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Le réchauffement climatique sera ressenti en Ontario, particulièrement dans la partie Nord

Par Pierre-Alain Blais
info.agricom@atreide.net


Des hivers plus doux et une plus longue saison de culture

Le phénomène du réchauffement climatique causera éventuellement des changements importants dans l’agriculture ontarienne, estime le professeur Daniel Lagarec de l’Université d’Ottawa. Des hivers plus doux, moins de couverture de neige, plus de températures oscillant autour du zéro, une saison de croissance beaucoup plus longue? voici quelques-uns des changements climatiques auxquels les agriculteurs auront à s’adapter au cours du 21e siècle.

Les changements climatiques ne font plus aucun doute pour le professeur de géographie Daniel Lagarec de l’Université d’Ottawa. Au-delà du débat qui doute encore de l’existence du phénomène, ce qui l’intéresse le plus est la façon dont ces changements vont modifier notre environnement et notre relation avec celui-ci.

Selon le professeur Lagarec, l’agriculture, une activité hautement dépendante du climat, «subira des changements profonds dans la façon de gérer les cultures et les bâtiments d’élevage, et cela même en Ontario? et il faudra s’y adapter». C’est ce dont Daniel Lagarec est venu s’entretenir avec les agriculteurs lors d’une conférence organisée par l’Union des cultivateurs franco-ontariens au printemps dernier.

Un réchauffement inégal
Selon le professeur Lagarec, c’est depuis les environs des années 1860 que les études décèlent un réchauffement de 0,6 à 0,7°C des températures moyennes à la surface de la zone habitée du globe. Outre un léger refroidissement observé dans les années 1960, qui suivait un pic des années 1940, le mercure moyen n’aurait pas cessé de croître depuis.
Toutefois, le réchauffement ne se manifesterait pas d’une façon uniforme tout au long de l’année. «En fait, le réchauffement qu’on connaît depuis les années 1970, c’est un réchauffement qui s’est produit surtout pendant les mois d’hiver et du printemps, et pendant la nuit», expose Daniel Lagarec. «Autrement dit, les hivers sont moins froids et les printemps sont moins frais, mais les étés ne sont pas nécessairement plus chauds».

«Ce qui est important de voir là-dedans», poursuit Daniel Lagarec, «c’est qu’on peut dire hors de tout doute que ce type de réchauffement qu’on observe est dû à l’activité humaine», au-delà des variations naturelles du climat. Ce serait d’ailleurs précisément «l’augmentation des gaz à effet de serre qui est responsable de cette augmentation de température», confirme le professeur.

L’agriculture contribuerait également sa part de gaz à effet de serre. Le dioxyde de carbone proviendrait de la combustion des carburants par les véhicules à moteur, la machinerie. Le méthane, un autre puissant gaz de serre serait principalement émis par les vaches et la culture du riz, rapporte le professeur Lagarec. Ce serait là les deux gaz à effet de serre les plus importants.

La planète continue de se réchauffer
La concentration des gaz à effet de serre n’aurait pas cessé d’augmenter depuis le début de la révolution industrielle autour des années 1850. La concentration de dioxyde de carbone est passée de 290 parties par million (ppm) à plus de 367 ppm en date de l’an 2000, «ce qui est un accroissement considérable de ces gaz dans l’atmosphère», estime Daniel Lagarec.

L’effet des gaz à effet de serre serait de bloquer la chaleur qui est émise par la surface de la Terre. «Normalement, il y a un équilibre entre ce qu’on reçoit du soleil et ce qu’on émet», explique le professeur. «Là, l’équilibre est rompu parce que les gaz à effet de serre gardent dans l’atmosphère une plus grande quantité d’énergie».

Cette accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère va se traduire par un réchauffement global de la température. «Bien qu’il y ait beaucoup d’incertitude par rapport aux différents modèles climatiques, la fourche des courbes indique qu’en 2100 nous aurons globalement gagné de 2 à 6°C», affirme le professeur.

Même si on arrêtait toute émission de carbone immédiatement, cela ne changerait rien à la situation, «dans la mesure où le dioxyde de carbone est un gaz qui peut rester de 160 à 200 ans dans l’atmosphère», avertit Daniel Lagarec. «Tout ce qu’on a émis depuis le début de la révolution industrielle est encore là et le sera pour encore un bon bout de temps. Donc il faut vivre avec le phénomène», ajoute-t-il. «Actuellement, en l’an 2000, nos émissions ont augmenté de 17 % par rapport au niveau de 1990. On n’est pas capable de freiner le processus».

Des hivers plus doux
Dans l’état actuel de la compréhension du phénomène du réchauffement climatique, comment cela va se traduire pour nous ce réchauffement planétaire? Le professeur Lagarec s’est permis un peu de prospective basée sur les tendances actuellement observées.
Selon lui, et ce qui est étonnant, le réchauffement sera loin d’être uniforme au cours de l’année. «C’est surtout en hiver qu’on va ressentir le changement climatique, quoique les printemps aussi seront plus chauds». Et si l’hiver est relativement moins froid, «la couverture de neige sera moindre et durera moins longtemps».

