« Un incendie dans un bâtiment agricole se propage très rapidement en raison de la structure de bois, la présence de paille et de réservoirs de propane », explique le chef Stéphane Barbarie. « À notre arrivée, le brasier enveloppait déjà le bâtiment. On s’est assuré qu’il n’y avait personne à l’intérieur et on a commencé le travail d’extinction. »
Le feu et l’eau
Le premier défi auquel les pompiers sont confrontés en région rurale est l’accès à l’eau, puisqu’en général, il n’y a pas d’aqueduc ni de borne-fontaine. « Il fallait faire la rotation des camions. Quand l’un était vide, il allait s’approvisionner en eau tandis qu’un autre prenait la relève », dit-il.
Heureusement, le poulailler de 72’ X 400’ était vide au moment du sinistre: la ferme devait recevoir un arrivage de poussins trois jours plus tard. Par contre, le bâtiment voisin, un poulailler d’une capacité de 26 000 têtes, était plein. « Nous avons dû pénétrer dans le bâtiment et fermer l’échangeur d’air pour empêcher la fumée d’entrer », indique M. Barbarie.
On devine la forme du bâtiment par ce qui reste de la structure.
Au bout de quelques heures, les pompiers sont parvenus à éteindre le feu. À ce moment, il ne restait que des débris témoignant de la présence du poulailler, qui venait tout juste de faire l’objet de travaux. La dévastation est telle que l’origine de l’incendie n’a pas été précisée, mais les pompiers qualifient la cause d’accidentelle. La perte est évaluée à quatre millions de dollars.
La famille n’a pas souhaité commenter le drame; pour l’instant, les efforts sont concentrés sur les travaux d’urgence pour sécuriser le site et mettre en branle les efforts pour replacer les poussins qui ne peuvent être accueillis.
Reconstruire ou pas
« Les incendies dans des bâtiments de ferme arrivent plus souvent qu’on le pense », indique un courtier de la région qui demande à garder l’anonymat. « Il y en a eu un à Lefaivre il y a deux ans à peine. Dans le cas de vieux bâtiments, souvent les installations électriques sont en cause. Par exemple, quand des fils sont brochés directement sur le mur sans passer par des tuyaux protecteurs, la vermine peut ronger le câble et provoquer un court-circuit. Ou le panneau de disjoncteur peut avoir été mal installé. »
Après l’extinction des flammes, il ne reste que des ruines.
La question… brûlante: combien de temps peut passer entre l’incendie et le moment où le bâtiment reconstruit peut reprendre ses activités? « De 18 à 24 mois au bas mot », répond l’assureur. « Il faut d’abord voir si l’incendie a une cause accidentelle ou criminelle. Ensuite, le propriétaire a une décision à prendre: veut-il reconstruire ou saisir l’opportunité de réduire sa production? S’il choisit de rebâtir, le code de construction a changé en 2024 et des normes différentes s’appliquent, qui forceront probablement à construire différemment. Ensuite, il faut trouver un entrepreneur capable et disponible pour réaliser les travaux. »
Encore faut-il avoir une couverture d’assurance adéquate, une lacune chez plusieurs agriculteurs et éleveurs en Ontario selon notre interlocuteur. « La majorité a souscrit à une assurance. Le problème est qu’elle n’a probablement jamais été mise à jour. Or, la valeur du bâtiment et de l’équipement a explosé depuis la Covid et la couverture pourrait ne plus être suffisante pour permettre la reconstruction au prix d’aujourd’hui. »
Prévenir?
Les bâtiments de ferme ne disposent pas de gicleurs comme on en trouve dans les édifices commerciaux et publics. La raison est fort simple: les gicleurs doivent avoir accès à l’eau courante, un luxe en région rurale. Or, non seulement on n’y trouve pas d’aqueducs, mais plusieurs agriculteurs ont été privés d’eau au cours des derniers mois durant la période de sécheresse estivale.
Est-ce à dire que rien ne peut être fait pour prévenir une tragédie? « Au contraire, on peut quand même installer un système de surveillance du réseau électrique », indique l’assureur. « L’équipement est programmé pour alerter le propriétaire en cas d’incident et il peut même enclencher le disjoncteur. » On dispose ainsi de quelques précieuses minutes dès les premières flammes afin d’intervenir.
Malgré cela, il reste assez rare qu’on puisse sauver un bâtiment de ferme une fois que les flammes se sont déclarées. Dans 50% des cas, l’origine de l’incendie demeure inconnue. À défaut d’intervenir à temps, on doit s’assurer d’avoir une couverture d’assurance à jour pour éviter qu’un drame en entraîne un autre.
Le saviez-vous?
- Les vaches laitières devront être évacuées vers une zone protégée si l’incendie se déclare en hiver, car elles ne supportent pas les conditions climatiques extrêmes
- Déplacer des vaches laitières peut s’avérer très difficile en cas de crise. Elles sont extrêmement dociles, étant habituées au contact humain; la peur ne sera donc probablement pas un facteur de motivation
- Les incendies d’écuries sont les plus fréquents et les propriétaires de chevaux ne réagissent pas toujours de manière rationnelle lorsqu’ils y sont confrontés
- Il faut toujours approcher et mener un cheval par la gauche.
- Un cheval sera plus facile à déplacer s’il a les yeux bandés. Utiliser une serviette sous le licou est très efficace.
- Les incendies dans les porcheries sont les plus difficiles à maîtriser en raison de la conception de ces bâtiments, du grand nombre d’animaux qu’ils abritent et de la difficulté à déplacer les porcs. Ces porcheries sont presque impossibles à évacuer. Elles sont également très dangereuses pour les pompiers
- En cas d’incendie dans un poulailler, l’évacuation des volailles est quasiment impossible. La quasi-totalité des incendies de poulaillers entraînent une perte totale.
Source: Farm and Food Care.
Agricom- Jean-Marc Dufresne- IJL