La disposition des enclos exiérieurs permet d’isoler les veaux et prévient la propagation de maladie qui peuvent décimer un troupeau.
Des défis
La ferme possède 130 têtes de bétail, dont une soixantaine est en lactation. Les vaches y sont en stabulation libre… « Mais l’ancienne stabulation libre », précise Jean-Pierre en riant, « parce qu’aujourd’hui, les vaches sont plus confortables qu’anciennement. On veut aménager leur espace selon les nouvelles normes. »
Élever des vaches laitières et produire du lait, ce n’est pas une machine à imprimer de l’argent! « Il faut acheter des quotas pour atteindre la rentabilité, mais en raison des coûts et de leur disponibilité, on y va parfois au compte-goutte », explique l’éleveur. « Et puis quand on a une ferme, il y a toujours des projets. Il faut innover sinon on devient désuet. »
En ce moment, il caresse le projet de construire une nouvelle étable. « L’étable est vieille et elle coûte cher à utiliser et entretenir. Sa vie utile arrive à sa fin, mais il n’y a pas de subvention pour nous aider à reconstruire. Quant au rendement de la terre, ce n’est pas toujours profitable parce que le terrain ici est très peu profond, on touche vite le roc, donc c’est pire pour nous quand c’est pas une bonne année côté météo », dit-il.
Francorive est une ferme de 305 acres cultivables partagées entre le blé d’automne, le canola, le maïs, la luzerne et un mélange avoine/pois pour ensilage.
Une affaire de famille
À 49 ans (son épouse Sylviane en a 50), il se considère quand même chanceux d’avoir pu acquérir la ferme de son père Michel, un rêve qui devient hors de portée pour les jeunes agriculteurs. « Le prix des terres agricoles ne laisse pas de marge pour les nouveaux qui commencent, mais il faut leur donner la chance de commencer », estime-t-il.
Michel a lui-même acheté de son paternel en 1968. Jean-Pierre a commencé en 2000 avec Michel, puis il s’est porté acquéreur de la ferme en 2001. S’il pensait faire rapidement des profits, il lui aura fallu prendre son mal en patience puisque 2025 est la première année rentable.
Le couple Beaulieu compte éventuellement mettre la stabulation libre aux normes du jour.
Une bonne année
Jean-Pierre et son épouse Sylviane ne s’en cachent pas: l’argent pour les voyages et les surplus ne provient pas de la ferme, mais plutôt de leurs salaires d’enseignants au Collège Boréal où ils enseignent; Jean-Pierre, la zootechnie, les grandes cultures et les bovins laitiers; Sylviane, la zootechnie et l’horticulture en serres.
« Il y aurait moyen d’aller chercher plus de marges si la ferme prenait de l’expansion; c’est dans mes plans, ça dépendra du marché. On a une productivité exceptionnelle des vaches cette année à cause du maïs parce qu’en saison chaude, le taux d’amidon est très élevé; donc ça donne beaucoup d’énergie dans l’ensilage du maïs et les vaches sont bien nourries », assure l’éleveur.
Selon lui, d’ici deux ans, la nouvelle réglementation des enclos fera en sorte que les vaches devront être deux par deux. Les veaux étant rapidement isolés, on devrait pouvoir mieux contrôler la propagation des maladies.
Si la profitabilité demeure une préoccupation, il reste toujours de la place pour faire preuve de solidarité entre éleveurs. « Récemment, il y a une ferme locale qui a passé au feu. On lui a vendu 10 vaches pour l’aider à repartir », déclare Jean-Pierre.
La relève?
La question à un million: les enfants du couple vont-ils suivre les traces de leurs parents et reprendre un jour la ferme familiale? Ils disent l’ignorer. Leur plus vieille, Chloé, étudie à l’Université d’Ottawa pour devenir infirmière. À 16 ans, Daniel travaille tout l’été à la ferme et son petit frère David, 10 ans, donne un précieux coup de main à l’occasion.
Sylviane est de loin celle qui est la plus accaparée par son travail d’enseignante. À la ferme, Jean-Pierre s’occupe des champs, de l’entretien de la machinerie et même des tâches ménagères. Ça ne signifie pas pour autant que la ferme manque de main d’œuvre puisque le couple peut compter sur une aide providentielle: celle d’étudiants au programme d’agriculture du Collège Boréal où Jean-Pierre et Sylviane enseignent.
L’entrevue ne peut se prolonger guère plus longtemps, la ferme n’attend pas; il y a l’équipement à réparer et entretenir, les champs à préparer, les vaches à traire. Qui sait, un jour, une nouvelle génération de Beaulieu arpentera peut-être à son tour les vastes étendues de la Ferme Francorive, perpétuant non seulement une tradition familiale, mais aussi l’enracinement de la présence francophone dans le Nord-Est de la province.
Ce reportage a été réalisé avec une aide financière de Financement agricole Canada.