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Consultations Odyssey : La FAO a du pain sur la planche

Par Pierre-Alain Blais, agronome
info.agricom@atreide.net


« Ce que nous essayons d’accomplir avec les consultations Odyssey, c’est réellement une lutte pour la survie de notre industrie, plutôt que de capituler devant les multinationales et le type d’agriculture industrielle pratiquée dans de nombreuses parties du monde, y compris chez nos voisins américains » . C’est en ces termes alarmistes que Roger George, a décrit l’urgence de mener avec succès la consultation Odyssey qu’il a entreprise pour le compte de la Fédération de l’agriculture de l’Ontario (FAO). « Si l’agriculture ontarienne doit survivre et être rentable, spécifie M. George, nous devons jeter un regard critique sur ce qui nous attend et formuler des hypothèses, afin d’être prêt à bien réagir le moment venu » .

Le mandat d’Odyssey, a rappelé Roger George, « est d’examiner toutes les préoccupations pour l’avenir de l’agriculture familiale ontarienne, et cela avec tous nos partenaires, qu’ils soient agriculteurs, agrinégoce, bureaucrates, universitaires, consommateurs, etc., pour arriver à comprendre comment sera le futur de notre industrie » . Importer le modèle québécois De nombreux participants à la consultation ont dit souhaité que la FAO devienne une organisation centralisée forte et unie, à la manière de l’Union des producteurs agricoles du Québec. C’était en fait la préoccupation principale de nombre d’entre eux. Sur le sujet d’une organisation centralisée et forte, Jack Wilkinson président de la FAO, a rétorqué que « le modèle québécois n’était malheureusement pas applicable tel quel en Ontario » .

La difficulté étant que les régions rurales ontariennes n’ont plus le degré d’influence politique nécessaire qui avait permis de faire adopter une loi sur un syndicat unique au Québec, il y a de cela plusieurs décennies. « On a ici des m’urs différentes (?a different culture?) » , a-t-il ajouté.

Rodger George a pour sa part avertit les participants de ne pas se faire d’illusions, que c’était « politically impractical »  (une impossibilité politique). Le pouvoir de l’information De nombreux participants ont indiqué au panel d’Odyssey que l’information est cruciale pour continuer à mobiliser le monde agricole. Selon Philippe Henrard, producteur de grandes cultures dans l’Est ontarien, un des rôles essentiels que devrait assumer l’organisation serait « d’éduquer le mieux possible les agriculteurs » . « Il faudrait aussi mieux diffuser l’information parmi les producteurs »  a ajouté M. Henrard. « Peut-être que l’OFA devrait avoir son propre journal » , a-t-il suggéré.

En effet, selon Jean-Marie Ménard, également producteur agricole est-ontarien, l’ancien journal Farm & Country de la FAO, « c’était le lien qu’on avait avec la FAO » . « Il faut que les idées soient véhiculées, et ça prend un véhicule fort pour ça » , a-t-il souligné. L’envoi de communications par courriel Internet n’atteindrait pas tous les agriculteurs, estime pour sa part Claude Gravel, président de la FAO de Prescott. Il suggère qu’un bulletin de format ?lettre de nouvelles’ soit expédié à chaque membre de la Fédération au moins dix fois par année, « afin de renseigner les membres sur les réalisations de notre organisation » .

La survie même de la ferme familiale serait en jeu Le producteur agricole Henrard a suggéré à la FAO de travailler plus fort afin « d’assurer un revenu décent pour les fermes familiales, pas les grandes fermes industrielles » . Il a ajouté qu’il faudra faire en sorte que les jeunes de la relève agricole puissent progresser sur les fermes, « afin de leur permettre de vivre du revenu de l’entreprise, sans être obligés d’aller chercher du travail en dehors, comme c’est le cas pour beaucoup en Ontario » .

Jack Wilkinson, a rétorqué aux participants à la consultation, que « ce sera toute une bataille que de maintenir des fermes familiales indépendantes en Ontario, en contrôle de leur propre industrie » . Le président Wilkinson a cité l’exemple américain, où les organisations agricoles générales ont perdu énormément de terrain. « Il y aurait actuellement plus de 3000 ?farm manager consultants’ (sortes de recruteurs de gérants de fermes) à l’oeuvre aux États-Unis, qui offrent aux agriculteurs des contrats de gestion ?clé en main’ de leur ferme » , dévoile le président de la FAO.

Les agriculteurs indépendants se verraient offrir une rémunération garantie en contrepartie de la perte de contrôle sur les achats d’intrants et les ventes de produits de leur ferme. Le phénomène serait si répandu, poursuit M. Wilkinson, « que près de la moitié des superficies en production aux États-Unis sont maintenant sous cette forme de gestion par l’agro-industrie » .

« Let?s stick together! (restons solidaires) »  a conclu le président Wilkinson. « Et oui, nous avons plus que jamais besoin d’Odyssey » , a-t-il ajouté. Le rapport d’Odyssey, attendu l’été prochain, comprendra une série de recommandations « qui permettront aux leaders agricoles de développer les options nécessaires afin de préparer l’agriculture ontarienne à faire face au futur immédiat » .

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