le Mercredi 3 juin 2026
le Mercredi 3 Décembre 2025 10:00 Agriculture

Boréal s’attaque à la drosophile aux ailes tachetées

Après les punaises, un autre insecte menace les cultures de fruits en Ontario. — Photo: Collège Boréal.
Après les punaises, un autre insecte menace les cultures de fruits en Ontario.
Photo: Collège Boréal.

Fraise, framboise, bleuet, aucune baie n’est à l’abri. Le fruit a l’air sain et prêt à cueillir. Pourtant, il suffit de l’écraser entre ses doigts pour voir qu’il est infesté de larves. Le coupable? La drosophile aux ailes tachetées, qui affecte particulièrement le nord de la province.

Boréal s’attaque à la drosophile aux ailes tachetées
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Mais il existe un espoir: une subvention de près de 150 000 $ octroyée à un projet de recherche du Collège Boréal, dans le cadre de l’Initiative ontarienne pour la recherche agroalimentaire, permet à l’institution de développer une stratégie intégrée de lutte contre cet insecte envahissant aux conséquences néfastes sur la production fruitière.

Morel croit qu’une approche biologique permettrait de mettre la mouche en échec.

Photo: Morel Kotomale.

Infestation croissante

« On a signalé la présence de cette mouche dès 2009 au Canada », explique Morel Kotomale, chercheur associé en recherche agricole à Boréal. « Mais en 2024, l’invasion a pris une dimension épidémique dans plusieurs régions, et le réchauffement climatique a permis à la drosophile de remonter vers le nord. »  

À l’été 2024, une équipe de chercheurs du Collège s’est rendue dans la région de Sudbury, Nipissing Ouest et au Témiskaming pour constater les dommages. « Pour certains cultivateurs, on parle d’une perte de rendement de 80%. » Il y avait donc urgence d’agir.

Rapidement, Morel Kotomale et Jean Pierre Kapongo, professeur aux programmes en agriculture du Collège Boréal ont réalisé qu’il n’existait que très peu d’études sur cette mouche, particulièrement dans le contexte d’une région nordique. Il existait bien des pistes de solution, mais elles faisaient appel à des produits chimiques alors que les chercheurs préféraient l’approche bio. Le projet de recherche vise à combiner la surveillance, la réduction de la fréquence des pulvérisations et l’utilisation de méthodes de lutte biologique.

Des résultats prometteurs

« Nous avons déjà pu identifier des ennemis naturels, des prédateurs ou des parasites qui s’attaquent à la drosophile aux ailes tachetées. Ce sont des espèces indigènes, donc nous n’avons pas à introduire une espèce exotique dans l’écosystème. Nous faisons également une cartographie qui montre quand la mouche arrive à Sudbury, à Nipissing Ouest ou au Témiskaming », indique M. Kotomale.

L’étape suivante consiste à faire des tests en laboratoire en ayant recours aux prédateurs, aux parasites et même à certaines essences de plantes. Ensuite, on réplique les résultats de laboratoire en milieu agricole pour les exposer aux variables comme la météo ou d’autres facteurs externes.« On a déjà des résultats qui seront applicables dès la saison de 2026 », explique le chercheur. « On met aussi à l’essai la technique dite Collect and Kill, qui consiste à attirer la mouche dans un bocal où elle sera tuée par un produit toxique. C’est un travail qui va se poursuivre au-delà des deux années couvertes par la subvention », assure-t-il.

Jeff Warner croit qu’il est important de permettre aux étudiants de réaliser des apprentissages en situation réelle.

Photo: J.Warner.

Curieux

Aidie Creek Gardens à Englehart dans le nord de l’Ontario est l’une des trois fermes ayant prêté leurs champs au chercheur pour cette étude. Son propriétaire, Jeff Warner, estime qu’il est plutôt rare que la région soit aux prises avec des insectes ravageurs en raison du climat, de la taille limitée des cultures et des grandes distances entre les fermes.

« Honnêtement, je n’avais pas vraiment remarqué la présence de la drosophile dans mes fruits. C’est la première année qu’on voit des dommages. Souvent, les infestations arrivent plus tard ou pas du tout à nos latitudes. C’est vraiment Morel qui a attiré mon attention sur le fait qu’on en trouvait dans mes fraises et mes framboises. »

À la ferme Aidie Creek Gardens, on trouvait plus de drosophiles en serre que dans les champs. 

Photo: Morel Kotomale.

Par contre, la saison de la cueillette est si courte selon lui que la mouche a très peu de temps pour s’installer. « Les fruits mûrissent et partent si vite que les larves n’ont pas le temps de se développer », dit-il. 

Normalement, il aurait recours aux pesticides pour endiguer le problème, mais il se dit ouvert à une approche biologique. « Je crois fortement en l’apprentissage. En lui donnant accès à mes champs, il peut faire son apprentissage, mais nous aussi, on apprend dans le processus. »  Ainsi, il a constaté qu’on trouvait plus de larves dans ses fruits en serre que dans les 11 acres de champs. 

L’été 2025 en aura été un de collecte de données; c’est à l’été 2026 qu’une offensive biologique basée sur les études de Morel Kotomale pourra avoir lieu, afin de stopper la propagation de cet insecte nuisible.

Agricom- Jean-Marc Dufresne- IJL