Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le permis de travail post-diplôme (PTPD) n’a pas été aboli, mais son accès est désormais limité par de nouvelles exigences linguistiques, la fin de l’admissibilité pour les programmes en partenariat public-privé et une liste resserrée de domaines d’études donnant droit au permis. Ces changements soulèvent des inquiétudes quant à l’avenir des inscriptions internationales dans les établissements francophones comme La Cité et le Collège Boréal.
Accessible, mais…
En principe, les programmes d’agriculture offerts par ces collèges demeurent admissibles au PTPD, car ils relèvent de secteurs identifiés comme prioritaires et associés à des pénuries de main-d’œuvre.
Toutefois, les nouvelles règles imposent une barrière supplémentaire: les candidats doivent maintenant réussir un test de langue reconnu avant de demander leur permis de travail post-diplôme. Pour certains étudiants, cette exigence pourrait devenir un frein réel.
Les collèges francophones craignent que cette complexification entraîne une baisse des inscriptions internationales, un groupe déjà minoritaire mais essentiel à la survie de certains programmes spécialisés. Les programmes d’agriculture, qui recrutent de petites cohortes et nécessitent des installations coûteuses, sont particulièrement vulnérables.
Patrick Mainville surveille l’impact des récents changements aux règles d’IRCC quant à l’octroi de permis d’études.
« La plupart des programmes agricoles dans le réseau collégial, partout en Ontario, ont vu des baisses d’inscriptions dans les dernières années liées à une multitude de facteurs », reconnaît Patrick Mainville, doyen à l’Enseignement du Collège La Cité. « La Cité travaille main dans la main avec les agriculteurs de la région et les consulte pour réfléchir, ensemble, à des façons de mettre en valeur les métiers agricoles auprès des jeunes et d’assurer une relève solide. »
Un atout
En ce qui a trait au resserrement des règles concernant l’immigration et les étudiants étrangers, M. Mainville indique que les diplômé.e.s issu.es des établissements francophones hors Québec de tous les domaines ainsi que les travailleurs temporaires représentent des atouts-clés pour les employeurs de la région et répondent aux besoins des entreprises d’ici.
« Chaque diplômé.e qui n’atteint pas le marché du travail représente une perte pour la vitalité de la francophonie ontarienne, tant sociale qu’économique. Nous entendons nos partenaires en agriculture souligner l’importance d’embaucher de la main-d’œuvre francophone, et nous allons continuer à travailler avec eux pour accroître la vitalité de ce secteur essentiel. »
Selon lui, les récents changements aux règles d’IRCC quant à l’octroi de permis d’études apportent leur lot d’inquiétudes pour la relève agricole francophone; il est toutefois trop tôt pour quantifier avec exactitude leur impact.
Chez Boréal
La situation quant au recrutement d’étudiantes et d’étudiants internationaux, notamment dans les programmes agriculture au Collège Boréal, reste incertaine bien que des initiatives telles que le Programme pilote pour les étudiants dans les communautés francophones en situation minoritaire mis en place par IRCC, encouragent l’arrivée de cette population étudiante dans son établissement. Mélanie Doyon est directrice de Boréal International.
« Afin de poursuivre ces efforts qui s’inscrivent, entre autres, dans une volonté du gouvernement fédéral de porter à 12% le nombre d’immigrantes et d’immigrants francophones hors Québec d’ici 2029, il demeure toutefois important que nos programmes en agriculture et l’ensemble de nos formations – lesquelles sont conçues afin de répondre à un besoin avéré de main-d’œuvre dans des domaines précis – restent admissibles au permis de travail postdiplôme. »
Cette démarche s’appuierait sur la réussite du Collège Boréal à remettre aux candidates et candidats de l’étranger les lettres d’attestation provinciale délivrées par l’Ontario aux établissements d’études postsecondaires (requises par IRCC pour l’octroi d’un permis d’études) avec un taux de remise de 90%, soit 15% au-dessus de la moyenne ontarienne.
« Le Collège Boréal et ses partenaires entendent persévérer afin que des domaines clés tels que les métiers de l’agriculture et de l’agroalimentaire, identifiés en 2023 par IRCC, n’aient pas à souffrir d’une pénurie de travailleurs et de travailleuses, grâce à une main-d’œuvre qualifiée véritablement capable de contribuer au développement économique du pays, dans les deux langues officielles. »
Le Dr. John Cranfield estime que les nouvelles règles d’immigration ont un côté positif.
Guelph
À l’Université de Guelph, John Cranfield, doyen du Collège agricole de l’Ontario y voit des avantages: « Bien que nous prévoyons des répercussions à court terme sur les inscriptions d’étudiants internationaux de premier cycle, les changements fédéraux constituent un pas en avant positif pour les inscriptions aux cycles supérieurs. Le nouveau budget fédéral et les mesures d’immigration assouplissent les restrictions antérieures et facilitent le parcours des étudiants qui poursuivent une maîtrise ou un doctorat au Canada. »
M. Cranfield estime que le changement renforce la capacité du Collège à attirer des étudiants hautement qualifiés, car les talents des cycles supérieurs sont essentiels à la recherche et à l’innovation.
Sauvés par la réorientation?
Par ailleurs, La Cité et Boréal ne semblent pas être parmi les plus pénalisés. Le fait que leurs programmes se situent dans des domaines jugés prioritaires pourrait, paradoxalement, leur offrir un avantage comparatif: des étudiants internationaux réorientés vers les secteurs admissibles au PTPD pourraient se tourner davantage vers l’agriculture, un domaine jusque-là moins fréquenté. Cette « reconversion » potentielle du bassin d’étudiants pourrait en atténuer les effets négatifs.
Si la baisse des inscriptions devait malgré tout s’accentuer, d’autres avenues existent. Les collèges pourraient intensifier leurs efforts de recrutement auprès des communautés francophones hors Canada, où l’intérêt pour les formations agricoles est fort et où l’immigration francophone est encouragée par Ottawa. Ils pourraient aussi renforcer leurs partenariats avec l’industrie agricole ontarienne, en développant des programmes en alternance ou des formations courtes répondant à des besoins immédiats de main-d’œuvre.
Agricom- Jean-Marc Dufresne- IJL