Chaque printemps au Canada, un immense projet se met en marche. Un projet évalué à plus de 20 milliards de dollars. Pourtant, il n’y a pas de conférence de presse, pas de ruban à couper, pas de gros titres aux nouvelles.
Honnêtement, avant de tomber sur un article du Calgary Herald récemment, en plus de 25 ans en agriculture, je n’avais jamais réalisé que je faisais chaque année partie de ce mégaprojet d’affaires.
Pour nous à Embrun comme des dizaines de milliers d’agriculteurs coast to coast, le printemps, c’est les semis. C’est la saison où ça bouge sans arrêt.
On sait qu’on entre dans notre période la plus occupée, mais après avoir lu cet article, ça m’a frappée autrement. Ça m’a fait réaliser à quel point ce moment-là est immense, à la grandeur du pays.
Sandra Clément et sa famille sont producteurs de grandes cultures à Embrun, dans l’Est ontarien.
Pas seulement parce que c’est notre gagne-pain. Mais parce que ce travail-là nourrit du monde. Parce qu’au final, chaque Canadien en dépend pour l’année à suivre pour manger, d’une façon ou d’une autre, de ce qui se passe dans les champs au printemps. Et pourtant, on en parle très peu.
Sur les réseaux sociaux, on va voir des messages comme: «Faites attention aux machines agricoles sur les routes», «Soyez prudents» ou «Soyez patients». C’est vrai. On veut tous que les producteurs reviennent à la maison en sécurité.
Pas juste des grosses machines
Par contre, on parle rarement de tout ce qu’il y a derrière: le coût des intrants qui augmentent, les risques financiers énormes, la pression, les décisions constantes. Parce qu’en agriculture, chaque décision compte. Chaque décision peut être la bonne, mais elle peut aussi coûter très cher.
Faire partie d’un projet aussi gros, ça peut sembler impressionnant dit comme ça, mais il faut aussi se calmer un peu avec le fla-fla qu’on peut s’imaginer quand on voit les grosses machines. Parce qu’en réalité, les semis viennent avec un énorme lot de défis.
Le sol est prêt à recevoir les semis. Il faut juste que la météo collabore!
Je vais être honnête: des fois, c’est épeurant. Ce projet-là, il commence bien avant que les tracteurs touchent les champs. Il se prépare des mois d’avance. Ça demande de l’organisation, de la gestion, de prévoir l’imprévisible autant qu’on peut.
Quand la fenêtre de bonne météo s’ouvre enfin, c’est une course contre la montre. Quand tout est bien préparé, généralement, ça roule. Jusqu’à ce que Dame Nature, la seule qu’on ne contrôle pas, décide de s’en mêler encore une fois.
Malgré le stress et les imprévus, année après année, les producteurs repartent la machine. Et dans ce projet-là, il n’y a pas juste les agriculteurs. Il y a les familles, les enfants, les fournisseurs, les transporteurs, tous ceux qui gravitent autour du milieu agricole. C’est un immense travail collectif souvent invisible.
Je trouvais important d’en parler aujourd’hui, justement parce qu’on vit dans un monde où on passe vite d’une information à l’autre. Moi la première. On scroll, on regarde, on oublie.
Mais parfois, ça vaut la peine de s’arrêter un instant pour réaliser l’importance des choses qu’on tient pour acquises. La nourriture qu’on retrouve sur nos tables en fait partie. Parce qu’au bout du compte, nourrir le monde, ça commence toujours avec des mains dans la terre.
Lire l’article du Calgary Herald, Canada’s quietest $20-billion megaproject happens every spring in agriculture.