Caroline Cyr souhaite que le monde agricole prenne conscience du travail invisible.
C’est pour sensibiliser le monde agricole à la pleine valeur et à l’importance du travail invisible que les Agricultrices du Québec ont lancé une série d’activités sous le thème Le travail invisible au féminin.
Frontière
« En agriculture, il n’y a pas de frontière entre le travail et la vie familiale ou personnelle », explique Caroline Cyr, conférencière et chargée de programme pour Agricultrices du Québec, un organisme qui vise à défendre et à promouvoir les productrices agricoles en traitant des différents enjeux touchant la condition féminine en agriculture.
« La comptabilité, les courses, les tâches ménagères qui se font pendant que le conjoint ou la conjointe est à la ferme, si ce n’est pas rémunéré, c’est du travail invisible. On estime qu’il peut représenter 46 heures par semaine et un manque à gagner de 45 507$ par année par conjointe d’agriculteur. Mais ces chiffres ne sont pas comptabilisés dans les programmes d’aide financière, de pension ou d’assurance emploi », déplore-t-elle.
Et la liste est longue: travail de production, remplacement d’employés, gestion des ressources humaines, administration, logistique, promotion et marketing ne sont que les aspects professionnels; à ceux-ci s’ajoutent les tâches ménagères (repas, vaisselle, lavage, ménage), les soins aux parents âgés ou aux enfants, la planification familiale, anniversaires à planifier, soutien émotionnel, etc.
« Chaque heure passée à une tâche non comptabilisée est une heure non consacrée au développement personnel ou professionnel, aux loisirs ou au repos », souligne Mme Cyr.
Pour Roxanne Lormand, la reconnaissance du travail invisible est essentielle au bon fonctionnement des exploitations familiales.
Ce qui ne rapporte pas, coûte
S’il y a déséquilibre dans le partage des tâches, l’épuisement, les tensions et conflits peuvent en découler. La conférencière s’empresse d’ajouter que des hommes peuvent également se retrouver pris au piège du travail invisible; cependant, il est plus fréquent de constater que les femmes n’ont pas de parts dans l’entreprise agricole familiale et qu’en cas de rupture ou d’imprévu, elles se retrouvent démunies, sans compensation pour ce travail invisible pourtant essentiel au bon roulement de la ferme.
Selon les données d’Agricultrices du Québec, les femmes consacreraient en moyenne 77 heures par semaine à l’entreprise familiale, contre 75 heures pour les hommes.
La directrice générale de l’Union des cultivateurs franco-ontariens, Roxanne Lormand, ne semble pas surprise par les statistiques présentées par l’organisme québécois: « Si l’on considère que l’Ontario comptait 20 895 femmes exploitantes agricoles en 2021, cela démontre bien leur présence concrète dans le secteur. Mais si on juxtapose cela au fait que beaucoup réalisent aussi des tâches non rémunérées, telles l’administration, l’accueil des employés, du soutien familial, des tâches ménagères liées à l’exploitation ou du remplacement d’employés à la ferme, on se rend compte qu’un pan important de l’activité agricole demeure non mesuré et non valorisé. »
Mme Lormand croit qu’il est essentiel que les politiques agricoles reconnaissent ce travail invisible comme élément pertinent au bon fonctionnement des exploitations familiales.
Agricultrices du Québec a mis en ligne un outil de calcul du travail invisible sur son site web. L’exercice prend entre 15 et 20 minutes à compléter et permet d’évaluer le nombre d’heures hebdomadaires non rémunérées et sa valeur en argent.
Agricom – Jean-Marc Dufresne – IJL