le Samedi 18 juillet 2026
le Mercredi 8 avril 2026 8:52 Agriculture

Produire sans sol, près des marchés

L’hydroponie permet de cultiver en environnement contrôlé toute l’année, près des marchés.  — PHOTO : Ferme Marseni
L’hydroponie permet de cultiver en environnement contrôlé toute l’année, près des marchés.
PHOTO : Ferme Marseni

Cultiver sans subir les aléas de la météo, c’est possible! Avec l’hydroponie, on se retrouve à produire toute l’année, en quantité et qualité constantes, proche des consommateurs. La Ferme Marseni, à Casselman, en est un bel exemple.

Produire sans sol, près des marchés
00:00 00:00

«L’agriculture de demain devra être plus proche des marchés, plus efficace et moins dépendante du climat», affirme William St-Aubin, PDG de la Ferme Marseni à Casselman. Pour certains producteurs, l’hydroponie peut représenter une option concrète pour diversifier leur production et mieux répondre à une demande locale en croissance.

William St-Aubin, PDG de la Ferme Marseni, à Casselman. 

PHOTO : Ferme Marseni

Quand on pense à l’agriculture, on pense encore surtout aux champs et aux saisons. Pourtant, des systèmes comme l’hydroponie viennent changer certaines pratiques. Produire sans sol, en environnement contrôlé, permet de réduire la dépendance au climat et de stabiliser la production.

Dans le cas de la ferme Marseni, la culture hydroponique se fait avec un système de culture intérieure en tambours rotatifs avec substrat, différent de l’hydroponie conventionnelle en solution nutritive. Connue pour notamment pour son basilic, l’entreprise produit à l’année des fines herbes et des laitues, avec une approche axée sur la constance, la qualité et la proximité du marché.

Ce type de système permet d’augmenter la densité de production et d’optimiser l’espace. Il offre aussi un contrôle précis de l’environnement de croissance. «Tout est contrôlé : le climat, l’irrigation, la lumière», explique William St-Aubin. Cette maîtrise permet d’obtenir une production uniforme et prévisible, ce qui facilite la planification et les ententes commerciales.

Le basilic et les autres fines herbes Marseni n’ont pas beaucoup de route à faire pour se retrouver dans les épiceries d’Ottawa et de l’Est ontarien. 

Précision totale

Selon Agriculture et Agroalimentaire Canada, le contrôle précis des nutriments favorise une croissance plus constante des cultures. Pour un producteur, cela peut aider à mieux gérer les volumes et à assurer une livraison régulière.

La proximité avec le marché est aussi un élément clé. «L’idée est de produire près du consommateur», souligne William St-Aubin. Cette approche s’inscrit dans une logique de circuits courts, où la distance entre la ferme et le point de vente est réduite.

Pour les producteurs, cela peut vouloir dire moins de pertes, une meilleure qualité à l’arrivée et plus de fraîcheur. «La proximité réduit le temps entre la récolte et la mise en marché», précise-t-il. Dans un contexte de marges serrées, cet avantage peut faire une différence.

Avec la hausse de la valeur des terres agricoles, ces systèmes offrent une façon d’augmenter la production sans agrandir la superficie. Ils peuvent s’ajouter comme production complémentaire, notamment pour des cultures à cycle court comme les légumes-feuilles ou les fines herbes.

Cependant, selon plusieurs acteurs du secteur, les investissements initiaux, les coûts énergétiques et la complexité des systèmes demeurent des défis importants. Selon le professeur Thomas Szkopek, du département de génie électrique et informatique de l’Université McGill, l’hydroponie et les systèmes en circuit fermé peuvent «augmenter les rendements tout en réduisant les déchets», mais posent encore des défis techniques et économiques à grande échelle. La rentabilité repose donc sur un équilibre entre rendement, efficacité et accès au marché.

L’intégration des technologies fait partie de ces modèles. Capteurs, automatisation et suivi en temps réel permettent d’ajuster rapidement les conditions de production. «Le principal défi n’est pas seulement de faire pousser, mais de produire de façon constante, rentable et à grande échelle», rappelle William St-Aubin.

Pour lui, l’enjeu est aussi économique. «Les fermes les plus performantes seront celles qui sauront combiner production alimentaire, automatisation, données et logistique locale.»

Sans remplacer les modèles existants, l’hydroponie s’ajoute comme un outil complémentaire. Elle peut, dans certains cas, aider à sécuriser la production, diversifier les revenus et rapprocher les producteurs des consommateurs.