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le Dimanche 5 février 2023 6:56 Nos racines

Patrimoine agricole : à vous de jouer!

Scie actionnée par un cheval à la ferme d’Aldéric Gratton à Wendover en 1938
 — photo : Sauvetage 1978 du Centre Culturel de la Sainte-Famille, don de Gérard Gratton
Scie actionnée par un cheval à la ferme d’Aldéric Gratton à Wendover en 1938
photo : Sauvetage 1978 du Centre Culturel de la Sainte-Famille, don de Gérard Gratton
Notre agriculture franco-ontarienne est bien vivante. Notre patrimoine agraire, lui, est loin d’être enterré. L’historien Michel Prévost fait le point sur les efforts mis de l’avant.
Patrimoine agricole : à vous de jouer!
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Les francophones enracinés en Ontario depuis des générations ont laissé un patrimoine agraire d’une valeur inestimable. L’avenir de ce patrimoine est toutefois préoccupant.

Le monde agricole doit constamment se moderniser pour faire face à la mondialisation. La ferme familiale est menacée. Et les anciens bâtiments de ferme ne sont plus adaptés au mode de production d’aujourd’hui.

Malgré ces menaces, tout n’est pas si sombre pour le patrimoine agricole franco-ontarien.

Les activités agricoles occupent toujours une place importante pour le développement de l’Ontario français. Il y a de beaux succès, comme la Fromagerie Kapuskoise avec ses fromages artisanaux et la Fromagerie St-Albert fondée en 1894. Cette dernière, dont la réputation dépasse l’Ontario, s’avère la plus ancienne coopérative francophone de l’Ontario et l’une des plus anciennes au Canada.

L’Union des cultivateurs franco-ontariens, fondée en 1929 et bientôt centenaire, fait également partie intégrante de l’histoire franco-ontarienne et demeure un bel exemple de réussite.

Pour la mémoire, plusieurs documents précieux se trouvent dans les centres d’archives, particulièrement le CRCCF à l’Université d’Ottawa et les Archives publiques de l’Ontario à Toronto.

L’Association du patrimoine familial francophone de l’Ontario sensibilise également la population à l’importance de préserver leurs documents.

De même, on aperçoit toujours dans nos campagnes de belles maisons ancestrales, des bâtiments de ferme anciens bien entretenus et de magnifiques paysages. Mais pour combien de temps?

Désignation patrimoniale

Pour protéger ces bâtiments, il faut sensibiliser leurs propriétaires et en désigner certains en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario. Cela dit, peu d’éléments de ce patrimoine sont inscrits au Registre municipal des biens du patrimoine culturel. En Ontario, la protection du patrimoine bâti passe par les municipalités. C’est à elles de préparer les règlements de désignation pour les immeubles patrimoniaux.

Certaines constructions anciennes sont préservées en leur donnant une nouvelle vocation, notamment comme lieu de rangement pour de l’équipement agricole.

Plusieurs collecteurs s’intéressent aux anciens instruments aratoires, particulièrement les tracteurs et les batteurs à grain, ainsi que les vieux outils. Ces précieux artéfacts font partie du patrimoine et ils méritent d’être conservés.

À Sainte-Anne-de-Prescott, le Comité de la journée antique met en valeur la machinerie et l’équipement agricole anciens. Les courses de tracteurs sont particulièrement populaires. Cet événement populaire démontre que le patrimoine intéresse les gens de tous âges.

Le Musée-village du patrimoine de Cumberland s’avère également un bel exemple de valorisation du monde agricole et rural, notamment l’animation des maisons de ferme François-Dupuis et Jean-Baptiste-Duford, deux familles pionnières de langue française de la région.

Enfin, le projet Popsilos constitue un dernier exemple de valorisation du patrimoine agricole, car il met en valeur les silos par l’art. Popsilos fait découvrir par un circuit de grandes murales sur des silos de ferme de Prescott et Russell, notamment à la ferme centenaire d’André Ouimet, à Vankleek Hill, qui possède en plus un petit musée agricole.

Profitons du Mois du patrimoine de l’Ontario français pour réfléchir à ces enjeux pour que les générations à venir puissent encore profiter du riche patrimoine agricole et voir de belles maisons de ferme, des bâtiments agricoles anciens et des paysages remarquables qui embellissent notre terroir.

Michel Prévost a grandi dans l’Est ontarien. Il a été l’archiviste en chef de l’Université d’Ottawa pendant une trentaine d’années. Depuis 1997, il est président de la Société d’histoire de l’Outaouais.