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le Mardi 7 mars 2023 14:42 Élevages

Vingt-sept ans et 200 vaches à la traite

Audrey Villeneuve, productrice laitière à St-Eugène, dans l'Est ontarien.  — photo : André Dumont
Audrey Villeneuve, productrice laitière à St-Eugène, dans l'Est ontarien.
photo : André Dumont
Audrey Villeneuve était destinée à prendre la responsabilité du troupeau laitier de la ferme familiale. Le destin a toutefois accéléré les choses. Rencontre avec une jeune agricultrice inspirante.
Vingt-sept ans et 200 vaches à la traite
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photo : Agricom

Un esprit d’entrepreneuriat se dégage de la Ferme 3V Farm, assise sur la frontière Ontario-Québec à St-Eugène, non loin de Rigaud. La famille Villeneuve exploite deux sites de production laitière et 3000 acres en culture.

Les entreprises familiales ont grandi sous l’impulsion de Bertrand Villeneuve, appuyé de sa conjointe Micheline et de leurs six enfants, dont trois sont maintenant aux commandes.

Carl exploite une ferme laitière de 35 vaches attachées à Rigaud. Ludovic, que plusieurs ont connu dans l’émission L’amour est dans le pré, élève des moutons du côté ontarien. Les deux frères gèrent ensemble les champs en grandes cultures situés de part et d’autre de la frontière.

Audrey, 27 ans, est responsable du troupeau laitier principal, qui compte près de 400 têtes, dont 200 vaches à la traite. L’étable située sur le chemin Villeveuve a deux robots de traite et un salon de traite double 12.

En juin 2016, Audrey a complété son DEC du programme Farm Management and Technology au campus Macdonald de l’Université McGill.

L’étable de la Ferme 3V Farm compte 200 vaches à la traite, dont la moitié a accès à deux robots.

photo : André Dumont

« Je souhaitais vivre une expérience à l’extérieur de la ferme avant de m’installer à temps plein. Je suis partie travailler cinq mois sur une ferme laitière en Nouvelle-Zélande », raconte celle qui avait alors 21 ans.

Décembre 2016, retour au bercail. Janvier 2017, son père Bertrand lui donne les rênes du troupeau laitier.

Il y a six ans

Le 7 mars 2017, vers 7h du matin, le hangar à machinerie prend feu. Bertrand n’en sortira pas vivant. Il avait 52 ans. La famille et toute la communauté agricole du coin sont sous le choc.

« C’est mon père qui avait l’entrepreneuriat dans le sang, explique Audrey. Ma mère, qui s’occupait de la comptabilité, s’est un peu retirée. Elle est toujours là et elle nous aide avec nos enfants. Elle a maintenant 15 petits enfants! »

« Mes frères et moi, on n’a pas eu le choix de prendre les responsabilités qui nous revenaient. »

Audrey se retrousse les manches. Elle n’hésite pas à s’appuyer sur des ressources externes en nutrition, soins vétérinaires et gestion. La ferme fait notamment partie du Groupement de gestion agricole de l’Ontario.

Dès 2018, Audrey pilote l’installation de deux robots de traite et l’adaptation d’une centaine de vaches. L’autre moitié des vaches continue d’aller à la salle de traite, en attendant l’ajout de futurs robots.

Trois générations à la ferme : Micheline, Audrey et Jade

photo : André Dumont

Audrey a accouché de Jade il y a deux ans et demi et de Léonie il y a quatre mois.

Nicholas, son conjoint et amoureux depuis l’âge de 14 ans, n’est pas impliqué à la ferme. « L’agriculture, c’est ma passion et pas la sienne. J’ai toujours respecté ça », dit-elle.

Son quotidien est différent de celui de ses deux frères, qui ont fondé leurs familles avec une conjointe venue les rejoindre à la ferme.

« C’est très demandant de gérer une entreprise en plus d’avoir une famille », confie Audrey. Trouver de la main-d’œuvre pour se permettre un congé de maternité, c’est tout un défi.

« J’ai accouché, j’ai pris deux semaines sans aller à l’étable et maintenant j’y vais au moins deux fois par semaine. » Le porte-bébé et la poussette ne sont jamais bien loin.

Gare aux apparences!

À 27 ans, Audrey a toujours la voix et l’allure d’une jeune fille. Gare à qui se fierait aux apparences!

À son arrivée aux commandes à 21 ans, les travailleurs de la ferme qui viennent du Pérou ne l’ont pas prise au sérieux. « Ils ne m’écoutaient pas. Ma mère a dû les rencontrer pour leur dire que s’ils ne voulaient pas accepter que ce soit moi la responsable, ils pouvaient rentrer dans leur pays. »

Un représentant d’équipement laitier frustré qu’elle ait magasiné chez des concurrents lui a menacé de ne plus desservir la ferme. « Il a vite vu que je ne me laisse pas piler sur les pieds. »

Audrey fait partie du Réseau des femmes en agriculture de l’Est ontarien. Réseauter, c’est important, même si les obligations familiales lui laissent peu de temps. « Les femmes en agriculture sont une minorité. Notre réalité est différente. On doit innover, mais en même temps, nos mères étaient elles aussi présentes à la ferme avec leurs enfants. »

Le nombre de femmes qui ont leur propre entreprise agricole est en croissance, observe-t-elle.

« Nous avons le plus beau métier du monde. Tu peux apporter les enfants au travail et ils apprennent le métier que tu aimes. »