le Mercredi 3 juin 2026
le Mercredi 15 octobre 2025 14:00 Agriculture

Maxime Côté: troquer le bistouri pour le tracteur

La ferme Max André à St-Bernardin.
La ferme Max André à St-Bernardin.

Agronome et agriculteur dans l’Est ontarien, Maxime Côté a remporté la Bourse d’entrepreneuriat agricole de l’Union des cultivateurs franco-ontariens en septembre dernier.

Maxime Côté: troquer le bistouri pour le tracteur
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Maxime a troqué la salle d’opération pour la cabine de son tracteur. 

Il était loin de penser qu’un simple emploi d’été lui ferait un jour retrouver… ses racines familiales!

À 33 ans, Maxime Côté est agronome pour l’entreprise Marc Lemoine, détaillant indépendant de semences à Casselman. Son parcours n’était pourtant pas tracé d’avance dans le sillon agricole. Natif de St-Eugène, issu d’une famille étrangère au monde des fermes, il se destinait d’abord à la médecine.

En 2011, alors qu’il poursuit un baccalauréat en physiologie animale à l’Université d’Ottawa pour devenir chirurgien, il décroche un emploi d’été dans l’équipe de Marc Lemoine. « Je connaissais un ami qui travaillait là et il cherchait quelqu’un. Je suis entré tout de suite », se rappelle-t-il. Ce coup de pouce allait changer sa vie.

À la fin de son bac, devant l’option coûteuse d’étudier la médecine aux États-Unis, Marc Lemoine lui suggère l’agronomie. Maxime découvre une vocation: « J’ai toujours aimé la science et la biologie. Sans cet emploi d’été, je ne serais peut-être jamais devenu agriculteur. » Il poursuit alors des études en production végétale à l’Université Laval, et devient agronome à temps plein en 2017, en parallèle d’un MBA qu’il complète à temps partiel en 2020.

Pour l’instant, Maxime utilise un vieil équipement agricole de seconde main pour plantation des choux. 

Une première terre aux racines familiales

Cette même année, l’attachement à la terre prend une dimension intime. Alors qu’il magasine une chemise pour sa remise de diplôme dans une boutique à Québec, un agriculteur de Dalkeith — village voisin de St-Eugène dans l’Est ontarien — l’appelle: il souhaite vendre un terrain de 150 acres. 

Coïncidence, cette terre avait appartenu au grand-père de Maxime jusqu’en 1981, avant d’être vendue après sa mort prématurée. « Je suis le 4e propriétaire depuis mes grands-parents. Ma mère était très émue de savoir que j’allais racheter la terre où elle avait grandi. »

Le jeune agronome s’y lance avec peu de moyens. Pas d’équipement, beaucoup de stress, et l’obligation de louer du matériel quand il est disponible. L’achat d’un tracteur lui permet peu à peu de gagner en autonomie. Sur ce sol argileux, il cultive le soja de consommation humaine, blé et maïs, tout en apprenant les rudiments du métier.

Ses parents lui prêtent main-forte: son père, ancien mécanicien, est « employé numéro un » et sa mère s’occupe de la comptabilité. « Sans eux, je ne pourrais pas cultiver », admet-il.

Un été sec ne se traduit pas une récolte inégale.

Transmission et avenir

En plus de cultiver ses terres et de conseiller ses clients comme agronome, Maxime se prépare à un autre tournant majeur: la reprise progressive de l’entreprise Marc Lemoine. Marc, en préretraite, restera impliqué en mentor, fort de plus de 50 ans d’expérience. « Avoir mes propres champs me donne une meilleure expertise pour conseiller mes clients comme agronome. L’agriculture, c’est de la biologie appliquée, de la résolution de problèmes. J’adore ça, dit Maxime. »

Sur sa ferme, son ambition est claire: bâtir une entreprise autosuffisante et pérenne. « Présentement, même si toutes mes terres étaient payées, je ne pourrais pas en vivre. Pour transmettre quelque chose de viable à mes futurs enfants, il faudra grossir à 500 ou 600 acres. »

Cette vision s’appuie sur des pratiques réfléchies: alternance des cultures pour briser les cycles de maladies, adaptation des techniques de travail du sol selon les conditions, recherche de nouvelles filières comme le pois de conserverie. Il envisage aussi un silo-séchoir, afin de stocker ses récoltes et mieux contrôler les débouchés.

Une passion assumée

Malgré les longues journées, les investissements lourds et les aléas climatiques, Maxime Côté garde une motivation intacte. « Quand on va sur des fermes, on rencontre des gens passionnés. C’est un très beau legs à la prochaine génération que de laisser un terrain. Rien n’est plus important que de nourrir le monde. »

De la science médicale à l’agronomie, son parcours témoigne d’une même passion: comprendre le vivant et trouver des solutions. Sauf qu’au lieu de soigner des patients, il soigne aujourd’hui des sols, des plantes, et contribue à nourrir des communautés entières.

Ce reportage a été réalisé avec une aide financière de Financement agricole Canada.