« En mai, on était partis pour une année record; mais avec la sécheresse, j’ai perdu au moins 20% des arbres, surtout des jeunes pousses », confie le propriétaire de la ferme de Sapin de Noël Brabant à Casselman, Yvon Brabant. « J’ai dû travailler fort pour conserver la qualité des arbres restants. »
Yvon Brabant et son épouse arpentent la plantation.
Climat
Pour le septuagénaire, l’impact des changements climatiques est bien réel. « Il y a encore 10 ans, je n’aurais jamais pensé que je devrais un jour arroser mes champs l’été. L’hiver, il y avait tellement de neige qu’il fallait aller en 4 roues pour couper les arbres. Cette année, des gens sont venus en espadrilles. Il y a un mois, j’ai dû faire creuser un puits de surface pour approvisionner les arbres en eau l’été prochain », déplore-t-il.
La plantation de 12 000 arbres est prévue pour produire des sapins chaque année, après un cycle de croissance variant entre huit et quatorze ans. « Non seulement plusieurs arbres sont morts, mais ceux qui restent connaissent un ralentissement de croissance. Au lieu de huit à quatorze ans, on parle de dix à vingt ans pour la cueillette. »
Quand les conditions sont bonnes, les sapins baumier ou Fraser sont plus touffus, garnis. La sécheresse produit des arbres moins fournis. Et la quantité n’est pas au rendez-vous: « Je devrais pouvoir récolter entre 1 000 et 1 200 arbres cette année; j’en ai vendu 500 l’an dernier et je prévois peut-être d’en vendre 350 cette année. »
L’impact à long terme est significatif: sur une possibilité de 24 000 arbres en 20 ans, il s’estimera chanceux d’atteindre entre 18 000 et 20 000. Le manque à gagner représente une perte pour l’achat de la jeune pousse et les soins apportés pendant plusieurs années et qui ne seront pas compensés par une vente.
Shirley Brennan estime que les cultivateurs ont perdu entre 20% et 30% d’arbres en raison de la sécheresse estivale.
Ailleurs
« On a constaté que plusieurs producteurs d’arbres de Noël ont connu des difficultés cette année en raison de la sécheresse, pas juste en Ontario, mais sur la côte Est du Canada aussi », rapporte Shirley Brennan, directrice générale de Christmas Tree Farmers of Ontario.
Selon elle, ce type de plantation se fait généralement sur des lots marginaux sur fond de sable ou de pierre, peu propice à retenir l’eau. 80% des pousses plantées au printemps n’auraient pas survécu à la sécheresse de l’été dernier.
« Le sapin Fraser s’en tire habituellement mieux parce qu’en cas de canicule, il tombe en dormance et conserve l’eau dans ses aiguilles. Les pins et les épinettes ont généralement mieux traversé la sécheresse que les sapins baumiers, qui sont beaucoup plus sensibles », dit-elle.
La sécheresse de l’été 2025 a eu un impact visible sur les sapins.
D’ailleurs, peu importe qu’il s’agisse d’une pépinière familiale ou de grande envergure: l’un comme l’autre rapportent des pertes de 20 à 30% d’arbres, tandis que le nombre peut atteindre jusqu’à 70% dans certains champs en raison de la nature du sol ou de facteurs externes.
Devant l’impact des changements climatiques, Shirley Brennan reconnaît que des agriculteurs songent à prendre leur retraite. « C’est pourquoi nous avons accentué nos démarches pour intéresser une nouvelle génération d’agriculteurs lors de journées de carrières dans les écoles. Les jeunes ne veulent pas de monoculture. Ils veulent que la culture d’arbres de Noël s’ajoute à un autre type de culture, afin de ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier. »
Plusieurs producteurs qui offrent la cueillette d’arbres de Noël sur place indiquent qu’ils prévoient fermer leur point de vente après le 7 décembre.
Agricom- Jean-Marc Dufresne- IJL