le Jeudi 4 juin 2026
le Mercredi 29 octobre 2025 11:21 Élevages

L’âme du loup sous la laine du mouton

Lidiya Beida aimerait voir se développer l'industrie de la laine au Canada.
Lidiya Beida aimerait voir se développer l'industrie de la laine au Canada.

On compte environ 2 000 fermes d’élevage ovins en Ontario*. En fait, l’Ontario se classe au premier rang de la production ovine, devant l’Alberta et le Québec.

L’âme du loup sous la laine du mouton
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Pourtant, de 80 à 90% de la laine des moutons n’est pas récupérée commercialement; elle est compostée ou simplement jetée.

Ce faisant, les éleveurs laissent beaucoup d’argent sur la table et c’est cette tendance que veut renverser la toute première Conversation canadienne sur la laine, qui se tiendra le 13 novembre dans le cadre de la Royal Agricultural Winter Fair à Toronto. La question qui se pose est pourquoi on n’arrive pas à rentabiliser la production de laine?

Une mission canadienne en visite au Royaume-Uni en mai dernier. 

À l’abandon

L’avènement de la fibre synthétique dans les années ‘60 et ‘70 a relégué la laine au fond du coffre de cèdre. Moins chère, plus durable, insensible aux mites, la fibre de polyester en est venue à dominer un marché où sa contrepartie naturelle n’occuperait aujourd’hui qu’un maigre 1%, contre 60% pour les matériaux synthétiques**.

« La laine est devenue un sous-produit de l’industrie de la viande », explique Lidiya Beida, responsable des communications et de la programmation de Campaign for wool, un organisme de promotion commerciale des produits de laine naturelle au pays. 

« Jusqu’à 90% de la laine produite n’est pas récupérée commercialement faute de débouchés. La laine canadienne est robuste, par opposition à la laine de mérinos provenant d’Australie, de Nouvelle-Zélande, d’Afrique du Sud et d’Amérique du Sud, qui est plus fine et délicate. La laine canadienne peut être utilisée dans la confection de vêtements, de tapis, de tissus de meubles et bien d’autres, mais la demande n’est pas très forte. »

Selon elle, un travail d’éducation doit être entrepris auprès des consommateurs. « Oui, les matières synthétiques ont séduit les consommateurs par leur faible coût et leur facilité d’entretien, mais cela a un prix. Par exemple, je suis convaincue que nous ne devrions pas utiliser de matières synthétiques à proximité des enfants en raison des risques liés aux microplastiques et aux produits chimiques toxiques. »

Le polyester, l’acrylique et le nylon peuvent irriter les peaux sensibles, car ces fibres ne respirent pas, retiennent l’humidité et peuvent contenir des produits chimiques irritants comme le formaldéhyde.

Lindsey Weber constate un retour de l’engouement pour les fibres naturelles. 

Naturelle

« La laine naturelle est hypoallergénique, biodégradable, renouvelable et durable. On lui trouve plusieurs utilités en agriculture, entre autres comme toile géotextile. Son coût est plus élevé, mais le consommateur a avantage à acheter moins, mais acheter mieux », croit Mme Beida.

Lindsay Weber en sait quelque chose. Copropriétaire de la ferme Woolgrown près de London dans le sud de la province, elle trouve mille et une utilisations sur la ferme pour la laine qu’elle récupère de la douzaine de moutons qu’elle élève.

« La laine est idéale pour réguler la température, conserver l’humidité du sol ou des plantes ou au contraire, empêcher la croissance d’espèces indésirables. » Elle croit aussi que les consommateurs doivent être éduqués au potentiel de la laine et dit assister à la renaissance de l’intérêt pour les fibres naturelles. « On doit comprendre pourquoi on s’est éloigné d’elles pour préférer des fibres synthétiques et retrouver les avantages de la laine », croit-elle.

Mme Weber reconnaît que recueillir la laine, la nettoyer et la préparer pour être commercialement utilisée nécessite beaucoup de temps et de travail à l’échelle artisanale, mais elle ajoute que le processus s’accélère grandement à l’échelle manufacturière.

Conversation

Le 13 novembre, tous ceux et celles qui gravitent de près ou de loin autour de la production de laine auront l’opportunité de partager leurs points de vue sur l’état actuel du secteur canadien de la laine, participer à des activités de réseautage et s’inspirer avec des produits novateurs, des approches créatives et des idées visant à faire progresser l’industrie.

*Selon les données de Statistique Canada (2021), il y a 1 309 fermes ovines en Ontario. Par contre, l’OSF indique qu’elle représente 3 000 producteurs ovins.

**Materials Market Report by Textile Exchange, 2025.

IJL – Réseau.Presse – Agricom