le Dimanche 14 juillet 2024
le Mardi 18 juin 2024 10:11 Affaires

Le travailleur étranger temporaire, en voie de disparition?

Les travailleurs étrangers sont essentiels au succès des Serres Robert Plante.
Les travailleurs étrangers sont essentiels au succès des Serres Robert Plante.
Ils arrivent au printemps et se rassemblent par dizaines sur les terres agricoles partout au Canada. Ils y passeront quelques mois, le temps de s’engraisser et de repartir vers le sud. S’ils deviennent des oiseaux rares, ils n’en sont pas moins humains: ce sont les travailleurs étrangers temporaires.
Le travailleur étranger temporaire, en voie de disparition?
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Selon Ken Forth, si le fédéral ne peut pas aider financièrement les agriculteurs, il doit au moins faciliter l’accès aux travailleurs saisonniers.

« Ils proviennent du Mexique, de la Jamaïque, la Barbade, Trinité-et-Tobago et des pays des Caraïbes orientales et trouvent de l’emploi dans les fermes de fruits et légumes de l’Ontario, en complément de la main-d’œuvre locale dans environ 1 100 fermes », explique le président de Foreign Agricultural Resources Management Services (FARMS), Ken Forth.

Située en banlieue de Hamilton, la ferme familiale de M. Forth emploie des travailleurs saisonniers venus des pays chauds depuis 1922. « J’en ai un qui revient chaque année depuis plus de 30 ans », dit-il fièrement.

Esclave ou voleur de job? 

Ce qui insulte le plus Ken Forth est la désinformation qu’il perçoit à l’endroit de ces travailleurs, surtout celle provenant de certains groupes lobbyistes. 

« Les Canadiens avaient autrefois des familles nombreuses pour travailler à la ferme; ce n’est plus le cas. Sans travailleurs étrangers, il n’y aurait tout simplement pas de nourriture sur votre table », affirme-t-il.

Quant aux conditions de travail de ces aides, elles sont tout à fait acceptables, renchérit-il: « Pendant que des entreprises américaines paient des travailleurs du Guatemala un dollar l’heure, les travailleurs saisonniers au Canada touchent 16,71$ l’heure, ils sont hébergés gratuitement et les fermiers paient 50% de leurs billets d’avion. »

Selon lui, pour certains agriculteurs, cette aide pourtant essentielle devient hors de prix. « Il y a une limite aux prix qu’on peut vendre nos produits. Certains des plus vieux fermiers ferment boutique. D’ici 10 ans, le portrait des fermes familiales en Ontario va beaucoup changer », craint-il.

Luisa Ortiz-Garza croit que la population ignore les mauvaises conditions de vie des travailleurs mexicains au Canada.

Un autre son de cloche

Le 17 juin marque le 50e anniversaire du lancement du Programme des travailleurs agricoles saisonniers mexicains (PTAS) au Canada, qui a débuté en 1974. Un événement à commémorer, mais certainement pas à célébrer, estime Luisa Ortiz-Garza, porte-parole de Migrant Workers Alliance for Change.

« Les travailleurs saisonniers sont confrontés à des règles injustes, notamment à des permis restreints par les employeurs, les exclusions des droits fondamentaux du travail et des protections comme le salaire minimum et la rémunération des heures supplémentaires. Certains dorment par terre dans un entrepôt contrôlé par l’employeur et se voient refuser les protections en matière de santé et de sécurité, alors qu’ils sont souvent obligés de travailler avec des pesticides et avec de la machinerie lourde sans formation. Ils sont blessés, maltraités et meurent parfois sans aucun recours à la justice. »

L’Alliance des travailleurs migrants pour le changement appelle le Canada à donner la priorité aux droits et à la dignité de tous les travailleurs migrants, en garantissant des salaires équitables, des conditions de travail sûres et le statut de résident permanent à l’arrivée.

Trop peu, trop tard

Ken Forth souligne que le gouvernement fédéral ne donne pas un sou pour financer l’aide saisonnière sur les fermes. « Le gouvernement donne des millions de dollars en aide à des manufacturiers automobiles déjà millionnaires, alors que l’industrie agricole ontarienne est la plus importante au Canada. Par contre, il ne se gêne pas pour multiplier les règlements qui nous poussent à la faillite. »

À ce chapitre, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante a demandé la semaine dernière au fédéral de réduire la paperasserie associée à l’embauche des travailleurs étrangers temporaires, notamment en simplifiant le processus de l’étude d’impact sur le marché du travail.

La Ferme Gillette est une entreprise familiale située à Embrun.

Comme la famille

À Embrun, la ferme Gillette emploie sept travailleurs guatémaltèques depuis une douzaine d’années. La ferme laitière, établie il y a 150 ans, confie la traite des vaches, leurs soins et divers travaux à ces employés venus d’Amérique du Sud. 

« J’ai entendu parler d’histoires d’horreur dans certaines fermes d’élevage de poulets, mais ici, les travailleurs sont comme des membres de la famille », affirme le gérant et copropriétaire Éric Patenaude. « On les invite à notre table à Noël, on organise des barbecues… Et s’ils doivent retourner au pays pour des raisons familiales, on paie leur billet d’avion et ils ont un mois de congé », dit-il.

Soulignons qu’Emploi et Développement social Canada (EDSC) mène régulièrement des inspections pour veiller à la santé et à la sécurité des travailleurs étrangers, à l’issue desquelles 94 % des employeurs inspectés ont été jugés conformes. 

« Les fermiers sont avisés à l’avance des visites de contrôle et souvent, les inspecteurs sont dirigés vers des installations correctes, le temps de l’inspection. Après, les mauvaises conditions reviennent. Seul le statut de résident permanent permettrait aux travailleurs saisonniers d’être traités avec  respect et dignité », estime Mme Ortiz-Garza.

IJL – Réseau.Presse – Agricom