le Dimanche 14 juillet 2024
le Lundi 6 mai 2024 8:34 Recherche et Innovation

Mauvaises herbes: le fusil pour remplacer le poison

Chenopode traité aux noix et bicarbonate de soude.
Chenopode traité aux noix et bicarbonate de soude.
Au moment où l’industrie agricole modifie ses pratiques relatives à l'usage controversé d’herbicides, une équipe de chercheurs d’Agriculture et Agroalimentaire Canada essaie et développe une nouvelle approche: la chasse aux mauvaises herbes… Au fusil!
Mauvaises herbes: le fusil pour remplacer le poison
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Contrôle balistique des mauvaises herbes dans un vignoble.

N’ayez crainte, on ne parle pas ici d’arme à feu, mais plutôt du genre d’équipement dont se servent les carrossiers pour sabler au jet la peinture des voitures. Un tracteur équipé d’un compresseur et d’un réservoir contenant les projectiles, et le fusil avec une buse réglable.

Quel est le bon calibre?

« On n’utilise pas le sable parce que ses poussières peuvent être nocives pour la santé (comme la silicose) lorsqu’on fait des pré-tests », explique la chercheuse.     « On a fait des essais avec du bicarbonate de soude, des cotons de maïs broyés*) et de la coquille de noix broyée. Nous avons abandonné la coquille de noix dans certaines cultures, telle que les pommes de terre, en raison de leur potentiel allergène. »  

Pas facile de trouver le bon projectile à utiliser sur la mauvaise herbe, et les chercheurs ont utilisé la méthode essai-erreur pour progresser. « Le sable est mauvais pour la santé, les noix causent des allergies, le bicarbonate de soude est trop sensible au vent et d’autres projectiles risquent d’endommager la plante qu’on veut protéger », indique-t-elle. 

Résultat? « Jusqu’à présent, nous n’avons rien trouvé qui soit efficace à 100%. Il faudra probablement faire une seconde passe, peut-être avec une demi-dose d’herbicide ou un herbicide bio. Au moins, on aura contribué à en réduire l’utilisation », explique Mme Simard. 

Marie-Josée Simard fait partie de l’équipe qui cherche une alternative aux pesticides traditionnels.

Ils l’ont l’affaire, les Amaricains

C’est à des chercheurs de l’Université du Nebraska aux États-Unis que l’on doit les premières recherches sur la chasse aux mauvaises herbes par projectiles. Depuis, la technologie  s’est invitée à la fête, selon le porte-parole de la Ontario Fruit and Vegetable Growers Association, Ben Murray: 

« Certains agriculteurs expérimentent le désherbage robotisé, des désherbeurs laser qui éliminent les mauvaises herbes dans les champs et des drones qui permettent de surveiller et d’analyser rapidement les cultures pour détecter d’éventuels problèmes. »

M. Murray constate qu’avec les années, les agriculteurs sont beaucoup plus ciblés et efficaces et qu’ils utilisent des produits qui sont bénéfiques à l’environnement. « Plus que jamais, les agriculteurs pensent à la santé des travailleurs, à la santé publique, à leur propre santé et à celle de l’environnement en adaptant la technologie pour protéger leurs cultures. »

 En Californie, Laser Carbon Robotics a mis au point une méthode par laquelle chaque brin de mauvaise herbe est zappée au laser. L’appareil coûte des centaines de milliers de dollars et son entretien joue dans les 30 000$ par année, un prix peu rentable au Canada. 

 *ou rachis, ce qu’il reste d’un épi après l’avoir égrené. 

IJL – Réseau.Presse – Agricom