le Mercredi 3 juin 2026
le Mercredi 22 octobre 2025 11:28 Agriculture

La croissance de la productivité agricole stagne au Canada

À bout de souffle, les agriculteurs n'arrivent pas à renouer avec la croissance économique.  — Pexels SK Strannik
À bout de souffle, les agriculteurs n'arrivent pas à renouer avec la croissance économique.
Pexels SK Strannik

Financement agricole Canada (FAC) dresse un dur constat de la situation des agriculteurs. L’organisme allègue que la croissance de la productivité agricole canadienne fait du sur-place.

La croissance de la productivité agricole stagne au Canada
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Pire, ce ralentissement menacerait notre capacité de répondre à la demande alimentaire future et nuirait à la compétitivité du Canada au sein du système alimentaire mondial.  

Selon ce rapport, la croissance était d’environ 2% par an dans les années 1990 et au début des années 2000. La productivité est un indicateur-clé de l’efficacité avec laquelle les intrants (comme la main-d’œuvre, l’équipement, les terres et les aliments pour les animaux) sont convertis en produits de consommation.

Traîner de la patte

FAC identifie plusieurs facteurs contribuant au ralentissement actuel de la croissance de la productivité agricole au Canada, notamment le sous-investissement et la lenteur de l’adoption des nouvelles technologies.

« Un retour de la croissance annuelle de la productivité agricole au taux historique de 2% pourrait stimuler les revenus agricoles jusqu’à hauteur de 30 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie », indique Bethany Lipka, analyste de la veille stratégique chez FAC. « La relance de la croissance de la productivité agricole pourrait avoir d’importantes retombées et améliorer la santé économique globale du Canada, la sécurité alimentaire ainsi que le bien-être national. »

Bethany Lipka souhaite un retour aux taux de croissance des années ’90 et 2000. 

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Comment faire?

Dans son récent rapport intitulé Favoriser l’innovation dans l’industrie agricole canadienne grâce à l’investissement stratégique, FAC fournit quelques recommandations importantes sur la façon de catalyser les investissements et les innovations dans l’avenir:

  • augmenter les investissements dans la recherche et le développement ainsi que la commercialisation, tant au pays qu’à l’étranger
  • favoriser l’innovation dans l’ensemble du secteur en soutenant des partenariats stratégiques et en créant de la capacité
  • réaliser les gains faciles en encourageant l’adoption de technologies existantes sous-utilisées dans les exploitations agricoles

« La stimulation des investissements et des innovations au sein du secteur agricole canadien outillera notre système alimentaire, ce qui permettra de satisfaire les besoins futurs et d’aiguillonner la croissance économique », estime Mme Lipka. « Ça garantira la durabilité et la rentabilité à long terme du secteur agricole et favorisera un système alimentaire prospère, résilient et novateur dont bénéficiera l’ensemble de la population canadienne. »

Sylvain Charlebois croit qu’un retour vers la croissance passe par un meilleur accès à la main-d’oeuvre, la réduction des coûts énergétiques et la modernisation des infrastructures rurales.

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Oui, mais…

En Ontario, de nombreux agriculteurs ne peuvent pas vivre avec seulement les revenus de la ferme; il est fréquent que le cultivateur ou l’éleveur ait aussi un emploi à temps plein, tant les marges de profits sont minces, parfois inexistantes. Comment alors investir quand les revenus ne le permettent pas.

Directeur principal du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire à l’Université Dalhousie, le Dr. Sylvain Charlebois met en perspective la cible proposée de 2%: « C’est ambitieux, mais sans une politique cohérente sur l’accès à la main-d’œuvre, la réduction des coûts énergétiques et la modernisation des infrastructures rurales, on se berce d’illusions », dit-il.

Selon lui, le Canada a épuisé le modèle d’expansion de sa productivité agricole. Autrement dit, les gains ne viendront plus de la mécanisation ou de la taille des exploitations, mais bien de l’innovation, de la gestion des risques et de la science. 

« En Ontario comme ailleurs, les producteurs sont pris entre une structure de coûts rigide (intrants, terres, taxes, assurance, machinerie) et une volatilité des revenus accentuée par les aléas climatiques. Résultat: on demande aux agriculteurs de produire plus avec moins, sans filet économique. La productivité agricole ne se décrète pas; elle se finance, s’encadre et se soutient. »

Sylvain Charlebois estime que FAC a raison de rappeler l’objectif, mais sans réforme du modèle économique rural, il estime qu’il sera difficile d’y arriver.

IJL – Réseau.Presse – Agricom