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le Mardi 12 septembre 2023 15:17 Alimentation

Chasser, puis gaspiller: une fois, c’est une fois de trop

Mathieu Lafleur et son fils à la chasse
Mathieu Lafleur et son fils à la chasse
Depuis que la chasse à l’ours printanière est permise à nouveau, celle-ci est de plus en plus pratiquée. Mais avec ce regain de popularité vient parfois des situations très fâcheuses qui ont pour conséquences que de la viande soit perdue.
Chasser, puis gaspiller: une fois, c’est une fois de trop
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Puisqu’au moment de la chasse printanière à l’ours, soit du 1er mai au 15 juin, il n’y a aucune autre chasse qui se pratique, les plus grands amateurs s’y mettent. Mais lorsqu’il est temps de faire dépecer sa bête, certains ont une bien mauvaise surprise.

« Il y a peu de bouchers qui veulent en faire », nous informe Eric Thibaudeau, de Débitage du Cantons, à Thurso. « C’est parce qu’il y a beaucoup de dégraissage à faire sur un ours, ça doit être très bien dégraissé, faut “déneirer” (enlever les nerfs), les pièces sont à nettoyer… C’est beaucoup de travail pour ce que ça donne », explique-t-il. C’est ainsi qu’il arrive que des chasseurs ne trouvent pas de boucher pour faire dépecer leur prise et que la viande est gâchée.

Des bouchers moins disponibles

Selon Mathieu Lafleur, propriétaire du magasin de chasse et pêche Pronature Rockland, l’organisation du travail joue aussi en défaveur des chasseurs. C’est que les bouchers ne peuvent pas travailler de la viande sauvage et domestique en même temps, sans des mesures sanitaires plus lourdes à effectuer. « C’est pas comme à l’automne, où là tu vas trouver quelques bouchers qui vont faire juste ça, de l’orignal ou du chevreuil. Ils auraient un ou deux ours au printemps, c’est pas comme faire 100 chevreuils un après l’autre » à l’automne, dit-il. Difficile, donc, d’insérer un ours au travers des boeufs et des porcs.

La saison de chasse entre aussi en ligne de compte dans le phénomène. C’est qu’au printemps, il fait plus chaud qu’à l’automne et la viande se dégrade plus rapidement. Surtout les dernières années, alors que le réchauffement climatique se fait bien sentir. M. Lafleur ajoute que les chasseurs n’ont « pas beaucoup de temps pour emmener l’ours. L’automne, il fait proche de 0 degrés la nuit, tu le mets dans une “shed”. Mais au printemps ca doit être fait là, il fait chaud! »

Le boucher Éric Thibaudeau est d’accord, il en voit aussi, « de la viande qui a chauffé ». Et l’idée de devoir jeter la chair d’une bête sauvage qui avait été tuée dans l’optique d’être mangée est frustrante. Il considère même que certains chasseurs ne sont pas assez bien équipés. À son avis à lui, pour cette période de chasse où la viande peut se gâter rapidement, les chasseurs devraient avoir prévu le coup. « Ça devrait être automatique, aujourd’hui, une glacière ou un système de réfrigération, ça va avec, on n’a plus le choix ».

La transformation, une piste de solution

Il est illégal pour les bouchers de vendre de la viande sauvage. Pourtant, de l’avis de M. Thibaudeau, ça pourrait être une solution pour réduire le gaspillage. « Si la MAPAQ ou la Faune acceptait le projet, avec une bonne règlementation », explique-t-il, il serait prêt, lui, à acheter l’ours tué à un chasseur pour en faire des produits transformés, comme de la terrine, des saucisses, de la viande séchée. Il se rappelle avoir fait des démarches pour s’informer à ce sujet. En nous parlant, il se dit qu’il devrait relancer l’idée et faire un suivi.

Le boucher de Thurso conclut sur une note pourtant raisonnable et responsable. « C’est le gaspillage qui est dommage. La nature, c’est un garde-manger, mais faut en prendre soin ». Les ours seraient sûrement d’accord.

IJL – Réseau.Presse – Agricom