Dans l’Est ontarien, la saison des sucres a démarré avec du retard. À Dunvegan, non loin de St-Isidore, Nicholas Souligny et sa famille sont habitués à produire leur premier sirop fin février. Cette année, ils ont dû patienter jusqu’au 8 mars.
«On a commencé tranquillement, mais les coulées ont été bonnes par la suite», résume Nicholas Souligny, qui est aussi éleveur de volaille.
Depuis deux ou trois ans, la météo rend le travail d’acériculture plus rock’n’roll, affirme Nicholas Souligny, que l’on voit ici avec ses deux enfants.
Mais derrière ces chiffres encourageants, les défis s’accumulent. Le verglas et les vents violents ont causé des bris importants dans la tubulure. «Des branches et des arbres sont tombés sur les lignes. Il suffit d’un bris pour perdre le vacuum», explique Nicholas Souligny. Une réalité qui complique la gestion quotidienne, surtout dans un contexte où les variations de température deviennent plus extrêmes.
«Avant, on avait un cycle plus stable, avec du gel la nuit et du dégel le jour. Là, c’est beaucoup moins prévisible», observe le producteur. Ainsi, la sève coule parfois en continu, obligeant une surveillance accrue des installations, même en pleine nuit.
Sur le chemin Cassburn, près de Vankleek Hill, l’acériculteur Michel Lamoureux dresse un constat similaire.
«On a eu des écarts de température importants en très peu de temps. Ce n’est pas normal», souligne celui qui exploite une érablière de 5000 entailles depuis plus de 30 ans. Malgré ces conditions, il demeure confiant. « Les niveaux de sucre augmentent dans la sève. Ça annonce une bonne récolte. »
Pour Michel Lamoureux, accompagné ici de son épouse Lucie, 2026 est une année pleine de nouveaux défis.
Pour s’adapter, plusieurs entreprises misent sur la technologie. Capteurs, systèmes automatisés et surveillance à distance permettent d’optimiser les opérations et de limiter les pertes. «On essaie de rentabiliser chaque entaille et de réduire les coûts de main-d’œuvre», explique Michel Lamoureux qui a beaucoup investi dans l’automatisation de son érablière.
10 000 gallons en une nuit
Ces investissements s’inscrivent toutefois dans un contexte de hausse marquée des coûts de production. Le propane, utilisé pour l’évaporation, représente une dépense de plus en plus lourde. «On est passés d’environ 1 $ à près de 2 $ par gallon, juste pour le combustible», note Nicholas Souligny.
À ces pressions économiques s’ajoute les problématiques de commercialisation, un enjeu propre à l’Ontario. Contrairement au Québec, où la production est encadrée, les producteurs ontariens doivent souvent vendre eux-mêmes leur sirop. «Il faut trouver des acheteurs ou vendre directement à la ferme», précise Nicholas Souligny.
Malgré tout, les perspectives demeurent positives. Les récentes coulées importantes pourraient permettre d’atteindre, voire de dépasser, les volumes habituels. Chez les Souligny, une seule nuit a permis de transformer près de 10 000 gallons d’eau d’érable, un record pour l’entreprise.
Au-delà des défis, la saison des sucres reste une affaire de passion et de tradition. «C’est un travail exigeant, mais c’est aussi ce qui nous motive à recommencer chaque année», confie Michel Lamoureux.
Dans un contexte en constante évolution, les acériculteurs ontariens continuent ainsi de s’adapter, misant sur l’innovation sans perdre de vue l’essence même de leur métier : transformer la sève en un produit emblématique, au rythme de la nature.