À la ferme Les Fruits du Poirier, à Saint-Eugène, on cultive une large panoplie de fruits : camerises, framboises, cassis, groseilles, raisins, kiwis rustiques, aronia, pommes, poires et prunes. Cette diversification constitue, selon Robert Poirier, la meilleure assurance contre les aléas climatiques.
« Il y a toujours quelque chose qui arrive. Une année, c’est le gel, l’autre, la sécheresse, les grands vents ou un problème de pollinisation. On ne peut plus compter sur une saison parfaite », résume le propriétaire de l’entreprise.
Cette année, la récolte des camerises est presque terminée, celle des framboises est bien entamée et le cassis est déjà prêt, avec près d’une dizaine de jours d’avance sous l’effet des fortes chaleurs. « Les canicules ont accéléré beaucoup de cultures. Certains fruits sont prêts bien avant la normale », explique-t-il.
Les framboises noires de la ferme Les Fruits du Poirier.
Le printemps frais a toutefois entraîné des conséquences sur plusieurs arbres fruitiers. Les poiriers et surtout les pruniers ont souffert d’un manque de pollinisation, les insectes étant peu actifs lors des périodes de froid en mai. À l’inverse, les raisins s’annoncent prometteurs grâce à l’absence de gel printanier. Un soulagement après les pertes majeures enregistrées en 2023.
Si les récoltes suivent leur cours, l’autocueillette représente un défi grandissant pour Robert Poirier. Les périodes de grande chaleur ou de pluie découragent les visiteurs, rendant la fréquentation difficile à prévoir. « On ne peut plus se fier uniquement à l’autocueillette. Quand il fait trop chaud, les gens ne viennent pas. Alors on développe davantage les marchés et la vente ailleurs », explique-t-il.
« Manger local, c’est savourer la vraie nature »
Certaines cultures se distinguent cette saison, notamment les framboises noires, dont les rendements sont excellents. À L’inverse, d’autres comme le cassis demeurent plus incertaines. Le producteur mise aussi sur les qualités nutritives de ses fruits, notamment en transformant plusieurs récoltes en jus de camerise, de cassis, de kiwi rustique ou d’aronia.
Dans Les Vergers Villeneuve and Blueberry Farm, près de Clarence-Rockland, Michel Villeneuve brosse un portrait encore plus optimiste pour ses bleuets. Grâce au microclimat particulier de sa ferme, située en altitude et bénéficiant d’une bonne couverture de neige l’hiver, les plants ont très bien traversé la saison. « Pour les bleuets, ça s’annonce excellent encore une fois », affirme-t-il.
Michel Villeneuve et son épouse Carrie McKay.
La saison des cerises est déjà terminée, mais les quantités étaient insuffisantes pour répondre à la demande. Même scénario pour les framboises, très recherchées dans la région où les producteurs se font de plus en plus rares.
L’autocueillette connaît d’ailleurs un succès exceptionnel cette année dans ses vergers. Dès l’ouverture, les visiteurs se sont déplacés en grand nombre. « En fin de semaine, on a été envahis. Après le dimanche midi, il n’y avait déjà plus de bleuets ni de framboises à cueillir. On a même dû fermer le lundi », raconte-t-il.
Les deux producteurs suggèrent aux consommateurs d’acheter directement à la ferme. Cela demeure la meilleure façon d’encourager l’agriculture ontarienne tout en profitant de fruits plus frais. « Les petits producteurs pensent d’abord à la santé de leur famille. Nos enfants mangent les mêmes fruits que nos clients », souligne Michel Villeneuve.
Robert Poirier partage la même conviction. « Il y a de moins en moins de producteurs de fruits. Si on veut les garder, il faut les encourager. Acheter local, c’est aussi profiter de fruits récoltés à maturité, avec toute leur saveur. » Et comme le résume Michel Villeneuve, « manger local, c’est savourer la vraie nature. »