Les champs sont semés, alors les agriculteurs doivent être en vacances le temps que ça pousse?
Vu de la route, c’est vrai que ça peut sembler plus tranquille dans les champs. Les semoirs sont disparus, les gros tracteurs circulent un peu moins sur les chemins de campagne et les agriculteurs et agricultrices recommencent tranquillement à avoir l’air d’êtres humains normaux.
Dans la réalité, par contre, après les semis, le début de saison est loin d’être terminé. Disons plutôt qu’on passe du mode sprint au mode marathon avec une ligne d’arrivée encore très loin.
Une fois le maïs, le soya et les céréales en terre, on passe beaucoup de temps à se promener de champ en champ pour vérifier si les plants lèvent bien et si tout démarre comme il faut. Évidemment, on continue de regarder la météo environ 25 fois par jour minimum. Parce qu’en agriculture, une pluie de trop ou pas assez peut affecter le bon départ des plants.
Non, non, pas de petite saucette dans la piscine pour se détendre après l’intense période des semis!
Pis là arrivent les mauvaises herbes!
Pendant que le maïs pousse tranquillement, on dirait que les mauvaises herbes ont pris un Red Bull! Après une bonne journée de chaleur, ça sort de partout. Là commence le vrai timing : pulvériser au bon moment, avec le bon vent, la bonne température et idéalement sans qu’une averse surprise arrive cinq minutes après avoir terminé. Bref, pas simple comme tache.
Nettoyage, entretien, lubrification…
Semis terminés, la shop qui semblait vide depuis quelques semaines recommence tranquillement à se remplir. On nettoie la poussière accumulée partout sur les semoirs, on remplace les pièces usées, on graisse tout ce qui peut être graissé. Ensuite, les semoirs entrent enfin à l’intérieur pour recevoir le fameux après-semis: lavage, entretien, réparations et inspection complète.
Faut pas oublier non plus que pendant qu’on semait nos gros jardins de centaines d’acres (nos champs!), les petits jardins autour de la maison, eux, attendent encore. Les fleurs ne sont pas plantées, les tomates sont encore dans leurs pots et le gazon est rendu assez haut qu’on pourrait quasiment y faire les foins.
J’ai enfin pu planter mes fleurs!
Le ménage dans la maison, lui, a souvent été mis sur pause. Parce qu’après des journées à rentrer tard, couverts de poussière et complètement brûlés, passer la mop à 10h le soir devient rarement une priorité. Le linge à laver est devenu une montagne à elle-même.
Ah, et pour ceux qui font du foin, la première coupe arrive pas loin en arrière. Donc pendant que certains imaginent les agriculteurs au bord d’une piscine, qui est probablement encore verte parce qu’on n’a même pas eu le temps de l’ouvrir, plusieurs font encore de longues journées assis dans un tracteur.
Maintenant qu’un peu partout dans l’Est ontarien les champs commencent tranquillement à verdir, voici un petit défi pour vous : prenez le temps de regarder ce qui pousse autour de vos villages et de vos chemins de campagne. Est-ce que vous reconnaissez les cultures? Savez-vous faire la différence entre le maïs, le soya, le blé ou les foins?
Parce qu’on passe souvent devant ces champs sans vraiment les regarder alors qu’ils font partie du paysage qui nous nourrit chaque jour.
Sandra Clément est productrice de grandes cultures à Embrun, dans l’Est ontarien.