Le professeur envisage des conséquences importantes au réchauffement du climat hivernal dans l’Est du pays. Ce qui saute rapidement aux yeux, «c’est que moins de charges de neige s’accumulera sur les infrastructures», dit-il. Les structures agricoles ?temporaires’ telles que les serres et les étables à veaux recouverts de toiles pourraient en bénéficier, et devenir plus intéressantes. On assistera aussi à une réduction du chauffage, parce qu’il fait moins froid, mais des besoins accrus d’assurer une bonne ventilation.

Par contre, parce qu’il aura moins de températures extrêmement froides en hiver, on va se rapprocher du zéro, avec des périodes plus longues autour du zéro. «Il y aura plus de cycles de gel-dégel, ce qui veut dire plus de glace et de verglas et plus de pluie en hiver», prédit le professeur Lagarec. Le climat plus doux en hiver allongera également les périodes de gel-dégel, ce qui fera que les infrastructures routières, essentielles à l’économie agricole, se détérioreront plus vite. Selon Daniel Lagarec, «il faudra trouver de nouveaux matériaux plus résistants».

Saison de croissance plus longue
S’il y a moins de neige au sol, il y aura donc moins de protection hivernale pour les cultures vivaces, et plus de risques de pertes par le gel. D’un autre côté, la saison de croissance avec des températures supérieures à 5°C dans tout le Sud de l’Ontario, sera beaucoup plus longue? on parle jusqu’à 5 semaines de plus, avance le professeur Lagarec. On pourra ainsi semer beaucoup plus tôt, peut-être qu’il y aura une récolte de plus de certaines cultures, ce qui aura un impact sur la planification des travaux des champs.
L’allongement de la saison de croissance s’accompagnera aussi d’une augmentation des températures moyennes au cours de la saison, ce qui laisse présager d’autres types de cultures pour la région, qui ne sont pas actuellement aussi productives. Le maïs va encore mieux fonctionner.
Le revers d’un hiver plus doux est que les risques de maladies et d’infestations d’insectes seront aussi augmentés. Avec les échanges internationaux, ces infections risquent de se propager plus rapidement. Ce sera vrai pour les maladies humaines, qui ne pouvaient s’établir ici, parce que leurs vecteurs ne survivaient pas aux hivers froids. La fièvre du Nil a récemment été introduite en provenance d’Égypte par l’aéroport de New York, et les moustiques porteurs du virus ont survécu aux derniers hivers. «Il va falloir apprendre à composer avec ces nouvelles conditions», conclut M. Lagarec.

Le Nord de l’Ontario va bénéficier davantage
Par ailleurs, le gradient climatique entre le Nord et le Sud de l’Ontario sera réduit, car le réchauffement, prédisent les spécialistes, sera d’autant plus fort que l’on se situe près de l’Arctique canadien. «En fait, le Nord de l’Ontario va beaucoup bénéficier du réchauffement climatique, à tel point que les différences climatiques actuelles vont presque s’estomper». En effet, les spécialistes prévoient une augmentation des températures moyennes dans les régions du Nord de l’Ontario qui pourrait atteindre 12°C d’ici la fin du siècle, au rythme actuel du réchauffement climatique.
La saison de cultures dans le Nord y sera considérablement allongée, au point «où elle sera probablement égale à celle qui prévaudra dans le Sud», précise le professeur Lagarec. «Les cultures pratiquées avec succès dans le Sud-Ouest ontarien deviendront alors beaucoup plus rentables dans le Nord», prédit-il. De nouvelles cultures apparaîtront plus attrayantes.

L’Est ontarien pourrait aussi bénéficier, dans une moindre mesure, du réchauffement généralisé de cette partie de la planète. Selon certains modèles, la superficie cultivable avec des cultures exigeantes en chaleur telles que le maïs, pourrait augmenter d’une autre deux tiers, rapporte Daniel Lagarec.
Des conséquences inquiétantes
L’augmentation générale des températures et surtout l’allongement de la saison de croissance auront aussi des effets sérieux sur la disponibilité en eau. Même si les spécialistes croient qu’il n’y aura pas de changements importants au volume de précipitations que l’on reçoit (entre 750 et 800 mm par année), il y aura notamment plus d’évaporation tout le long de la saison. «On connaîtra de plus grands déficits en eau, et cela dès la fin juin dans les sols légers ou à faible rétention en humidité, donc des besoins en irrigation plus grands», rapporte Daniel Lagarec.
Ces déficits hydriques pourraient nuirent aux cultures sensibles, surtout sur les sols légers, avertit le professeur. Ainsi, les petites céréales seront beaucoup affectées. Les ensemencements de blé de printemps pourraient diminuer davantage (de plus de la moitié) dans l’Est ontarien, et de 27 % dans le Sud-Ouest, en faveur de cultures plus adaptées aux déficits hydriques.

