en ligne.

Sara Poliquin, directrice générale de la Maison Verte

Du côté de La Maison Verte, l’accès à des personnes-ressources représente déjà un soutien tangible. « Au moins je le sais que j’ai des personnes-ressources à contacter… je peux avoir du renfort comme ça », affirme Sara Poliquin. Le financement demeure un casse-tête, particulièrement pour une entreprise à caractère unique située à la croisée de la foresterie et de l’agriculture : « À chaque fois qu’on va chercher du financement… il y a
toujours un petit hic qui fait que tout d’un coup on n’est plus admissible ». Concrètement, elle raconte que l’équipe d’É.G.A.L.E.S. lui a suggéré des pistes de subventions qu’elle n’avait pas repérées : « Quand tu fais ta recherche Google, ça ne ressort pas … eux, ils sont capables de te guider vers la bonne direction. »

Pour Nathalie Nadon, ces actions ; conférences, webinaires, portraits d’agricultrices et outils visent à renforcer la capacité des femmes francophones à prendre leur place. « On veut créer ce qui nous rapproche : on est des femmes, on est francophones, on est des leaders. »

Et sur le terrain, l’idée fait déjà son chemin; comme résume Sara Poliquin : « Les femmes, on a besoin de se soutenir. »

Agricom – Geneviève Laprade – IJL