le Samedi 18 juillet 2026
le Mercredi 25 mars 2026 8:35 Chronique

Le Moyen-Orient embrasé à l’approche des semis

  PHOTO : Envato
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Travailler le sol et le fertiliser coûtera plus cher en 2026. Le prix du grain pourrait-il augmenter suffisamment pour couvrir ces coûts? L’économiste agricole Vincent Cloutier nous propose une analyse des impacts sur l’agriculture du conflit au Moyen-Orient.

Le Moyen-Orient embrasé à l’approche des semis
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À la mi-mars, le magazine The Economist écrivait que «(…) le détroit [d’Ormuz] sera extrêmement difficile à rouvrir par les États-Unis». Déjà, on voit les effets du blocage sur les coûts de production en agriculture.

Alors que 20% du commerce mondial du pétrole y transite, le prix du baril a grimpé rapidement, entraînant celui des produits raffinés. De la même façon, le marché de l’urée n’a pas tardé à refléter le blocage, alors que le tiers du commerce mondial passe par Ormuz.

À l’approche des semis, les tendances de ces marchés sont préoccupantes, voire inquiétantes.

À ce stade de l’année, les grands distributeurs d’engrais ont acheté une proportion significative de leurs volumes annuels de fertilisants. En revanche, la réalité géographique et climatique de l’Est canadien (dégel de la voie maritime) exige l’accueil de bateaux au printemps, ce qui fait persister une incertitude sur les prix.

À noter, les engrais phosphatés (dont la Chine est de loin le principal producteur et exportateur) et la potasse ne sont pas – du moins à ce jour – exposés aux mêmes soubresauts que les engrais azotés. Ça pourrait changer, par exemple, si la Chine décidait de limiter ses exportations.

Le conflit au Moyen-Orient fait monter le prix des engrais. Le prix des grains suivra-t-il?

Impact sur les marges

Tenons pour acquis qu’il en coûtera plus cher pour travailler le sol et fertiliser les cultures en 2026. Ceci étant, qu’en est-il des marges? Le prix du grain pourrait-il augmenter suffisamment pour couvrir ces coûts?

La question est légitime, dans la mesure où une corrélation existe entre le prix de certains grains (notamment le maïs et le soya) et celui des carburants fossiles. Ce lien s’exprime à travers les carburants d’origine agricole, soit l’éthanol produit à partir de maïs ou alors les biocarburants produits à partir d’huile de soya ou de canola.

Depuis plusieurs mois, l’offre excédentaire de grains à l’échelle mondiale suggérait des marges serrées pour 2026. Or, les prix du maïs et du soya à la Bourse de Chicago ont réagi aux frappes militaires au Moyen-Orient. L’histoire dira si une tendance solide s’installera et dans quelle mesure elle suffira à absorber les coûts supplémentaires.

Il est possible que les intentions de semis soient affectées par cette guerre dont personne ne connaît l’aboutissement ni la durée. Bien que le soya permette de se prémunir du risque relié au prix des fertilisants azotés, les exportations brésiliennes sont historiques et pèseront sur les prix.

Aux risques reliés aux prix des grains et des engrais s’ajoute celui de la devise. La devise canadienne étant historiquement corrélée au baril de pétrole, son appréciation doit être envisagée, avec effet sur le prix des grains et des intrants.

De leur côté, les productions porcine et bovine se portent bien, permettant depuis plusieurs mois des marges intéressantes. On ne peut exclure que la guerre ne provoque une hausse du coût de l’alimentation en grains, qui en affecterait la rentabilité.

Ce conflit est un triste rappel des risques auxquels sont exposées les différentes productions agricoles. Après la sécheresse de 2025 qui a durement ramené à l’avant-plan les risques climatiques, c’est maintenant la géopolitique mondiale qui agit comme trouble-fête en ce printemps 2026.

Guerres, extrêmes climatiques, surproduction, tarifs… bien que la volatilité soit inhérente aux marchés des intrants agricoles et des grains, rarement aura-t-on traversé une suite de conjonctures rappelant avec tant d’insistance l’importance d’utiliser les outils et stratégies de gestion de risque disponibles en agriculture.

Vincent Cloutier est économiste agricole à la Banque Nationale.