le Lundi 15 juillet 2024
le Mardi 20 février 2024 8:00 Agriculture

Labourer ou ne pas labourer? Telle est la question…

Courtoisie Jasper County Soil & Water Conservation District
Courtoisie Jasper County Soil & Water Conservation District
Avant les tracteurs de ferme, les agriculteurs labouraient la terre avec des instruments tirés par des chevaux; c’est dire que la pratique ne date pas d’hier. Et si l’on s’était trompé tout ce temps?
Labourer ou ne pas labourer? Telle est la question…
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La question se pose à la lecture d’une étude non scientifique dont le résultat est communiqué par un organisme gouvernemental de l’Iowa aux États-Unis, le Jasper County Soil & Water Conservation District. Par curiosité, la qualité du sol et son rendement ont été comparés sur les terres de deux voisins: l’une, labourée, l’autre, non labourée. Les deux champs ont des cultures de maïs et de soya en rotation depuis 20 ans. Le type de terre est identique.

Quand la terre explose

Un échantillon de motte de terre de chaque champ a été déposé sur un treillis dans un verre d’eau pendant 2 minutes. L’échantillon de terre labourée s’est immédiatement défait (l’organisme utilise le terme explosé), tandis que l’autre est essentiellement resté intact. Après cinq minutes, le premier échantillon était dissous; le second est resté inchangé à 95% après six semaines d’observation.

Parlons rendement. Selon l’organisme américain, l’agriculteur qui travaille le sol a une moyenne sur 10 ans de 210 boisseaux/acre contre 187 boisseaux/acre pour son voisin. « Donc, l’agriculteur qui travaille le sol a un rendement 12% plus élevé que celui qui ne laboure pas », estime le porte-parole du comté de Jasper. « Cependant, lorsqu’il s’agit de culture sans labour à long terme, l’essentiel des avantages provient d’une réduction des intrants et d’un sol plus résilient. Ainsi, l’agriculteur qui travaille le sol applique 41% d’azote en plus, mais n’obtient qu’un rendement de maïs supérieur de 12%. En ce qui concerne le phosphore et le potassium, l’agriculteur qui travaille le sol applique les deux nutriments avant le maïs. L’agriculteur qui pratique la culture sans labour n’a pas appliqué de phosphore ni de potassium au cours des 7 dernières années de récolte. »

Sans labour: est-ce réaliste?

Évidemment, l’approche sans labour sur une culture industrielle n’est probablement pas réaliste au premier coup d’œil. Conseiller en culture à la Coop UNIAG, Kelley Allen explique que si vous considérez uniquement le rendement comme indicateur de réussite, alors l’agriculteur qui travaille le sol a l’avantage. « Cependant, les intrants de l’agriculteur qui ne laboure pas sont nettement inférieurs à ceux de l’agriculteur qui travaille le sol. Il dépense moins en engrais, en carburant et en main d’œuvre, et son équipement ne subit qu’une fraction de l’usure de l’équipement de l’agriculteur. Grâce à la baisse des coûts des intrants, sa marge bénéficiaire est plus élevée, même si ses rendements sont légèrement inférieurs.»

L’expert va plus loin: « Le sol labouré perturbe la structure du sol et les racines ainsi que les résidus se décomposent plus rapidement. L’augmentation de la matière organique dans le sol sans labour le rend plus absorbant, comme une meilleure éponge qui peut alors retenir plus d’eau. » Donc, la terre devrait également contenir plus de nutriments mobiles puisqu’ils se déplacent avec l’eau. Avec moins de matière organique, le risque de saturation en eau est plus élevé, ce qui créera un compactage du sol.

« S’il y a un excès d’eau au printemps ou à l’automne, les éléments nutritifs comme le phosphore et la potasse pourraient se déplacer vers les dépressions du champ et vers les fossés. En conséquence, le niveau de nutriments dans la zone racinaire supérieure sera plus faible. » Ce cas confronte donc deux philosophies: celle du profit à court terme versus le long terme.

IJL – Réseau.Presse – Agricom