le Mercredi 17 avril 2024
le Mercredi 28 février 2024 13:11 Chronique

Grandir en travaillant à la ferme

Faire participer les enfants aux tâches à la ferme, c’est bien plus qu’un mode de vie. Quand on goûte très jeune à la satisfaction d’une tâche bien accomplie, on apprend à aimer travailler. Et ça crée de très beaux souvenirs d’enfance!
Grandir en travaillant à la ferme
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Nos trois filles font partie de notre équipe de travail depuis qu’elles sont toutes jeunes. Aujourd’hui, il nous en reste qu’une à l’école et encore, nous attendons toujours son retour l’après-midi pour qu’elle nous donne un coup de main. 

On n’est plus dans les années 1950, quand les enfants abandonnaient l’école pour prêter main-forte à leurs parents à temps plein à la ferme. Mais comme à cette époque, vivre en famille à la ferme, ça veut dire travailler en famille. 

Il y a toujours une tâche pour nos filles. Et souvent, le fun vient avec!

1 – Dérocher! On ramasse des roches dans les champs en famille.

2 – Passer le rouleau durant les semis en prenant à la place à Mom, qui est partie préparer le souper.

3 – Faire le tour des champs pour ramasser les « trésors » avant que le semoir passe (comme des branches d’arbres).

4 – Prendre le volant du tracteur qui enterre l’engrais…à la place de Mom, qui est partie préparer le souper!

5 – Nettoyer le « red dog » autour du séchoir, cette fameuse poussière de grain rougeâtre.

La main-d’œuvre saisonnière n’est pas facile à trouver. Quand nos filles étaient toutes à l’école, on organisait nos journées au champ en fonction des horaires de l’école. 

Travailler à la ferme, c’est dans leur nature. Elles ont grandi à nous suivre sur les talons, comme un chien de poche.

Des amies m’ont souvent demandé: comment tu fais? Je leur répondais: on le fait, c’est tout! C’est notre mode vie! 

Sens de l’accomplissement

Quand elles étaient petites, nous faisions participer nos filles aux activités de la ferme autant que possible, pour qu’elles sachent ce que nous faisons quand nous ne sommes pas à la maison pendant les saisons les plus occupées. Si leur père n’était pas là pour le dîner ou à l’heure du coucher, elles comprenaient très bien. Aujourd’hui, elles savent qu’on arrête de travailler quand le travail est fini et non pas parce qu’il est 5:01 de l’après-midi.

Certains de leurs plus beaux souvenirs d’enfance sont liés à leur participation aux semis et aux récoltes. Elles avaient l’impression de faire partie de ces grands travaux et elles comprenaient pourquoi à certains moments de l’année, on travaille si fort. 

À un très jeune âge, nous les avons incluses dans nos accomplissements. Nous formions une équipe et encore aujourd’hui je leur dis toujours: une équipe, ça travaille ensemble! 

Le sentiment d’avoir accompli quelque chose en famille, ça n’a pas de prix. Aujourd’hui, elles sont adultes et elles sont autonomes dans leurs tâches. Je ne veux pas que ce sentiment d’accomplissement devienne banal. Je veux le prendre comme un cadeau. Un cadeau qui est un baume pour toutes ces fois où j’ai pensé virer folle avec tout ce qu’il y avait à faire en plus d’élever les enfants dans cette cacophonie! 

Chaque parent qui lit cette chronique sait très bien que ce n’est pas toujours rose avec les enfants quand on jongle avec toutes nos responsabilités. 

Les avantages de grandir à la ferme sont énormes. Les enfants développent une passion, un amour et un respect pour la terre. Ils apprennent c’est quoi une ferme d’agriculture durable, qui répondra aux besoins des générations actuelles et futures tout en demeurant rentable, respectueuse de l’environnement et équitable socialement et économiquement.

Ils apprennent les techniques qui s’inspirent de la nature pour préserver la fertilité des sols, prévenir la pollution de l’eau et protéger la biodiversité. 

Et que dire de leur caractère qui se forge, leur bonne éthique de travail, leur sens des responsabilités! 

Les milléniaux sont étiquetés comme la génération de ceux qui s’attendent à tout leur soit donné. C’est pas comme ça chez nous. 

Les jeunes agriculteurs comprennent que certaines choses ont besoin de temps pour se développer. Je ne parle pas seulement des cultures, mais aussi des relations personnelles, des investissements, des résultats scolaires et de la réussite professionnelle. 

Gérer une famille et une ferme en même temps, ce n’est pas de tout repos. Nous vivons tous des moments de découragement. Comme dans tout ce qu’on fait, on lâche pas! 

Vos enfants resteront à la ferme ou iront travailler ailleurs. Peu importe leur choix, l’éthique de travail que vous leur avez inculquée leur donnera de grandes ailes.

Changer des couches, s’assurer que chacun fasse ses devoirs et faire rouler ferme en même temps, vous êtes capables! Et s’ils rouspètent quand vous leur donnez une tâche, vous pouvez leur dire ce que ma mère m’a dit souvent : quand tu seras plus vieille, tu vas comprendre!