Amélie Racine, Pier-Luc Viau et Catherine Goueth entourrés des esneignants du programme Techniques agricoles de La Cité.
Chaque année, AgriCité permet aux étudiants des programmes d’agriculture du Collège de terminer l’année sur une bonne note. Jeudi dernier, l’événement a permis de saluer les diplômés des 10 dernières années, en s’attardant sur le parcours de trois d’entre eux: Pier-Luc Viau, Amélie Racine et Catherine Goueth. C’était aussi pour eux l’opportunité d’entendre des professionnels du milieu échanger sur les initiatives régionales et la vitalité rurale.
La relève se fait rare
Appelés à identifier les maillons fragiles du système alimentaire, les panélistes ont immédiatement pointé du doigt le manque de relève agricole. « Pour nous, c’est un dossier préoccupant », indique la présidente de l’Union des cultivateurs franco-ontariens, Renée-Claude Goulet. « Il y a de moins en moins de terres à cause du développement urbain et celles qui restent sont financièrement inaccessibles. »
Un constat que partage le chercheur universitaire Sylvain Charlebois: « Au Canada, il manque de capitaux. La transformation agroalimentaire est anémique. On a des producteurs, mais on manque d’acheteurs. Il y a de beaux exemples comme à Leamington, où la communauté a repris les activités d’une usine de transformation de tomates. Le gouvernement investit 50 milliards dans la filière batterie. Imaginez ce qu’on ferait en agroalimentaire avec ça », dit-il.
Participant elle aussi au forum, l’agricultrice gatinoise Caroline Chénier estime que l’agriculture urbaine rapproche l’agriculture des consommateurs. « Ils obtiennent des produits frais et peuvent comprendre d’où ils proviennent, comment ils sont cultivés. »
Embrasser la technologie
Mme Chénier voit dans la technologie, un outil qui lui permet de faire face à la pénurie de main-d’œuvre, tout en lui accordant plus de liberté: « Dans ma serre, le climat est contrôlé par ordinateur. Je peux apporter les changements que je veux à partir de chez moi ou de n’importe où sans avoir besoin d’aller physiquement dans la serre pour vérifier le taux d’humidité ou de chaleur. »
Un aspect que lui envie Renée-Claude Goulet. La ferme expérimentale d’Ottawa étant située dans des bâtiments patrimoniaux, l’adaptation aux nouvelles technologies est plus problématique.
Plus cher, le local?
Les panélistes réfutent unanimement l’idée préconçue que les fruits et légumes locaux sont plus chers que ceux qu’on trouve à l’épicerie, position qu’a d’ailleurs défendu le professeur Charlebois en s’appuyant sur des études récentes à cet effet. « La volatilité des prix est plus grande dans les marchés d’alimentation que chez les producteurs locaux », affirme-t-il.
La productrice en serre Caroline Chénier souligne que le prix de ses paniers de légumes ne varie pas, mais le consommateur profite de la surproduction qui arrive occasionnellement en trouvant plus de légumes de saison dans son panier que le prix payé ne le permettrait.
Parlant de surplus, les panélistes croient qu’il reste du travail à faire pour éviter le gaspillage. « Les pommes poquées ne se vendent pas bien, mais elles peuvent être utilisées dans les écoles ou les hôpitaux sans problème. » D’autres participants prônent la mutualisation des achats et le réseautage pour trouver des façons de transformer les surplus de production en produit fini.
Un message
S’il est un message que les panélistes veulent passer aux décideurs, c’est de favoriser l’augmentation des investissements à risques, surtout dans les start-ups. En ce qui concerne les consommateurs, Caroline Chénier conclut avec ce message: « Les encouragements, c’est pour vos enfants sur la patinoire. Ce dont les agriculteurs ont besoin, ce n’est pas votre encouragement, c’est votre choix. Choisissez d’acheter local », demande-t-elle.
IJL – Réseau.Presse – Agricom