le Vendredi 19 juillet 2024
le Mercredi 15 mars 2023 11:21 Chronique

Sirop d’érable zéro technologie

La tire d'érable, c'est tellement bon! — photo : famille Clément
La tire d'érable, c'est tellement bon!
photo : famille Clément
Dans notre famille, on fait du sirop d’érable au chalumeau et à la chaudière. Plus artisanal que ça, tu meurs!
Sirop d’érable zéro technologie
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L’évaporateur familial, toujours bien surveillé!

photo : Sandra Clément

Tubulure, osmose inversée, évaporateurs hyper-efficaces… Les cabanes à sucre d’aujourd’hui ont pris un virage technologique impressionnant. C’est un peu comme nous à la ferme, avec toute cette technologie d’agriculture de précision.

Des cabanes à sucre dans le fond d’un bois avec zéro technologie, ça existe encore! Imaginez : chez nous, notre petit évaporateur a été fabriqué par mon frère, mécanicien et talentueux soudeur.

Nous faisons partie de ces acériculteurs qui produisent de manière récréative, pour le plaisir de profiter des belles journées de printemps et pour produire juste assez pour la famille et pour en mettre dans mon café. Je ne mets pas de sucre blanc dans mon café!

Souvenirs
La cabane à sucre fait partie de ma vie depuis mon tout premier printemps, à l’âge d’un an.

Mon père et ses nombreux frères (une famille de 15!) avaient une érablière dans la région d’Embrun, isolée loin dans le fond d’un champ. Mon plus lointain souvenir est d’avoir marché pour m’y rendre, la bouette collée après les bottes d’hiver!

J’arrivais déjà toute trempée et pleine de boue, prête pour ma journée à la cabane à sucre!

Chalumeaux et chaudières, comme autrefois.

photo : Sandra Clément

Une image de mon enfance me revient : être assise sur une buche à l’extérieur de cette cabane à sucre familiale, les pieds dans la boue et la neige, mangeant de la tire d’érable sur des palettes de bois que mon grand-père fabriquait lui-même.

Le goût de la tire, l’odeur de l’eau d’érable qui bouille, la senteur du feu, l’image des mes oncles et mon père, cigarette à la bouche et chaudière à la main, prêts à aller faire la tournée. Que de beaux souvenirs d’enfance!

La cabane familiale a changé d’emplacement, mais elle est toujours dans la région d’Embrun. Chaque printemps, mon père se remet à la tâche et nous accueille.

La tradition sucrée se poursuit pour ma sœur, mon frère et nos enfants. Et ce, toujours à la vieille manière traditionnelle. Mais traditionnelle des années 2000!

On transverse l’eau d’érable, en faisant bien attention de ne pas en échapper!

photo : Sandra Clément

À notre façon
L’eau d’érable coule dans un chalumeau planté chaque printemps dans l’arbre avec une drill à batterie et non un vilebrequin comme autrefois. Les gouttes tombent dans une chaudière d’aluminium accrochée après le chalumeau.

Cette sève est ramassée chaudière à la main, d’arbre en arbre. Une fois notre chaudière pleine, on la transverse dans un grand réservoir sur traineau tiré non pas par des chevaux, mais par un quatre-roues!

Mon plaisir est de boire directement de la chaudière! C’est froid, c’est rafraichissant pis ç’a un p’tit goût de… ciel!

L’eau d’érable est transvidée dans les pannes, qu’on place sur le poêle fabriqué par mon frère. L’eau d’érable est bouillie pendant plusieurs heures, jusqu’à ce qu’elle ait la consistance du sirop, épuisé, doré et sucré.

Pendant que mon père et mon frère chauffent le poêle – à bois – on leur tient compagnie. Une bière ou un petit verre à la main, on se raconte des histoires, des vertes pis des pas mûres!

On se fait cuire des taillettes direct devant le poêle ou sur une petite surface plate juste en avant des pannes. Remplis de beurre et de sirop, ça donne un plat assez cochon merci! Vous êtes intrigués? Je vous en reparle dans un prochain blogue.

Les amis et la famille arrivent et repartent. Les enfants courent dans le bois, tombent dans boue et y’en a toujours un ou deux qui perdent une botte.

Le sirop est filtré, puis refroidi.

photo : Sandra Clément

Parmi tout ce beau monde, on sort la marmite de fonte et mon père applique sa magie! Y nous fa d’la tire su’a neige! Pis pas juste une batch! On se régale jusqu’à temps qu’on soit bien gommé, jusque dans les cheveux! Y’en a même qui peuvent pu parler, les dentiers sont collés!

On retourne dans’ cabane à sucre. Le sirop a atteint sa température et sa couleur parfaite. Pas de temps a perde, on sort une batch. Le sirop est filtré, refroidit et mit dans des pots Masson stérilisés.

Des sourires, des yeux brillants! Tout le monde qui vient visiter la cabane à sucre est content! La magie du printemps!

Au ciel y’a pas de tire sur la neige, aussi bien en profiter sur la terre!