Gilles Quesnel estime que malgré un printemps maussade, la saison des semences n’est pas encore en retard.
« Dans l’Est ontarien, le maïs est semé à 80 ou 90% », assure l’agronome Gilles Quesnel. « Dans le cas du blé d’automne et de la luzerne, la croissance se passe très bien, mais la maturité des plants accuse une bonne semaine de retard. Le blé d’hiver va très bien, on a encore deux bonnes semaines avant de voir sortir les épis. Le soya varie énormément d’une région à l’autre, avec un taux de semence de 50 à 75%. »
Des conditions adverses
Pour assurer un début de saison sans trop de retard, certains agriculteurs ont développé des astuces pour déjouer Dame nature. « En grande culture, on trouve le moyen de semer sur les parcelles de terre bien drainées. On voit aussi des machines agricoles munies d’un système permettant de gonfler les pneus pour emprunter la route, puis garder une pression minimale dans le champ pour éviter de compacter la terre », explique l’agronome.
À ce sujet, Gilles Quesnel reconnaît qu’il a peut-être été difficile d’éviter complètement la compaction mécanique, mais selon lui, les agriculteurs ont quand même bénéficié du type de précipitations tombées sur la région: « Ce que nous n’avons pas eu, heureusement, ce sont de fortes pluie qui martèlent le sol et contribuent à la formation d’une croûte en surface. Quand ça arrive, les jeunes pousses peuvent avoir de la difficulté à percer cette croûte », dit-il.
Si certains ont commencé la première récolte de luzerne, le spécialiste estime que les éleveurs n’auront d’autres choix que de compenser la faible teneur en fibre dans l’alimentation des vaches laitières en raison de l’immaturité des plants. Or, selon lui, les agriculteurs ne peuvent pas trop repousser la récolte puisqu’ils doivent respecter un écart de 35 jours entre les cueillettes et que la plupart visent quatre récoltes par année.
Toute cette humidité est-elle propice à créer un problème de champignon ou de moisissure? « Non, parce que la température était trop basse. Les champignons cherchent une fenêtre de 15 à 20 degrés. Ce qu’on voit, ce sont des limaces. Mais si les fèves de soya sont rapidement sorties de terre, les dommages seront limités. »
Stéphane Myre croit qu’on peut obtenir d’excellents rendements de soya même en semant en juin.
Avantage soya
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il peut être payant de retarder la semence du soya. Le soya est capable d’adapter son développement à un semis tardif.
Agronome en Solutions Techniques pour Bayer Crop Science, Stéphane Myre souligne que selon des chercheurs de Michigan State University, même semées en juin, les variétés de pleine saison bien adaptées peuvent donner un meilleur rendement que les variétés plus hâtives, car elles produisent un couvert végétal plus dense avant de commencer à fleurir. À moins d’exception, il est possible de semer des variétés adaptées pour la région jusqu’au 15 juin.
« La crainte des dommages dus au gel avec une variété de pleine saison peut pousser certains producteurs à la remplacer trop tôt par une variété plus hâtive qui risque alors de ne produire que des plants courts au faible potentiel de rendement », dit-il.
Si vous décidez de remplacer les variétés initialement prévues après le 15 juin, choisissez une variété dont la maturité est de 100 à 150 UTC de moins par semaine de retard. Si possible, semez en rangs étroits (7 et 15 pouces) ou avec un semoir à grain. « L’objectif est de faire en sorte que les plants soient plus longs et que les premières gousses qui se développent à la base soient le plus éloignées possible du sol. »
L’expert recommande également d’augmenter le taux de semis de 10% à 15% afin de compenser pour les plants qui risquent de ne pas pouvoir exprimer leur potentiel de rendement optimal, et d’adapter votre programme de lutte contre les mauvaises herbes.
Stephanie Charest indique que le calendrier agricole est respecté, à moins de connaître des conditions météorologiques extrêmes.
Revoir le calendrier?
À pareille date l’an dernier, les experts déploraient aussi un printemps tardif. Faut-il revoir le calendrier des semis? Pas pour l’instant, croit Agricorp. « Les dates limite de plantation qui ont été établies par Agricorp reflètent les dates auxquelles les agriculteurs peuvent toujours s’attendre à atteindre un rendement moyen durant les années normales », souligne la porte-parole Stéphanie Charest.
Selon elle, Agricorp passe régulièrement en revue la couverture d’assurance-production, y compris les dates de plantation, pour s’assurer qu’elles soient pertinentes compte tenu des essais en champ actualisés, des renseignements météorologiques ou des variétés.
« Dans des cas extrêmes, Agricorp peut demander l’aide des gouvernements afin d’obtenir le report temporaire d’une date limite de plantation. Toute décision concernant le réajustement d’une date de plantation en cours de saison est fondée sur une analyse des risques, y compris les prévisions météorologiques, le type et les conditions de sol, l’emplacement et le profil particulier d’un produit agricole. »
Rappelons que les clients qui ne sont pas en mesure de planter leurs produits agricoles peuvent être admissibles à la couverture pour les superficies non ensemencées, qui peut aider à compenser des fardeaux financiers comme les coûts fixes et l’entretien des terres. Les agriculteurs qui reçoivent une indemnité au titre de la couverture pour les superficies non ensemencées sont alors libres de prendre leurs propres décisions concernant leurs terres; les produits agricoles plantés sur ces terres ne sont pas assurables, ce qui signifie qu’ils sont exclus de leur production garantie et de leur production récoltée.
IJL – Réseau.Presse – Agricom