Citant d’autres aspects défavorables des changements climatiques, le professeur Lagarec dit qu’il faudra envisager une augmentation de la variabilité du climat. Selon lui, les changements au climat apporteront plus d’épisodes d’extrêmes climatiques, tels que sécheresses prolongées, longs épisodes de temps pluvieux et frais, inondations et tempêtes.
Bien sûr, «on continuera à avoir des temps plus froids et des temps plus chauds». «Les précipitations pourraient être plus espacées, mais tomber en averses torrentielles plus violentes et plus abondantes», ce qui risque d’éprouver davantage la capacité des sols à résister à l’érosion hydrique.
Sur le plan agricole, la variabilité climatique est un problème très important. «Il faudra essayer de planifier à long terme, avoir les reins assez solides pour encaisser de plus grandes fluctuations du revenu provenant des cultures».
 

Les températures seraient définitivement à la hausse
Un automne 2001 très très doux

Cet automne, la belle température a été prolongée jusqu’en décembre, à la satisfaction des agriculteurs qui ont pu compléter leurs travaux avant l’arrivée de l’hiver. La saison de golf s’est, elle aussi, allongée pour la plus grande joie des golfeurs. Est-ce un aperçu de ce qui s’en vient?
On aurait joui de températures tellement clémentes en novembre dernier, qu’elles ont été comparées à celles qui prévalent normalement dans les états du centre des États-Unis.
C’est du moins l’opinion du météorologue Dave Phillips d’Environnement Canada, qui estime que les résidants de Toronto ont connu des températures en novembre plus caractéristiques de Knoxville au Tennessee, situé à plus de 800 kilomètres plus au sud. La ville d’Ottawa aurait connu un climat comparable à Cleveland en Ohio, Regina et Winnipeg celui de Denver, mille kilomètres plus au sud.
Les données météorologiques du mois de novembre 2001 indiquent, en effet, un mois anormalement chaud, en fait le plus chaud de l’histoire pour Toronto (4,2°C au-dessus de la moyenne) et le deuxième plus chaud pour Ottawa. Les écarts observés seraient considérés extrêmement grands par les gens du métier.
Dans la foulée du palmarès des températures extrêmes, le mois de décembre dernier n’a pas été en reste non plus. Selon les statistiques météorologiques publiées à la fin dedécembre, ce mois aura été le plus chaud des 60 dernières années au Canada, avec des températures qui ont gravité près du zéro, alors que la moyenne se chiffre plutôt à 7 degrés sous zéro.
Le météorologue Phillips se refuse toutefois à attribuer ces températures anormalement chaudes aux effets du réchauffement climatique, quoique il affirme que les températures sont définitivement à la hausse. Le Canada aurait connu 17 saisons d’automne consécutives au-dessus des moyennes.
Deuxième année la plus chaude au monde
Par ailleurs, selon un bilan publié par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) à la fin de décembre dernier, l’année 2001 aura été la deuxième année la plus chaude depuis que les humains procèdent à des relevés de température. Selon l’OMM, la température de surface moyenne du globe terrestre aurait dépassé de 0,4°C la moyenne des trente années comprises entre 1961 et 1990. Depuis le début de l’Ère industrielle, seule l’année 1998 a été globalement plus chaude que 2001, alors que neuf des années les plus chaudes sont ultérieures à 1990.
 Toujours selon l’OMM, l’accroissement des températures de la planète semblerait s’accélérer. En effet, depuis 1976, la température moyenne globale s’est élevée à un rythme trois fois supérieur à celui du siècle précédent. L’année 2001 est ainsi la 23e année d’affilée à dépasser la moyenne des trente ans.
Au sujet des extrêmes climatiques, l’été 2001 s’est démarqué comme étant le plus sec que l’Ontario ait connu depuis 54 ans, surtout  dans la région ontarienne des Grands Lacs. Les zones les plus sèches ont été Gravenhurst, Trenton, Vineland, Simcoe, London et Harrow – certaines de ces zones recevant aussi peu que 9 % des précipitations mensuelles moyennes en juillet.
Bien que ces chiffres aient été enregistrés aux stations d’Environnement Canada et du Ontario Weather Network, les pluies qui sont tombées en juillet et en août provenaient surtout d’orages, ce qui fait que ces pluies n’ont pas recouvert le sol des régions affectées de façon uniforme, ni a pu bien pénétrer les sols desséchés.
 
 
Les Canadiens croient aux changements climatiques
Un sondage «Decima Research», publié au début de juillet juste avant que ne débutent les dernières négociations sur le protocole de Kyoto, indique qu’une forte majorité de Canadiens croient que des changements climatiques se produisent actuellement.
Le sondage démontrait qu’ils appuyaient la position des groupes écologistes à l’effet que le Canada se devait de signer le protocole de Kyoto et plus de neuf Canadiens sur dix désiraient que le gouvernement fasse davantage pour réduire les émissions de gaz polluants.

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