le Vendredi 17 juillet 2026
le Jeudi 16 juillet 2026 17:53 Forêts

Un musée pour faire revivre la mémoire des bâtisseurs du Nord

  PHOTO : COURTOISIE
PHOTO : COURTOISIE

À Harty, près de Kapuskasing, Roger Lachance et Alain Guindon refusent que l'histoire forestière du Nord de l’Ontario tombe dans l'oubli. Avec leur Centre du patrimoine forestier, les deux passionnés souhaitent transmettre aux jeunes générations.

Un musée pour faire revivre la mémoire des bâtisseurs du Nord
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Pendant plus de 20 ans, le Festival des bûcherons de Kapuskasing a permis de faire découvrir au public les métiers de la forêt. Lorsque l’événement a pris fin il y a quelques années, Roger Lachance s’est retrouvé devant un choix difficile : laisser disparaître des centaines d’objets historiques ou leur offrir une nouvelle vie.

« Toute cette machinerie s’en allait au dépotoir. On ne pouvait pas laisser ça disparaître. Si personne ne garde ces choses-là, qu’est-ce qu’on va montrer à nos enfants et à nos petits-enfants? », résume-t-il.

Ancien entrepreneur en construction, il a entreposé pendant une dizaine d’années les équipements récupérés dans des remorques fermées avant de construire, sur sa propriété de Harty, deux grands bâtiments destinés à les accueillir. Aujourd’hui, le Centre du patrimoine forestier rassemble des dizaines de pièces qui racontent près d’un siècle d’histoire forestière.

Le musée présente notamment le premier Timberjack utilisé à Kapuskasing, le premier camion acheté par la compagnie papetière locale, le premier bateau de drave utilisé sur la rivière Kapuskasing, ainsi que des scies, des outils manuels, des voitures tirées par des chevaux et de nombreux équipements des anciens camps forestiers.

Un wagon « fait maison » pour transporter les visiteurs sur le site.

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Une des plus récentes acquisitions possède même une valeur personnelle pour Roger Lachance. « On a récupéré toute la machinerie que mon grand-père utilisait au Lac-des-Écorces pour fabriquer des boîtes de fromage. Toute la famille avait conservé cet équipement depuis les années 1950. Aujourd’hui, il fonctionne de nouveau ici. »

Chaque objet raconte une étape de l’évolution technologique, de la hache et du passe-partout jusqu’aux abatteuses modernes. Pour Alain Guindon, ancien travailleur de l’industrie forestière et principal conseiller historique du projet, cette démarche trouve ses origines bien avant la création du musée.

Des centaines d’objets sauvés

À la suite de la crise qu’a connue l’industrie papetière dans les années 1990, il avait participé à la création du Festival des bûcherons afin de redonner une fierté aux travailleurs forestiers. « Tout le monde connaissait le moulin, mais personne ne savait vraiment ce qui se passait dans la forêt. Pourtant, c’est là que tout commençait », explique-t-il.

Au fil des ans, lui et Roger Lachance ont sauvé des centaines d’objets promis à la ferraille. « Chaque année, on présentait une nouvelle facette du travail forestier pour que les gens comprennent comment leurs ancêtres vivaient et travaillaient. »

Machine dédiée à la fabrication de fonds de boîtes à fromage.

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Les deux hommes souhaitent maintenant ouvrir davantage le musée aux écoles. « Les jeunes n’ont aucune idée de ce qu’était la vie dans les camps de bûcherons », observe Alain Guindon. « Ils ne savent pas que les travailleurs passaient parfois quatre semaines en forêt avant de revoir leur famille. »

Roger Lachance partage cette vision. « Il faut connaître d’où l’on vient pour savoir où l’on s’en va. Si on ne montre pas ça aux jeunes, tout va disparaître. »

À 73 ans, il poursuit toujours l’aménagement du site, épaulé par Alain Guindon, aujourd’hui âgé de 79 ans. Les deux souhaitent également enregistrer sur vidéo leurs explications afin que les connaissances associées à chaque objet soient préservées.

Au-delà des bâtiments remplis de machinerie, le Centre du patrimoine forestier de Harty constitue surtout un témoignage vivant d’une industrie qui a façonné le Nord de l’Ontario, mais aussi d’une volonté de transmettre aux générations futures la mémoire de ceux qui ont bâti la région, un arbre à la fois.