Bienvenue chez C&A Poultry Farms et Arthur Family Farms, à Norwich, dans le sud-ouest de l’Ontario. Ici, on produit des œufs et du lait avec une petite touche francophone. C’est d’ici que chaque matin, Audrée Morin part pour aller conseiller des familles agricoles en tant que directrice, stratégies et transfert d’entreprise à Financement agricole Canada (FAC).
« Mes parents élevaient des poules à chair et des porcs d’engraissement dans la région de Lanaudière au Québec (au nord-est de Montréal), raconte-t-elle. Je n’étais pas sûre de vouloir suivre leurs traces et après mes études secondaires, je me suis orientée vers l’administration des affaires. Au bout d’un moment, les animaux de la ferme me manquaient. Je me suis donc dirigée vers des études en agriculture à l’Université de Guelph. »
C’est à Guelph qu’Audrée fait la connaissance de Chad Arthur, celui qui allait devenir son mari et le père de leurs trois enfants. Au terme de leurs études, le couple n’a pas de plan défini.
« On n’avait pas la possibilité de reprendre la ferme familiale de son côté ni du mien. Il a commencé à travailler pour Lactanet et moi, j’ai déménagé à Kanata pour travailler pour FAC. On a vécu une relation à distance pendant un an, puis j’ai obtenu un transfert à Woodstock. »
Audrée Morin, directrice, stratégies et transfert d’entreprise à Financement agricole Canada.
En 2008, la chance sourit au couple quand survient l’occasion d’acheter la part de l’oncle de Chad dans la ferme familiale laitière à Norwich, dans le comté d’Oxford. « Chad a travaillé pendant quatre ans pour Lactanet et sur la ferme. Durant cette période, on a eu nos deux premiers enfants. Puis en 2014, après avoir fait nos preuves comme gestionnaires, on a pu racheter la part de ses parents », explique-t-elle.
Ils ne perdent pas de temps. Dès 2015, Chad et Audrée se lancent en production d’œufs. Ils fondent C&A Poultry Farms Inc, qu’ils exploitent en parallèle à la ferme laitière cédée par la famille de Chad. « On ne pouvait pas racheter la ferme de mes parents au Québec et je voulais des poules pondeuses. Mes parents m’ont aidée à accomplir mon rêve! »
Au fil des ans, la ferme laitière grandit, sa production passant de 45 à 108 kilogrammes de matière grasse par jour. Du personnel doit être embauché.
Mieux vaut en rire…
Les premières années sont marquées par quelques anecdotes, comme ce mois de mai où un violent orage provoque une panne d’électricité. « La génératrice n’a pas fonctionné et sans ventilateurs, la température risquait de grimper rapidement, ce qui aurait pu provoquer la mort des poules. Heureusement, notre électricien habitait à deux fermes de chez nous et il a pu effectuer la réparation à temps », raconte Audrée.
Ou cette autre fois où elle a oublié de remettre en marche le tapis roulant du convoyeur qui recueille les œufs pondus. « À mon retour, j’ai vu que les œufs s’étaient empilés et sont tombés au sol… Ça a fait toute une omelette! », reconnaît-elle en riant.
À une autre occasion, les vaches ont profité d’une brèche pour se sauver. Leur curiosité les a attirées vers la piscine, où elles se trempaient le museau!
Audrée Morin et ses collègues Stéphan Paillé, directeur des relations d’affaires avec l’industrie (à gauche) et Kelvin Odurukwe, premier directeur régional (à droite), lors d’un événement agricole l’an dernier.
Inspirer confiance
La force d’Audrée reste les montages financiers et les conseils pour ses clients. C’est chez FAC qu’elle a trouvé son premier emploi après ses études et elle y est toujours 18 ans plus tard. Depuis quatre ans, elle se spécialise dans le transfert d’entreprises agricoles.
« C’est le travail le plus gratifiant de ma vie. Un rapport de confiance s’installe entre les familles et moi. On aborde parfois des sujets délicats. Par exemple, la Covid a modifié ou interrompu des transferts de ferme parce que les familles avaient des différends sur la question des vaccins. Et dans le contexte économique actuel, il y a des parents qui se demandent s’ils veulent vraiment que leurs enfants vivent ce genre de stress. »
Son travail, dit-elle, consiste aussi à accompagner ses clients dans le processus du transfert et de voir à ce que l’acquéreur et le cédant aient chacun leur mot à dire. Elle se rend bien compte que les membres de la nouvelle génération veulent pouvoir mieux concilier travail et famille et non pas travailler sept jours sur sept comme ils ont vu leurs parents le faire.
Et l’avenir?
À 14 ans, sa fille aînée Annabelle n’a pas encore décidé de son avenir. « Mais si elle reprend la ferme un jour, ce sera avec son petit frère (William, 8 ans). C’est ce qu’elle dit! »
Pour l’instant, Audrée Morin entrevoit l’expansion de son élevage de poules pondeuses, une avenue qui se poursuivra si un jour, le couple décide de laisser tomber la partie laitière de la ferme. « Si on n’a pas de relève, explique-t-elle, on laissera aller la ferme laitière, mais pour l’instant, on continue la croissance des deux entreprises. »
Heureusement, ces décisions sont encore loin et cette conseillère en transfert d’entreprises agricoles, maman et agricultrice se réjouit de pouvoir continuer de profiter du meilleur des deux mondes.
IJL – Réseau.Presse – Agricom