le Jeudi 18 juillet 2024
le Mercredi 6 mars 2024 14:37 Agriculture

Eau secours des fermiers

Les changements climatiques forcent les agriculteurs et les éleveurs à revoir leur gestion de l'eau.
Les changements climatiques forcent les agriculteurs et les éleveurs à revoir leur gestion de l'eau.
Imaginez affronter la canicule en ayant une bonne idée de la quantité d’eau dont vos plants ou votre bétail ont besoin, et quelle quantité fournissent vos sources de surface ou souterraines. C’est maintenant possible grâce à un nouvel outil numérique issu de l’imagination fertile de chercheurs de l’Institut de recherche et développement en agroenvironnement (IRDA).
Eau secours des fermiers
00:00 00:00

Une nouvelle technologie permet désormais d’évaluer et mieux gérer la consommation d’eau à la ferme.

« EstimEau permet d’estimer les besoins en eau pour diverses activités agricoles comme l’irrigation pour protéger les cultures du manque d’eau et du gel, l’abreuvement des animaux, le lavage intérieur des bâtiments, le lavage des légumes, l’utilisation par la main-d’œuvre hébergée sur le site de la ferme et pour la préparation des traitements phytosanitaires », explique le chercheur en régie de l’eau en production végétale et responsable scientifique du projet EstimEau à l’IRDA, Carl Boivin.

Clair comme l’eau de roche 

EstimEau s’appuie entre autres sur des données météorologiques historiques couvrant l’ensemble du territoire agricole afin de calculer différents scénarios élaborés par l’utilisateur. « EstimEau utilise la géolocalisation de l’exploitation pour estimer la disponibilité potentielle de l’eau de surface et souterraine, tout en prenant en compte les caractéristiques des diverses sources d’approvisionnement saisies par l’utilisateur (réservoirs, toitures, puits, etc.). On obtient alors une estimation globale des ressources en eau disponibles », dit-il.

Bien que l’outil puise dans une base de données rassemblant toutes les études disponibles sur les eaux souterraines et de surface au Québec, il pourrait assez facilement être utilisé par les fermiers franco-ontariens pour estimer leurs besoins en eau lorsque les sols et le climat sont similaires. « EstimEau pourrait aussi facilement être adapté avec les données météorologiques et hydrologiques de l’Ontario », précise le chercheur.

Soif d’apprendre

« Nous accompagnons les fermiers ontariens dans la présentation de leur demande de permis d’utilisation d’eau et à mon avis, EstimEau est certainement un outil qui sera très utile pour eux », confirme François Richard, hydrogéologue sénior et chef de discipline – Ressource en eau pour la firme BluMetric Environnement. « Certains fermiers se contentent de creuser un trou peu profond dans le champ et d’inspecter visuellement le niveau d’humidité afin de décider quand et combien irriguer ce jour-là. D’autres utilisent des calculs très simples basés sur la superficie cultivée pour déterminer les besoins en eau (pouces de pluie par acre ou litres de pluie par acre). »

Les entreprises ontariennes peuvent utiliser jusqu’à 50 000 litres d’eau par jour avant d’avoir à demander un permis spécial à la province; au Québec, la norme est de 75 000 litres. Or, un changement d’affectation de la ferme, l’acquisition de nouvelles terres ou de nouveaux outils peuvent forcer l’entreprise agricole à réévaluer ses besoins en eau.

« Cet outil serait très précieux à mon avis », estime le spécialiste, « car certains des agriculteurs avec lesquels nous travaillons ne sont jamais vraiment sûrs de la quantité exacte d’eau dont ils ont besoin, et leurs calculs ne prennent pas en compte les pluies prolongées ou les conditions de sécheresse, ni les sources d’eau alternatives potentielles qu’ils peuvent utiliser à la place de l’eau souterraine de leur puits. Dans l’estimation de leurs besoins en prélèvement d’eau, nous ne parlons pas toujours la même langue et cet outil contribuerait à simplifier le processus. »

IJL – Réseau.Presse – Agricom