Volume 38 Numéro 9 – Le 16 avril 2021

Les bienfaits méconnus des haies agroforestières


«Les haies agroforestières sont parfois perçues négativement. Plusieurs producteurs sont d’avis que la présence d’arbres sur leurs terres peut réduire les rendements des cultures. Cependant, on a observé des bienfaits et augmentations de rendement importantes et significatives pour l’utilisation avec le maïs, le soya, certaines céréales et certaines productions maraîchères.» Photo : Yanick Rose, gracieuseté.


Par Julyen Renaud

Il existe plusieurs types de haies agroforestières. Les plus connues sont les haies brise-vent que l’on retrouve fréquemment dans les Prairies canadiennes. Ces aménagements servent surtout à protéger les cultures, les terres agricoles et les animaux d’élevage des vents et des dommages causés par ceux-ci. Il existe aussi les bandes riveraines que l’on retrouve près des cours d’eau et dont les utilités principales sont de préserver la qualité de l’eau, préserver les habitats aquatiques et riverains et limiter l’érosion des sols. Ajoutons à tout cela les systèmes agroforestiers intercalaires. Bien qu’ils soient moins présents dans le paysage ontarien, ce sont des plantations d’arbres au sein des parcelles agricoles. Ces systèmes ont sensiblement les mêmes rôles que les haies brise-vent, mais ont aussi généralement une fonction de production de bois.

Outre ces utilités relativement bien connues, les chercheurs se sont penchés sur les nombreux autres avantages qu’apportent les arbres plantés sur les terres agricoles. Lors du congrès de l’Union des cultivateurs franco-ontariens, M. David Rivest, professeur à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) et chercheur à l’Institut des sciences de la forêt tempérée (ISFORT), a partagé des données probantes provenant de plusieurs études réalisées un peu partout dans le monde sur les bienfaits des haies agroforestières.

Rendement des cultures

Les haies agroforestières sont parfois perçues négativement. Plusieurs producteurs sont d’avis que la présence d’arbres sur leurs terres peut réduire les rendements des cultures. Il y a aussi la question de la perte d’espace cultivable qui est un frein pour plusieurs.

David Rivest, lors de sa conférence, a mentionné une revue de littérature scientifique rédigée par des chercheurs américains dans laquelle ces derniers recensent de nombreuses années d’études menées un peu partout dans le monde et qui portent sur l’impact des haies brise-vent sur les rendements des cultures. Dans les zones protégées par les haies, on dénote des résultats impressionnants : « [Dans cette revue de littérature], pour toutes les cultures dans le monde, on a observé des augmentations de rendement. Que ce soit pour le maïs, le soya, […] pour les céréales aussi, pour certaines productions maraîchères […] et pour les cultures fourragères, on a quand même observé des augmentations de rendement importantes et significatives. »

Lors d’années plus stressantes pour les plantes, la présence de haies peut venir aider au rendement des cultures comme l’explique David Rivest : « C’est là vraiment qu’on peut avoir des gains de rendement qui sont plus importants. Dans un contexte de changements climatiques, je pense que c’est important. »

Pour ce qui est de la perte d’espace cultivable, le professeur à l’UQO est catégorique : « Je suis très confiant de dire que pour la haie agroforestière, oui il y a une perte d’espace cultivable, mais elle est nettement compensée par les gains de rendement dans cette grande zone de protection qui est adjacente à la haie brise-vent. »

D’autres avantages

Dans la zone protégée par les haies agroforestières, on remarque qu’il se crée un microclimat en quelque sorte. En effet, la température y est un peu plus élevée et le taux d’humidité est plus haut. L’air est donc moins sec dans la zone protégée par la haie, ce qui contribue à conserver l’eau du sol et à réduire le stress hydrique des plantes. La température plus élevée dans cette zone aide à la germination et à la croissance rapide des cultures.

Les haies sont utiles dans la lutte contre les insectes ravageurs. Dans une étude réalisée à l’Université de Guelph, en Ontario, on compare la présence de différents groupes d’insectes dans un système agroforestier intercalaire versus une monoculture. « Les auteurs ont observé une abondance nettement supérieure des parasitoïdes, des pollinisateurs et des détritivores, donc des insectes que l’on aime voir dans nos champs, et une réduction significative des insectes nuisibles, donc des herbivores, dans le système agroforestier avec les arbres comparativement à la monoculture. »

Au-delà des bienfaits sur la santé et les rendements des cultures, les haies jouent un rôle important dans la conservation et la restauration de la biodiversité. Les rangées d’arbres réduisent aussi la propagation du bruit et des odeurs. Finalement, les arbres et les arbustes embellissent nos paysages agricoles. « Les haies peuvent avoir un impact positif sur la productivité agricole, mais elles vont fournir une foule de services écologiques, allant de la réduction de l’érosion des sols, à la conservation de l’eau et de la biodiversité, la lutte aux changements climatiques, l’embellissement du paysage… C’est une foule de services qui sont rendus par les haies et par les producteurs agricoles qui vont planter ces haies-là. »

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